Les mégatsunamis ou tsunamis géants ne constituent pas une catégorie scientifique définie de manière universelle. Une définition proposée dans la littérature réserve ce terme aux événements dont la vague initiale dépasse environ 100 m de hauteur à la source (ou 50 m d’amplitude). Ils ne doivent donc pas être confondus avec les grands tsunamis classiques, pourtant déjà dévastateurs. Par exemple, le tsunami provoqué par le séisme du 11 mars 2011 au Japon a ainsi atteint localement plus de 40 m de hauteur et causé l’essentiel des quelque 20 000 décès recensés lors de la catastrophe (NOAA).
Les tsunamis sont le plus souvent déclenchés par de grands séismes sous-marins, mais ils peuvent aussi résulter de glissements de terrain, d’effondrements volcaniques ou d’autres déplacements brutaux d’un grand volume d’eau. Les vagues produites par un glissement peuvent être exceptionnellement hautes près de leur source, parfois de plusieurs centaines de mètres en termes de run-up (altitude maximale atteinte par l’eau), mais elles perdent généralement leur énergie plus rapidement que les tsunamis sismiques et affectent surtout les côtes proches. En haute mer, la vitesse de propagation d’un tsunami dépend de la profondeur de l’océan et peut dépasser 900 km/h (NOAA).
Les éruptions volcaniques peuvent également engendrer des tsunamis par explosion, effondrement de caldeira, coulées pyroclastiques ou écroulement d’un flanc volcanique. L’éruption du Hunga Tonga-Hunga Ha’apai, le 15 janvier 2022, a rappelé que plusieurs mécanismes peuvent se combiner lors d’un même événement ; les simulations ont estimé des vagues initiales de plusieurs dizaines de mètres à proximité immédiate du volcan (Science Advances).
Longtemps connus surtout par les archives géologiques, plusieurs événements historiques et récents montrent que des vagues géantes peuvent effectivement être produites :
- Le 9 juillet 1958, un séisme de magnitude 7,9 a déclenché une avalanche rocheuse dans la baie de Lituya, en Alaska. L’impact a généré un run-up record d’environ 524 m sur la rive opposée. La vague s’est toutefois rapidement atténuée en quittant la zone confinée de la baie (USGS).
- Il y a environ 73 000 ans, l’effondrement catastrophique d’un flanc du volcan Fogo, au Cap-Vert, a engendré un mégatsunami qui a atteint l’île voisine de Santiago. Des dépôts et blocs transportés par la vague indiquent un run-up supérieur à 270 m (Science Advances).
- Il y a environ 8 200 ans, l’immense glissement sous-marin de Storegga, au large de la Norvège, a déclenché un tsunami dans l’Atlantique Nord et la mer du Nord. Aux îles Shetland, les dépôts indiquent un run-up supérieur à 20 m par rapport au niveau marin de l’époque (British Geological Survey).
- Le 17 octobre 2015, le recul du glacier Tyndall, en Alaska, a contribué à déstabiliser un versant qui s’est effondré dans le fjord Taan. Environ 180 millions de tonnes de roches ont généré un tsunami dont le run-up a atteint 193 m, l’un des plus élevés documentés à l’époque moderne (Scientific Reports).
- Le 16 septembre 2023, un éboulement de roche et de glace de près de 25 millions de m3 est tombé dans le Dickson Fjord, au Groenland oriental. Le tsunami initial a atteint environ 200 m près de la source et a ensuite entretenu une seiche dans le fjord pendant neuf jours, suffisamment énergique pour produire un signal sismique détecté à l’échelle mondiale (Science).
Ces événements restent rares à l’échelle humaine et leur fréquence globale est difficile à établir : le terme « mégatsunami » lui-même varie selon les études et les archives géologiques sont incomplètes. Les recherches récentes insistent donc davantage sur le volume, la vitesse et la géométrie de l’effondrement, ainsi que sur la configuration du littoral, que sur une périodicité moyenne unique (Earth-Science Reviews).
Les évaluations de risque prennent néanmoins en compte les glissements sous-marins et les effondrements volcaniques parmi les sources possibles de tsunamis. Sur la côte Est des Etats-Unis, par exemple, les scénarios étudiés incluent des glissements sous-marins proches du plateau continental, de grands séismes atlantiques et des effondrements volcaniques hypothétiques aux Canaries (U.S. Nuclear Regulatory Commission). L’existence de tels scénarios dans les modèles de sûreté ne signifie toutefois pas qu’un effondrement majeur soit imminent.
Les mégatsunamis les mieux documentés sont donc principalement associés à des glissements de terrain très rapides et volumineux, notamment lors d’effondrements de flancs volcaniques. Les impacts d’astéroïdes constituent une autre source capable, en théorie, de produire des vagues géantes. Les explosions volcaniques peuvent aussi générer des tsunamis importants, mais la conversion de l’énergie explosive en vagues est généralement peu efficace.
Des mégatsunamis engendrés par des avalanches sous-marines
Les avalanches de sédiments sous-marins sont une source importante de tsunamis locaux. Un glissement peut déplacer directement la colonne d’eau ou être déclenché par un séisme qui, seul, aurait produit un tsunami beaucoup plus faible. Les îles volcaniques des Canaries, dont Tenerife et son volcan Teide, portent les traces de grands effondrements anciens qui permettent d’étudier ces mécanismes.
Les recherches menées dans les Canaries montrent que plusieurs effondrements massifs de volcans insulaires se sont produits au cours de leur histoire géologique. Ces épisodes illustrent l’alternance entre construction volcanique, déstabilisation gravitaire et effondrement, mais la relation exacte entre glissement de terrain et éruption varie d’un volcan à l’autre. Un effondrement rapide est beaucoup plus efficace pour générer un tsunami qu’un affaissement progressif.
Les chercheurs soulignent surtout la difficulté d’estimer la probabilité des très grands glissements sous-marins : ces événements sont rares, souvent préhistoriques et leurs volumes ou vitesses doivent être reconstruits à partir de dépôts partiels. De plus, un tsunami de glissement peut atteindre une côte proche en quelques minutes, ce qui laisse beaucoup moins de temps pour l’alerte qu’un tsunami transocéanique.
Il n’existe donc pas de périodicité scientifique robuste permettant d’affirmer qu’un tsunami géant survient « tous les 10 000 ans ». La fréquence dépend fortement de la définition retenue, de la région et du mécanisme considéré.
Mégatsunamis : les menaces actuelles
Les îles volcaniques telles que la Réunion, Hawaii, les Canaries ou le Cap-Vert peuvent connaître des instabilités de flanc car elles sont construites par l’empilement de milliers de coulées et de dépôts volcaniques sur des pentes très fortes. Les fonds marins autour de plusieurs de ces archipels conservent les traces d’anciens effondrements géants. Le risque est cependant de type faible probabilité – fortes conséquences et doit être distingué des scénarios catastrophistes présentés comme certains.
Les îles Canaries
L’île de La Palma, dans les Canaries, reste l’un des sites les plus étudiés en raison de l’instabilité potentielle du flanc occidental de la Cumbre Vieja. Lors de l’éruption de 1949, un système de fractures de plusieurs kilomètres s’est ouvert près de la crête. Son interprétation fait toujours débat : certaines études y voient un indice d’instabilité de flanc, tandis que les mesures géodésiques montrent surtout des déformations lentes de l’ordre de quelques millimètres à quelques centimètres selon les périodes. Une étude géomorphologique publiée en 2024 apporte de nouveaux indices de déformation, sans démontrer pour autant l’imminence d’un effondrement catastrophique (Geomorphology).
En 2001, les géophysiciens Steven N. Ward et Simon Day ont modélisé un scénario extrême dans lequel 150 à 500 km3 de roches s’effondreraient rapidement dans l’océan. Leur modèle produisait des vagues gigantesques près de La Palma et encore plusieurs mètres à plusieurs dizaines de mètres après traversée de l’Atlantique (Geophysical Research Letters).
Des travaux ultérieurs, utilisant des volumes de glissement variés, une bathymétrie plus précise et des modèles hydrodynamiques plus élaborés, ont fortement nuancé les valeurs initiales. Ils confirment qu’un effondrement rapide et massif serait extrêmement dangereux à La Palma et dans les Canaries, mais l’impact à très grande distance dépend fortement du volume réellement mobilisé, de la dynamique du glissement et de la bathymétrie de l’Atlantique (Journal of Geophysical Research).
L’éruption de 2021, commencée le 19 septembre, s’est achevée à la mi-décembre sans effondrement de flanc ni mégatsunami (Smithsonian Global Volcanism Program). Elle a néanmoins relancé les mesures et travaux sur la stabilité de la Cumbre Vieja. Pour les tsunamis de glissement, le danger le plus immédiat reste généralement local ou régional, là où les vagues disposent de peu de temps pour se disperser.
Le volcan Pico do Fogo
Le volcan Pico do Fogo, situé sur l’île de Fogo au Cap-Vert, constitue l’un des meilleurs exemples géologiques d’un mégatsunami provoqué par l’effondrement d’un volcan insulaire. Les travaux dirigés par Ricardo Ramalho ont montré qu’un effondrement majeur de Fogo a affecté l’île de Santiago, située à environ 55 km.
Le Pico do Fogo, haut d’environ 2 829 m, est l’un des volcans insulaires les plus imposants de l’Atlantique. Sa dernière éruption a commencé le 23 novembre 2014 et s’est achevée le 8 février 2015 ; elle est restée confinée à la caldeira et n’a pas provoqué de tsunami (Smithsonian Global Volcanism Program).
En revanche, un effondrement catastrophique s’est bien produit il y a environ 73 000 ans. Sur Santiago, les chercheurs ont identifié des blocs rocheux pouvant atteindre environ 700 tonnes, transportés jusqu’à plusieurs centaines de mètres à l’intérieur des terres. La reconstitution indique un run-up supérieur à 270 m au-dessus du niveau marin de l’époque (Science Advances).
Cette découverte prouve que les flancs de grands volcans insulaires peuvent s’effondrer brutalement et produire des vagues géantes. Elle ne permet cependant pas de prévoir quand un nouvel événement de cette ampleur pourrait se produire : la récurrence de tels effondrements se mesure sur des temps géologiques et leur déclenchement reste très difficile à anticiper.
Aujourd’hui, des glissements de terrain beaucoup plus modestes sont plus probables et peuvent néanmoins avoir un impact énorme au niveau local. Le 17 juillet 1998, par exemple, un séisme de magnitude 7,0 au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée a déclenché un glissement sous-marin qui a produit un tsunami atteignant jusqu’à 15 m de run-up et tué plus de 2 200 personnes (NOAA).
L’Etna
Le célèbre Etna, situé en Sicile (Italie), est le plus haut volcan actif d’Europe, avec une altitude qui évolue au gré de ses éruptions et est actuellement donnée autour de 3 357 m par le Smithsonian. Il reste très actif, avec de nouvelles phases éruptives encore observées en 2026 (Smithsonian Global Volcanism Program). Une étude publiée en 2018 dans Science Advances a montré que son flanc sud-est se déplace vers la mer Ionienne à des vitesses de l’ordre de quelques centimètres par an. Les instruments sous-marins ont notamment enregistré un glissement supérieur à 4 cm en seulement huit jours en mai 2017. Les auteurs n’excluent pas qu’une instabilité puisse, à très long terme, évoluer vers un effondrement plus important, mais aucune étude ne permet d’affirmer qu’un tel événement est imminent.
Le passé géologique de la Méditerranée doit par ailleurs être interprété avec prudence. Une étude de 2006 avait proposé qu’un effondrement de l’Etna, il y a environ 8 000 ans, ait déclenché un tsunami dans toute la Méditerranée orientale, mais cette corrélation a ensuite été contestée, notamment sur la datation des dépôts marins attribués à l’événement (Geophysical Research Letters).
Le réchauffement climatique
La fonte et le recul des glaciers peuvent déstabiliser les versants abrupts des fjords en supprimant progressivement le soutien mécanique de la glace. Le réchauffement climatique ne « crée » pas directement un tsunami, mais il peut favoriser les conditions propices à des glissements de terrain dans les régions polaires. Le tsunami de Taan Fiord en Alaska en 2015 en est un exemple, et l’événement du Dickson Fjord au Groenland en septembre 2023 a fourni une démonstration spectaculaire : l’amincissement glaciaire a préparé l’effondrement d’un versant rocheux, puis une avalanche de roche et de glace a généré une vague d’environ 200 m près de la source (Science). Les fjords du Groenland, de l’Alaska, de la Norvège et d’autres régions glaciaires font donc l’objet d’une attention accrue.
La chute d’un astéroïde dans l’océan
Un autre scénario, extrêmement rare mais capable de générer un mégatsunami d’une ampleur exceptionnelle, est la chute d’un astéroïde de grande taille dans un océan ou une mer peu profonde. L’énergie libérée lors de l’impact déplace brutalement d’immenses volumes d’eau et de roches, créant des ondes qui peuvent ensuite se propager à travers tout un bassin océanique, voire autour de la planète lorsque l’objet est suffisamment massif.
La Terre a déjà connu un tel cataclysme. Il y a environ 66 millions d’années, un astéroïde d’une dizaine de kilomètres de diamètre s’est écrasé dans une mer peu profonde à l’emplacement de l’actuelle péninsule du Yucatán, au Mexique. L’impact a creusé le gigantesque cratère de Chicxulub et fait partie des événements à l’origine de l’extinction massive de la fin du Crétacé, qui entraîna notamment la disparition de la quasi-totalité des dinosaures, à l’exception de leurs descendants : les oiseaux.
Une modélisation publiée en 2022 a permis de reconstituer la formation et la propagation du tsunami provoqué par cet impact. Environ deux minutes et demie après la collision, les matériaux projetés hors du cratère et retombant dans l’océan auraient soulevé une masse d’eau atteignant localement environ 4,5 km de hauteur. Dix minutes après l’impact, le modèle montre encore une onde d’environ 1,5 km de haut située à quelque 220 km du point d’impact.
Ces hauteurs gigantesques correspondent à la zone proche de l’impact et ne doivent pas être confondues avec la hauteur des vagues arrivant sur des côtes situées à plusieurs milliers de kilomètres. En se propageant, le tsunami perd progressivement de son énergie. Il reste néanmoins extrêmement puissant : les simulations indiquent que des vagues de plus de 10 mètres en pleine mer auraient atteint de nombreuses régions de l’Atlantique Nord et du Pacifique Sud, tandis que des perturbations supérieures à un mètre auraient concerné une grande partie des océans du globe.
L’énergie initiale de ce tsunami aurait été jusqu’à 30 000 fois supérieure à celle du tsunami de l’océan Indien du 26 décembre 2004. Les courants associés auraient été suffisamment puissants pour éroder et remanier les fonds marins à plus de 10 000 km du cratère. Des traces géologiques de perturbation des sédiments datant de la limite Crétacé-Paléogène concordent d’ailleurs avec les régions traversées par le tsunami dans les simulations.
Dans un scénario moderne comparable, les conséquences pour les régions littorales seraient évidemment catastrophiques. Cependant, pour un astéroïde de la taille de celui de Chicxulub, le mégatsunami ne représenterait qu’une partie de la catastrophe : l’onde de choc, les incendies, les projections de matériaux dans l’atmosphère et surtout les perturbations climatiques mondiales auraient des conséquences bien au-delà des seules régions côtières.
Un tel événement reste heureusement exceptionnel. Selon les estimations de la NASA, un astéroïde d’environ 10 km de diamètre ne frappe la Terre en moyenne qu’environ une fois tous les 100 millions d’années. Les impacts d’astéroïdes plus petits sont beaucoup plus fréquents, mais une chute dans l’océan ne signifie pas automatiquement la formation d’un mégatsunami transocéanique : la taille, la vitesse, la composition et l’angle d’arrivée de l’objet, ainsi que la profondeur de l’océan et la configuration des côtes, déterminent l’ampleur réelle du tsunami.
Ainsi, la chute d’un astéroïde constitue probablement le scénario naturel le plus extrême susceptible de produire un mégatsunami à l’échelle planétaire, mais également l’un des plus improbables à l’échelle d’une vie humaine.
Les tsunamis : une arme de guerre
L’idée de provoquer artificiellement un tsunami à l’aide d’explosions existe depuis longtemps, mais elle se heurte à une limite physique majeure : une explosion transfère relativement peu de son énergie à des vagues de tsunami de longue période. Des travaux de modélisation sur les explosions sous-marines estiment généralement cette efficacité à quelques pourcents au maximum ; les vagues les plus importantes restent surtout un danger à proximité de la source ou dans des baies favorisant la résonance (Natural Hazards and Earth System Sciences).

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La Russie a mis en service le Poséidon (Посейдон) (« Kanyon » est son appellation utilisée dans certaines sources occidentales), un grand drone sous-marin autonome à propulsion nucléaire pouvant emporter une charge nucléaire. Son bâtiment porteur le plus connu, le sous-marin spécial Belgorod, a été livré à la marine russe le 8 juillet 2022. Le 29 octobre 2025, Vladimir Poutine a annoncé un nouvel essai au cours duquel le Poséidon aurait été lancé depuis un sous-marin et aurait activé pour la première fois son unité de propulsion nucléaire ; ces informations proviennent des autorités russes et de sources ouvertes, les performances réelles du système restant largement secrètes.
Les estimations publiques évoquent une charge nucléaire de l’ordre de quelques mégatonnes et une portée intercontinentale. Une telle explosion nucléaire sous-marine pourrait provoquer des destructions considérables par le souffle, la chaleur, les effets radiologiques et des vagues locales, mais elle est beaucoup moins efficace qu’un séisme ou un gigantesque glissement de terrain pour déplacer durablement une vaste colonne d’eau.
Une détonation nucléaire au voisinage immédiat d’un port ou d’une grande agglomération côtière constituerait malgré tout une menace stratégique majeure. Le risque principal ne serait pas un mégatsunami transocéanique comparable à un effondrement volcanique géant, mais la combinaison d’une explosion nucléaire, de la contamination radioactive, des dommages aux infrastructures portuaires et de vagues destructrices à courte distance.
Les sources ouvertes attribuent au Poséidon une vitesse potentielle de l’ordre de 100 nœuds (environ 185 km/h) et une grande profondeur de fonctionnement. Ces chiffres sont toutefois issus d’estimations et de déclarations officielles russes, et non de mesures indépendantes. Sa détection et son interception constituent donc surtout un sujet de stratégie navale et de dissuasion nucléaire, distinct de la science des mégatsunamis naturels.
