Au Liban, des élections législatives largement verrouillées par le clientélisme politique

Frontalier de la Syrie et entouré de terres agricoles, le village d’Al-Qaa s’apprête à s’animer à l’occasion des élections législatives, dimanche 15 mai. Aux quelque 5 000 résidents, se mêleront des familles parties vivre à Beyrouth, que cette bourgade de la Bekaa revoit d’ordinaire l’été ou durant les fêtes. Située dans la circonscription de Baalbek-Hermel, à majorité chiite, la localité est chrétienne. La bataille s’y joue entre les deux principaux partis de la communauté : les Forces libanaises et le Courant patriotique libre.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Au Liban, les élections législatives suscitent un espoir ténu de changement

Les responsables locaux de ces groupes rivaux ne s’inquiètent pas de la présence de candidats contestataires dans la région. Chacun a fait ses comptes depuis plusieurs mois, muni des listes d’électeurs établies par le ministère de l’intérieur. Dans le village, les opinions politiques n’ont rien d’un secret. « Le parti appose à côté des noms des codes de couleur : les partisans, l’entourage, les personnes neutres. Tout le monde fait ça ! », sourit Bachir Matar, président de la municipalité d’Al-Qaa, affilié aux Forces libanaises (FL), formation hostile au Hezbollah. Celui-ci avait obtenu la majorité parlementaire avec ses alliés lors des législatives de 2018.

Les familles connues pour être liées au camp rival ne sont pas démarchées par un parti – un effort inutile. Mais pour mobiliser celles jugées susceptibles d’être conquises, des techniques sont aiguisées, plus efficaces que les réunions électorales qui se sont tenues. Ainsi, la présence de militants est plus marquée lors des occasions sociales importantes dans le village, comme les funérailles. Les partis n’oublient pas ceux qui résident à Beyrouth : ils rencontrent ou appellent près de 2 000 inscrits sur le registre d’Al-Qaa. Leur mission : s’assurer de la fidélité des électeurs.

Interactions personnelles fortes

En coulisse des meetings, slogans ou apparitions télévisées de candidats en campagne, les partis traditionnels en lice ont activé depuis plusieurs mois leur machine électorale, avec leurs rabatteurs de vote. Il s’agit souvent de membres ou de supporteurs. Des tâches variées leur sont confiées : faire des visites familiales, recueillir un engagement de vote, vérifier que les sympathisants ont une carte d’électeur à jour. Ou proposer de payer les frais de transport pour le scrutin. « C’est légal ! », s’exclame M. Matar. Ce « service », existant de longue date, est censé cette année atténuer l’abstention, alors que le prix de l’essence a explosé.

Le maillage est rendu possible par la façon dont on vote au Liban : un électeur est inscrit dans la localité de la lignée paternelle, et non là où il vit

Il vous reste 52.8% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.