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    AccueilTechđŸ©č Une bactĂ©rie qui empĂȘche la cicatrisation

    đŸ©č Une bactĂ©rie qui empĂȘche la cicatrisation


    Le traitement des plaies chroniques représente un enjeu majeur de santé publique, à commencer par les ulcÚres du pied diabétique qui touchent chaque année environ 18,6 millions de personnes à travers le monde.

    Une Ă©quipe de l’UniversitĂ© de GenĂšve (UNIGE) et de l’UniversitĂ© technologique de Nanyang (NTU) Ă  Singapour montre comment un pathogĂšne courant, Enterococcus faecalis, empĂȘche activement la cicatrisation, et comment la neutralisation de ce processus – en bloquant les produits nocifs que cette bactĂ©rie gĂ©nĂšre – peut permettre aux cellules cutanĂ©es de se rĂ©gĂ©nĂ©rer et de refermer les plaies. Ces rĂ©sultats sont publiĂ©s dans Science Advances.


    Image de microscopie d’un biofilm microbien, rĂ©vĂ©lant l’organisation complexe des cellules microbiennes.
    © Université de GenÚve

    Souvent aggravĂ©es par des infections persistantes, les plaies chroniques peinent Ă  guĂ©rir, en particulier chez les personnes diabĂ©tiques dont l’hyperglycĂ©mie ralentit la cicatrisation. Ce type de plaies constitue ainsi l’une des principales causes d’amputation des membres infĂ©rieurs.
    Dans une rĂ©cente Ă©tude, une Ă©quipe de l’UNIGE et de la NTU Ă  Singapour rĂ©vĂšle comment une bactĂ©rie opportuniste trĂšs rĂ©pandue, Enterococcus faecalis, bloque activement la rĂ©paration des tissus. Les scientifiques montrent Ă©galement qu’en neutralisant ce mĂ©canisme, il est possible de restaurer la capacitĂ© des cellules cutanĂ©es Ă  se rĂ©gĂ©nĂ©rer, rĂ©duisant ainsi les risques de complications et d’amputation.

    CodirigĂ©e par Guillaume Thibault, professeur associĂ© Ă  la School of Biological Sciences de la NTU, et Kimberly Kline, professeure ordinaire au DĂ©partement de microbiologie et mĂ©decine molĂ©culaire de la FacultĂ© de mĂ©decine de l’UNIGE ainsi que membre du SCELSE – Singapore Centre for Environmental Life Sciences and Engineering, l’Ă©quipe a dĂ©couvert que la bactĂ©rie n’utilise pas de toxine classique pour perturber la cicatrisation, mais dĂ©tourne un produit de son propre mĂ©tabolisme.

    « E. faecalis utilise un processus mĂ©tabolique jusqu’alors non reconnu, appelĂ© transport extracellulaire d’Ă©lectrons (EET), qui produit en continu du peroxyde d’hydrogĂšne, une espĂšce rĂ©active de l’oxygĂšne particuliĂšrement agressive pour les tissus vivants », explique Aaron Tan, chercheur au SCELSE et premier auteur de l’Ă©tude.

    Un stress oxydatif qui paralyse les cellules de la peau

    Le peroxyde d’hydrogĂšne, couramment utilisĂ© comme dĂ©sinfectant industriel et agent de blanchiment, devient problĂ©matique lorsqu’il est gĂ©nĂ©rĂ© directement au sein d’une plaie infectĂ©e. Les scientifiques ont montrĂ© que ce composĂ©, produit par la bactĂ©rie, induit un stress oxydatif important dans les kĂ©ratinocytes — les cellules responsables de la rĂ©paration cutanĂ©e. Ce stress active un mĂ©canisme de dĂ©fense cellulaire liĂ© aux protĂ©ines mal repliĂ©es, qui finit par paralyser les cellules et les empĂȘche de migrer pour refermer la plaie.

    Pour confirmer le rĂŽle central de ce processus, les scientifiques ont utilisĂ© une souche gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©e de E. faecalis dĂ©pourvue de la voie EET. RĂ©sultat: la production de peroxyde d’hydrogĂšne a fortement diminuĂ© et la bactĂ©rie n’a plus Ă©tĂ© capable de bloquer la cicatrisation.

    L’Ă©quipe a ensuite Ă©valuĂ© si la neutralisation du peroxyde d’hydrogĂšne pouvait inverser les dommages. En traitant les cellules cutanĂ©es avec de la catalase — une enzyme antioxydante naturellement prĂ©sente dans l’organisme et capable de dĂ©grader le peroxyde d’hydrogĂšne — elle a rĂ©duit le stress cellulaire et restaurĂ© la capacitĂ© des cellules Ă  migrer et Ă  rĂ©parer les tissus.

    Vers de nouvelles approches thérapeutiques

    « Nos rĂ©sultats montrent que c’est le mĂ©tabolisme mĂȘme de la bactĂ©rie qui constitue l’arme, une dĂ©couverte surprenante et jusqu’ici inconnue », souligne Guillaume Thibault. « PlutĂŽt que de chercher Ă  Ă©liminer la bactĂ©rie avec des antibiotiques — une stratĂ©gie de plus en plus difficile et qui favorise la rĂ©sistance — nous pouvons dĂ©sormais envisager de neutraliser les produits nocifs qu’elle gĂ©nĂšre et ainsi rĂ©tablir la cicatrisation. »

    L’Ă©tude Ă©tablit un lien direct entre le mĂ©tabolisme bactĂ©rien et la dysfonction des cellules hĂŽtes, ouvrant la voie Ă  de nouvelles stratĂ©gies thĂ©rapeutiques pour les plaies chroniques. Elle suggĂšre notamment que des pansements enrichis en antioxydants, comme la catalase, pourraient constituer une approche prometteuse. Ces rĂ©sultats pourraient, Ă  terme, dĂ©boucher sur de nouveaux traitements pour les patientes et patients souffrant de plaies qui ne guĂ©rissent pas, un enjeu majeur de santĂ© publique.



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