Comment expliquer la prĂ©sence nouvelle et simultanĂ©e de vers, des animaux notoirement lents, dans des jardins distants les uns des autres et sans introduction de nouvelles plantes ? Une rĂ©ponse originale Ă©merge aujourd’hui, mettant en cause un vecteur involontaire: les animaux de compagnie.
Ce travail, publiĂ© dans la revue PeerJ, s’appuie sur l’analyse de plus de dix annĂ©es de donnĂ©es issues de programmes de science participative en France. GrĂące aux observations d’observateurs amateurs, des vers ont Ă©tĂ© aperçus solidement fixĂ©s aux poils de chiens et de chats. Cette trouvaille indique que nos compagnons domestiques peuvent, Ă leur insu, transporter ces organismes lors de leurs pĂ©rĂ©grinations, ce qui tend Ă expliquer une propagation rapide qui demeurait jusqu’alors Ă©nigmatique.
Parmi la dizaine d’espĂšces de vers plats exotiques recensĂ©es en France, une seule paraĂźt employer cette mĂ©thode de locomotion. Il s’agit de Caenoplana variegata. Ce ver produit une substance gluante singuliĂšrement adhĂ©sive, probablement liĂ©e Ă son alimentation basĂ©e sur la capture d’arthropodes. Cette particularitĂ© physique lui offre la possibilitĂ© de s’agripper fermement aux fourrures.
La facultĂ© de ce ver Ă se reproduire seul reprĂ©sente un atout supplĂ©mentaire pour sa colonisation. Un unique individu dĂ©placĂ© peut par consĂ©quent initier une nouvelle colonie lĂ oĂč il est dĂ©posĂ©. L’association de ces caractĂ©ristiques biologiques confĂšre Ă l’espĂšce une efficacitĂ© remarquable pour s’implanter sur de nouveaux territoires.
Les trajets habituels des animaux domestiques, qu’il s’agisse de promenades quotidiennes ou de dĂ©placements plus lointains, forment un vaste rĂ©seau de transport. Ce procĂ©dĂ©, demeurĂ© invisible jusqu’Ă prĂ©sent, pourrait faciliter la dissĂ©mination de ces vers au-delĂ des limites gĂ©ographiques attendues, contribuant ainsi Ă leur expansion locale voire, de proche en proche, planĂ©taire.
Les vers plats, des envahisseurs discrets
Les vers plats, ou planaires, appartiennent au groupe des Plathelminthes. Contrairement Ă leurs cousins parasites, ces espĂšces vivent librement dans le sol et sous les feuilles mortes. Leur corps plat et allongĂ©, souvent colorĂ©, leur permet de se glisser dans les interstices les plus Ă©troits de l’humus.
Ces organismes se nourrissent principalement de petits invertĂ©brĂ©s comme les escargots, les limaces ou les vers de terre ordinaires. Ils chassent en sĂ©crĂ©tant un mucus qui immobilise leur proie avant de l’ingĂ©rer. Leur rĂŽle dans les Ă©cosystĂšmes est celui de prĂ©dateurs, rĂ©gulant les populations d’autres espĂšces du sol.
Leur introduction hors de leur rĂ©gion d’origine pose problĂšme car ils peuvent perturber les Ă©quilibres locaux. N’ayant pas de prĂ©dateurs naturels dans les nouveaux milieux, leurs populations peuvent croĂźtre rapidement. Leur impact sur la biodiversitĂ© des sols est un sujet d’Ă©tude important en Ă©cologie.

