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    🌽 OGM : Organismes Génétiquement Modifiés


    La découverte et la diffusion des organismes génétiquement modifiés réalisent un vieux rêve des capitalistes. Celui d’éliminer la concurrence déloyale du vivant. La nature, la vie produisent et reproduisent gratuitement les plantes, les hommes, la nourriture, l’air, l’eau, la lumière. Pour le capitaliste, la chose est intolérable. Pour lui, il ne saurait y avoir de biens publics aux sens strict du terme. La gratuité lui fait horreur.
    L’empire de la honte de Jean Ziegler


    OGM – Organismes Génétiquement Modifiés : définition

    Un Organisme Génétiquement Modifié (OGM) est un organisme vivant, végétal ou animal qui a subi une modification non naturelle de ses caractéristiques génétiques initiales. On appelle « modification génétique » le processus visant à transférer des gènes au sein d’une espèce ou entre différentes espèces.

    Cette modification peut intervenir sous trois formes : ajout, suppression ou remplacement d’au moins un gène. L’objectif est de transférer dans une cellule de l’organisme receveur un ou plusieurs gènes prélevés dans un autre organisme vivant, y compris si celui-ci n’est pas de la même espèce que l’hôte. Cette opération, appelée transgénèse, correspond à l’ensemble des techniques visant à introduire de façon stable un gène étranger dans le génome (ensemble du patrimoine génétique d’un individu) d’un organisme hôte.

    Les promoteurs des cultures transgéniques parlent abusivement de cultures biotechnologiques, un vocabulaire moins préjudiciable mais qui prête à confusion.

    Les techniques de transgénèse sont essentielles pour développer des connaissances en matière de génétique physiologique et biologique. Cependant, elles souffrent d’un manque de contrôle sur les conséquences qui en découlent pour l’hôte (Christian Vélot, L’Ecologiste n°18, 03/2006).

    « Les premières générations d’OGM étaient cultivées dans le but d’améliorer les caractéristiques agronomiques des plantes, principalement dans l’intérêt de l’agriculteur et notamment pour augmenter la résistance des cultures aux herbicides, insectes, maladies et sécheresses.
    Les deuxièmes générations de cultures génétiquement modifiées ont permis d’obtenir des avantages plus concrets pour les consommateurs, tels qu’une augmentation de la qualité des aliments et de la biodisponibilité des nutriments », indique le Conseil Européen de l’Information sur l’Alimentation.

    Les cultures mutagènes

    La mutagenèse, mot composé de « mutant » et « genèse », signifie : création de mutants. Elle regroupe l’ensemble des méthodes permettant de modifier le génome d’un organisme vivant. « Mutagenèse » fait référence à toute production volontaire de variabilité génétique chez un organisme vivant, par l’utilisation d’agents énergétiques (rayons gamma, rayons X…), chimiques ou par culture de cellules exposées à des agents sélectifs comme un herbicide. Parmi les mutants existent aussi des variétés de plantes cultivées (Inf’OGM).

    Cette méthode est de plus en plus employée car elle n’exige pas d’information ni d’évaluation de la part des producteurs de plantes cultivées mutagènes. Elles s’immiscent dans les cultures actuelles comme en témoignent les variétés tolérantes aux herbicides (VTH) de maïs, tournesol et colza, obtenues par sélection de la variabilité naturelle, ou par mutagenèse.

    Les nouvelles techniques génomiques (NTG) : une troisième génération d’OGM

    Depuis 2012, une technique révolutionnaire appelée CRISPR-Cas9 — surnommée les « ciseaux moléculaires » — a transformé la génétique appliquée. Mise au point par Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, récompensées par le prix Nobel de chimie en 2020, cette méthode permet de cibler et modifier très précisément une séquence d’ADN donnée dans le génome d’un organisme vivant : on peut ainsi inactiver, corriger ou remplacer un gène avec une précision bien supérieure aux techniques de transgénèse classique.

    Ces nouvelles approches — regroupées sous le terme de Nouvelles Techniques Génomiques (NTG), ou New Genomic Techniques (NGT) en anglais — se distinguent des OGM traditionnels par le fait qu’elles ne nécessitent pas forcément l’introduction d’ADN étranger : elles peuvent se limiter à modifier l’ADN existant de la plante (mutagenèse ciblée) ou à insérer du matériel génétique provenant d’une espèce pouvant être croisée naturellement (cisgenèse). Leurs partisans estiment que certaines modifications pourraient survenir naturellement par croisement traditionnel.

    Des exemples déjà commercialisés incluent une tomate enrichie en acide gamma-aminobutyrique (GABA) — mise sur le marché au Japon par la société Sanatech Seed dès 2021 — ou encore des recherches avancées sur un blé à faible teneur en gliadines (protéines liées au gluten), potentiellement bénéfique pour les personnes atteintes de la maladie cœliaque. Ces NTG font aujourd’hui l’objet d’une bataille réglementaire majeure en Europe (voir section Législation).

    Les domaines d’application des OGM

    Ces techniques donnent lieu à différentes applications :

    Thérapeutique : depuis le début des années 1980, création de vaccins, lutte contre le cancer, reconstruction du système immunitaire, production de médicaments (l’hormone de croissance et l’insuline sont produites par des bactéries génétiquement modifiées et commercialisées). Plus récemment, les thérapies géniques basées sur CRISPR ont franchi une étape décisive : en 2023, le traitement Casgevy, développé par Vertex et CRISPR Therapeutics, a reçu les premières autorisations mondiales (Royaume-Uni, États-Unis) pour traiter la drépanocytose et la bêta-thalassémie — maladies graves du sang — marquant la première thérapie génique CRISPR approuvée chez l’Homme. Des essais cliniques utilisant des techniques encore plus précises (prime editing) ont démarré en 2025.

    Agronomique : immunité de l’organisme végétal (transférer aux plantes de nouveaux éléments de matériel génétique), amélioration des qualités nutritionnelles, des performances de production ou bien d’un caractère spécifique de résistance aux pathologies.

    On parle alors de plantes agricoles génétiquement modifiées (PGM).

    Exemples d’application dans le monde agricole

    Des recherches sont en cours afin de rendre le maïs plus résistant à la Pyrale (espèce de papillon ravageur) : ainsi, l’introduction du gène Bacillus thuringiensis (Bt) permet au maïs de fabriquer lui-même la toxine insecticide. Des expérimentations ont aussi eu lieu sur la pomme de terre, le coton, le riz et le tabac. Sur le riz, il a ainsi été obtenu une variété provoquant moins d’allergies.

    Dans le domaine des NTG, les chercheurs travaillent notamment à la mise au point de plantes plus résistantes à la sécheresse et aux maladies, mieux adaptées au changement climatique, ou encore à la réduction de l’usage des pesticides. Des variétés de champignons qui ne brunissent pas, de soja sans acides gras trans ou de blé résistant à l’oïdium ont ainsi été développées grâce à CRISPR-Cas9.

    En 2025, quasiment 100 % des OGM commerciaux sont toujours liés aux pesticides — avec une part croissante de variétés « empilées » cumulant tolérance aux herbicides et production d’insecticide. L’argument selon lequel les OGM réduiraient globalement les pesticides est de plus en plus difficile à soutenir pour les herbicides, et s’avère à moyen terme fragile même pour les insecticides, en raison des résistances qui se développent chez les ravageurs. Ainsi l’usage du glyphosate a été décuplé entre 1996 et 2016. Côté insecticides, le bilan est plus contrasté : les OGM Bt affichent dans tous les pays cultivateurs une baisse notable de l’usage d’insecticides. Mais lorsque les cultures Bt ont démarré, le nombre de pesticides utilisés a effectivement baissé, mais le phénomène n’a pas duré : les ventes d’insecticides destinés aux cultures de maïs aux États-Unis ont ensuite augmenté de façon significative. En Inde en 2018, les agriculteurs dépensaient 37 % de plus en insecticides par hectare qu’avant l’introduction du coton transgénique en 2002. La raison : certains spécimens de la chrysomèle américaine sont d’ores et déjà résistants à plus d’une toxine Bt.

    L’amélioration des animaux d’élevage reste encore à ce jour au stade expérimental, bien que des travaux existent — notamment sur des poissons à croissance accélérée (daurade rose à +16 % de chair, développée par Regional Fish au Japon avec l’Université de Kyoto).

    Les OGM dans le monde : chiffres et géographie

    Depuis la commercialisation des premières cultures transgéniques en 1995–1996, les surfaces consacrées aux OGM n’ont cessé de progresser. Selon les dernières estimations disponibles, elles atteignent environ 190 millions d’hectares dans le monde, soit quelque 4 à 5 % des terres agricoles mondiales.

    La production reste très concentrée géographiquement : près de 87 % des surfaces OGM se trouvent sur le continent américain (nord et sud), les cinq premiers pays producteurs étant les États-Unis, le Brésil, l’Argentine, le Canada et l’Inde. Le soja (la plupart du temps à destination du bétail) est la plante transgénique la plus cultivée, devant le maïs, le coton et le colza — ces quatre espèces représentent à elles seules 99 % des surfaces concernées.

    En Europe, la situation est radicalement différente : un seul OGM transgénique, le maïs MON810 résistant aux insectes, est cultivé en quantités réduites en Espagne et au Portugal. De nombreux pays ont interdit ou fortement limité les cultures OGM sur leur territoire.

    Les enjeux des OGM

    Enjeux socio-économiques des OGM

    Les avantages économiques souvent avancés incluent une meilleure efficacité de la production agricole, l’amélioration des capacités de production en milieu difficile (zones désertiques notamment), ou encore une plus grande conservation des fruits et légumes. Ces cultures pourraient également favoriser certaines filières industrielles, bien que les données réelles peinent encore à confirmer l’ensemble de ces bénéfices.

    Cependant, les OGM posent aussi des questions profondes en termes de concentration économique : les semences transgéniques sont brevetées et appartiennent à un petit nombre de grands groupes mondiaux — Bayer-Monsanto, Corteva (anciennement Dow-DuPont), Syngenta, BASF — dont le poids sur l’ensemble de la chaîne alimentaire est considérable.

    Enjeux écologiques des OGM

    En théorie, le développement de plantes transgéniques permettrait de diminuer les traitements chimiques (herbicides, pesticides). Cependant, la réalité est souvent toute autre : les OGM et les pesticides proviennent bien souvent des mêmes industries. Les plantes transgéniques brevetées sont volontairement résistantes aux herbicides que leurs fabricants commercialisent, ce qui a conduit à une augmentation des ventes de ces derniers. L’argument environnemental « OGM contre pesticides » ressemble donc, dans bien des cas, à une fumisterie.

    Les OGM pourraient encore contribuer à la régénération de terres endommagées ou au développement des biocarburants, dont on mesure désormais mieux les effets contrastés sur les plans économique, écologique et social.

    Enjeux géopolitiques des OGM

    Avec une population mondiale dépassant 8 milliards d’habitants, et face aux défis du changement climatique sur la production alimentaire, certains acteurs souhaitent s’appuyer sur ces nouvelles technologies pour adapter l’agriculture. Cependant, l’accès aux semences transgéniques — soumises à brevet — crée des dépendances fortes pour les agriculteurs des pays du Sud, ce qui soulève des questions de souveraineté alimentaire fondamentales.

    Les risques liés à l’utilisation des OGM

    Les risques sur la santé des OGM

    Les impacts sur la santé sont liés à l’ingestion de produits contenant des OGM : possible apparition dans l’organisme humain de bactéries devenues résistantes aux antibiotiques (certaines PGM ayant récupéré des gènes de résistance), ou encore effets des insecticides sécrétés par les cultures transgéniques. Par exemple, l’insecticide produit par le maïs Bt est capable in vitro de détériorer les globules rouges humains (Pour la Science, 2000).

    Des études menées par des chercheurs de l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada) ont mis en évidence la présence de pesticides associés aux OGM et de leurs résidus dans le sang de femmes enceintes et de fœtus. Les tests sur la toxicité éventuelle des PGM restent largement contrôlés par les firmes productrices, et leurs résultats, difficiles à obtenir, montrent des effets cliniques et biochimiques chez les animaux nourris avec des PGM par rapport à ceux nourris avec des plantes conventionnelles (Christian Vélot, L’Ecologiste, 03/2006).

    Concernant les nouvelles techniques génomiques, l’Agence nationale française de sécurité sanitaire (Anses) a rendu en 2024 un avis soulignant des risques liés à une modification inattendue de la composition de la plante, pouvant générer des problèmes nutritionnels, d’allergénicité ou de toxicité, et plaidant pour une évaluation au cas par cas plutôt qu’une déréglementation par catégories.

    Les risques sur l’environnement des OGM

    Nous vivons une période de folie du progrès incontrôlé, dans laquelle se développe une série d’outils pour lesquels on ne se donne pas les moyens d’évaluer leurs conséquences environnementales
    Pierre-Henri Gouyon, directeur de laboratoire CNRS, professeur à l’Agro et à l’École polytechnique.

    Le problème majeur est la transmission du transgène à des plantations voisines, cultivées ou sauvages (contamination génétique). Ce problème se pose également chez les animaux, notamment les poissons d’élevage. On recense parmi les risques potentiels une diminution de la biodiversité, avec la disparition d’espèces en contact avec les pesticides qui ne sont pourtant pas visées.

    Pour les NTG, l’Anses souligne également des risques environnementaux à moyen et long terme, comme le risque de flux de gènes édités vers des populations sauvages ou cultivées compatibles — un risque de contamination irréversible de l’environnement que les défenseurs de la nature jugent insuffisamment pris en compte dans les projets de déréglementation.

    Le colza transgénique hors de contrôle

    colza© C. Magdelaine / notre-planete.info

    Les États-Unis et le Canada sont confrontés à une contamination sans précédent du colza transgénique. Le colza envahit rapidement les champs voisins, les bords des chemins et routes. Lorsqu’il est transgénique, il devient quasiment impossible à contrôler puisqu’il est conçu pour résister aux herbicides. Pire, le colza transgénique a pu se croiser avec des variétés sauvages, mutualisant les gènes de résistance à plusieurs herbicides. Il existe ainsi un colza résistant au glyphosate et au glufosinate, deux herbicides très communs (L’Ecologiste n°34, juin–août 2011).
    Une étude américaine comparant des relevés effectués en 2010 et en 2021 en Dakota du Nord conclut que, malgré une légère réduction du nombre de plantes observées, les populations de colza transgénique échappé restent communes dans tout l’État.

    La contamination s’est même étendue géographiquement. Du colza transgénique poussant hors cultures a été signalé au Canada, aux États-Unis, au Japon, en Suisse, en Argentine et aux Pays-Bas. Une étude de mai 2024 conclut que ces populations présentent des risques à long terme en maintenant des transgènes dans des environnements non gérés. Au Japon, des relevés autour des ports d’importation de semences en provenance du Canada sont effectués chaque année depuis 2005, et trouvent régulièrement du colza transgénique poussant à l’état sauvage.

    Les risques socio-économiques des OGM

    La généralisation de cultures intensives basées sur les OGM risque d’accroître la suprématie de grands groupes multinationaux au détriment des cultures locales et régionales, et de l’agriculture biologique. Les plantes transgéniques étant brevetées, elles ne doivent pas être ressemées d’une culture à l’autre sous peine de forte amende, créant une dépendance totale de l’agriculteur vis-à-vis de l’entreprise commerciale.

    L’aide alimentaire noyant d’OGM certains pays africains en difficulté illustre comment cette technologie peut créer un terreau de marché considérable tout en imposant un modèle agricole. Actuellement, peu de petits exploitants tirent réellement parti des prétendus avantages des OGM.

    L’exemple de l’Inde reste particulièrement préoccupant : le recours aux semences transgéniques de coton Bt, introduites dans les années 2000, a contribué à l’endettement de nombreux paysans qui ne pouvaient plus financer l’achat répété de semences et de pesticides face à des résultats décevants et à des prix du coton volatils. Plusieurs centaines de milliers de suicides agricoles ont été recensés sur les deux dernières décennies, même si les causes en sont multiples et font l’objet de débats académiques.

    Enfin, des établissements publics de recherche financés par l’État mènent des expérimentations coûteuses dans ce domaine, dans un contexte où les citoyens aspirent à des choix agricoles plus durables et responsables.

    La législation sur les OGM

    La législation française sur les OGM

    Juridiquement, la réglementation concernant les expérimentations sur les OGM est régie par la loi cadre du 13 juillet 1992. Il existe en amont et en aval :

    • la Commission de Génie Génétique, qui examine obligatoirement les dossiers et donne son avis sur l’agrément accordé aux laboratoires ;
    • la Commission du Génie Biomoléculaire, créée en 1986, qui définit et contrôle les conditions de dissémination d’OGM en extérieur et évalue celles de mise sur le marché ;
    • l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), qui contrôle la sécurité des aliments issus de plantes transgéniques ;
    • le Haut Conseil des biotechnologies (HCB), qui a remplacé le Comité de Biovigilance et le Comité du Génie Biomoléculaire en 2009, et constitue l’instance de référence française pour l’évaluation des risques liés aux OGM.

    En France, il n’existe aucune culture commerciale d’OGM. Les essais en champ restent autorisés et encadrés.

    Pour le consommateur européen

    Depuis début 2004, l’Union européenne impose que tous les produits alimentaires préemballés (additifs et arômes compris) contenant plus de 0,9 % d’OGM soient étiquetés avec la mention « ce produit contient des ingrédients produits à partir d’OGM » ou « issu d’OGM », qu’il soit vendu dans un restaurant ou très transformé (huile, sucre, amidon). Sont exemptés la viande, le lait et les œufs d’animaux nourris avec des éléments transgéniques.

    Selon Greenpeace, plus de 80 % des OGM sont destinés à l’alimentation des animaux d’élevage. On nourrit avec du maïs et du soja transgéniques les bovins, porcins ou volailles à partir desquels sont préparés des aliments (laitages, charcuterie, plats cuisinés, etc.). Or la loi n’impose pas d’étiqueter ces produits, ce qui permet aux OGM de s’introduire dans nos assiettes à l’insu des consommateurs, en dépit de leur opposition massive.

    Depuis le 1er janvier 2016, 61 OGM sont autorisés à la vente en tant que denrées alimentaires ou aliments pour animaux au sein de l’Union européenne. Ils ne sont pas cultivés sur le territoire de l’UE, mais les denrées alimentaires et les aliments pour animaux peuvent en contenir à l’état importé.

    La révolution réglementaire des Nouvelles Techniques Génomiques (NTG) en Europe

    Depuis un arrêt de la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) rendu en 2018, les plantes obtenues grâce aux nouvelles techniques génomiques (NTG) sont officiellement considérées comme des OGM et soumises à la même réglementation stricte. Cependant, cette législation datait de 2001, bien avant l’avènement de CRISPR-Cas9.

    Face aux demandes des États membres et de l’industrie semencière, la Commission européenne a présenté en juillet 2023 une proposition visant à créer un régime distinct pour certaines NTG. Après deux ans de négociations intenses, un accord en trilogue a été trouvé dans la nuit du 3 au 4 décembre 2025, puis formellement adopté par le Conseil de l’UE en avril 2026. Ce règlement crée deux catégories de végétaux NTG :

    • Catégorie 1 : végétaux présentant un nombre limité de modifications génétiques ciblées, considérés comme « équivalents aux variétés conventionnelles ». Ils bénéficient d’une procédure simplifiée et ne sont plus soumis aux exigences d’étiquetage obligatoire comme OGM — une décision vivement critiquée par les ONG environnementales et les associations de consommateurs.
    • Catégorie 2 : végétaux ayant subi des modifications plus complexes, qui restent soumis à la législation OGM existante (autorisation, traçabilité, étiquetage obligatoire). Les États membres conservent la possibilité d’interdire leur culture sur leur territoire.

    Ce nouveau cadre est salué par les organisations agricoles et les grands semenciers, qui soulignent son potentiel pour développer des variétés plus résistantes au changement climatique. À l’inverse, il est dénoncé par les ONG environnementales et des associations comme une victoire de l’agro-industrie, qui ouvre également la porte à la brevetabilité de ces nouvelles variétés végétales, une question que le règlement traite partiellement via des obligations de transparence. Selon un sondage Kantar Public–Greenpeace de 2022, 77 % des Français souhaitent que les nouveaux OGM fassent l’objet d’une réglementation stricte au niveau européen.

    Comment éviter les OGM ?

    Pour éviter de consommer des OGM à son insu, on peut privilégier des produits issus de l’agriculture biologique, garantis sans OGM (le marché bio mondial a dépassé 136 milliards d’euros en 2025, avec près de 99 millions d’hectares cultivés en bio dans le monde).

    OGM : quel étiquetage en France ? – Inf’OGM

    Doit-on avoir peur des OGM ?

    Grâce notamment aux progrès de la science, la santé et la sécurité alimentaire se sont régulièrement améliorées dans notre société. Néanmoins, une appréhension, voire un rejet complet, persiste dans une partie de la population vis-à-vis des OGM, en raison des risques et des intérêts économiques qui leur sont liés. Selon une étude commandée par la Commission européenne, 71 % des Européens se déclarent opposés aux OGM.

    Pour la plupart des chercheurs, la peur des OGM telle qu’exprimée dans le débat public est moins liée aux seules données scientifiques qu’à une vision de la nature, de la démocratie alimentaire et de la société. Il leur apparaît donc nécessaire de multiplier les expertises indépendantes, l’information et la communication sur ce sujet.

    Cette inquiétude est également liée au fait que les OGM — et plus encore les NTG, potentiellement brevetables — représentent le symbole de la mainmise de quelques grandes sociétés internationales sur les semences, l’alimentation et l’économie agricole mondiale, privant les agriculteurs de leur autonomie.

    Il convient de noter que le transfert de gènes entre bactéries existe depuis plus d’un milliard d’années, et qu’il existe des gènes « sauteurs » qui apportent sans intervention humaine de nouvelles propriétés aux végétaux. Cependant, ces transferts naturels se sont produits sur des échelles de temps radicalement différentes et de façon aléatoire, permettant aux écosystèmes d’évoluer progressivement. Les PGM et les NTG, en revanche, sont introduites à un rythme accéléré dans des écosystèmes artificiels, dans un contexte où la biodiversité est déjà largement en crise.

    Hormis la recherche médicale, où l’OGM est un outil qui produit des protéines ou des thérapies appréciables, dans l’agroalimentaire, l’OGM reste un organisme que nous consommons sans garantie totale d’innocuité et souvent en contradiction avec les enjeux environnementaux actuels. La manipulation du vivant à grande échelle génère inévitablement une forte inquiétude, d’autant plus légitime que la recherche du profit tend à supplanter le principe de précaution.


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