Un trou noir qui pĂšse plus lourd que le reste de la galaxie qui l’hĂ©berge. DĂ©couvert grĂące au tĂ©lescope James Webb dans l’Univers primordial, cet objet nommĂ© QSO1 semble s’ĂȘtre formĂ© avant mĂȘme que sa galaxie hĂŽte ait eu le temps de se constituer.
Les « petits points rouges » sont des objets Ă©nigmatiques de l’Univers jeune. Jusqu’Ă prĂ©sent, les estimations indirectes de la masse des trous noirs qu’ils contiennent reposaient sur des hypothĂšses locales, vivement dĂ©battues. Mais une nouvelle Ă©tude parue dans Nature a utilisĂ© une mĂ©thode directe: la spectroastromĂ©trie, qui mesure les dĂ©placements du gaz en orbite pour peser le trou noir central.

La technique utilisĂ©e exploite le fait que le gaz tourne d’autant plus vite qu’il est proche du trou noir. En analysant les raies d’hydrogĂšne avec le spectrographe de JWST, les astronomes ont reconstruit la courbe de rotation. Cela a permis d’estimer la masse du trou noir Ă environ 50 millions de soleils.
En parallĂšle, la masse totale des Ă©toiles de la galaxie hĂŽte a Ă©tĂ© Ă©valuĂ©e Ă moins de 20 millions de masses solaires. Le trou noir est donc plus de deux fois plus lourd que sa galaxie. C’est le trou noir « nu » le plus massif jamais observĂ©, indiquant qu’il a grandi avant que sa galaxie ne se forme.
Cette observation contredit le scĂ©nario standard oĂč trou noir et galaxie grandissent ensemble. Le trou noir de QSO1 aurait pu se former par effondrement direct d’un nuage de gaz primordial, ou ĂȘtre un trou noir primordial nĂ© juste aprĂšs le Big Bang. Les donnĂ©es actuelles ne permettent pas de trancher.
Les chercheurs envisagent d’Ă©tudier d’autres « petits points rouges » pour voir si ce phĂ©nomĂšne est gĂ©nĂ©ral. Cette dĂ©couverte offre une nouvelle fenĂȘtre sur la formation des premiers trous noirs supermassifs de l’Univers, et pourrait expliquer comment ils ont atteint des masses si Ă©levĂ©es si rapidement.
Le grossissement gravitationnel
Ce phĂ©nomĂšne se produit lorsqu’un objet massif, comme un amas de galaxies, dĂ©forme l’espace-temps autour de lui. La lumiĂšre provenant d’une source plus lointaine est alors courbĂ©e et amplifiĂ©e, comme si elle traversait une loupe. Dans le cas de QSO1, l’amas Abell 2744 a multipliĂ© sa luminositĂ© par six et Ă©tirĂ© son image. Cela a permis aux astronomes de dĂ©tecter des dĂ©tails infimes que le tĂ©lescope n’aurait pas pu voir autrement. Le grossissement gravitationnel est un outil naturel prĂ©cieux pour observer les objets les plus lointains de l’Univers.
Cette technique permet de sonder des régions autrement inaccessibles. En combinant plusieurs images déformées, les chercheurs peuvent reconstruire la structure de la source. Dans cette étude, le grossissement a été essentiel pour mesurer la rotation du gaz autour du trou noir.
Sans ce phĂ©nomĂšne, la rĂ©solution de JWST n’aurait pas Ă©tĂ© suffisante pour distinguer les mouvements internes de QSO1.
La spectroastrométrie
Cette mĂ©thode permet de mesurer de trĂšs petits dĂ©calages dans la position d’une source lumineuse Ă diffĂ©rentes longueurs d’onde. Lorsque du gaz tourne autour d’un trou noir, les raies spectrales se dĂ©calent vers le rouge ou le bleu selon que le gaz s’Ă©loigne ou se rapproche de nous. En analysant ces dĂ©calages sur l’image, on peut cartographier la vitesse du gaz Ă diffĂ©rentes distances du centre.
La spectroastrométrie repousse les limites de résolution des télescopes. Elle a permis ici de reconstruire la courbe de rotation du gaz.
Seul un modĂšle avec un trou noir trĂšs massif correspondait aux observations. Cette technique a donc fourni la premiĂšre mesure directe de la masse d’un trou noir dans un « petit point rouge ». Elle ouvre la voie Ă d’autres Ă©tudes similaires dans l’Univers primordial.
