Au Royaume-Uni, le pari fragile de l’éolien en mer

Par

Publié aujourd’hui à 17h00

En arrivant à proximité, le gigantisme de la mécanique en préparation devient soudain évident. Une pale de 81 mètres est étendue le long de l’usine, tandis que des employés qui apparaissent microscopiques à ses côtés se préparent à la déplacer. Il faudra plus d’une heure pour bouger ce monstre de bois de balsa, de fibre de verre et de résine. L’intérieur a beau être creux, et les parois ne pas dépasser une vingtaine de centimètres, le tout pèse 35 tonnes. Chaque semaine, il en sort une dizaine de l’usine Siemens Gamesa, une entreprise espagnole en joint-venture avec l’allemand Siemens.

Celle-ci est située à Hull, dans le nord-est de l’Angleterre, sur un port de l’estuaire de l’Humber, à proximité de la mer. Impossible de transporter de tels géants autrement que par voie marine. Bientôt, trois pales similaires et une tour métallique géante seront mises sur un bateau, pour être assemblées en pleine mer, à plus de 100 kilomètres des côtes. Une fois montée, la gigantesque éolienne mesurera 204 mètres de haut, l’équivalent de la tour Montparnasse.

Au large des côtes anglaises, plus de 2 200 de ces oiseaux blancs ont déjà été posés, chaque fois un peu plus grands et un peu plus puissants. « Quand j’ai démarré en 2007, les turbines avaient une puissance de 1,4 mégawatt. Aujourd’hui, on en prépare de 14 mégawatts », constate, presque incrédule, Andrew Elmes, chargé du développement de Siemens Gamesa pour le Royaume-Uni. Année après année, les records sont battus et les plus grandes fermes éoliennes au monde sont construites à l’est des côtes britanniques. Une partie des pales de l’usine de Hull équipent par exemple Hornsea One, ouvert en 2019 : 174 turbines à 120 kilomètres des côtes, par 30 mètres de profondeur, avec une capacité totale de 1,2 gigawatt. Sur le papier, c’est autant qu’un réacteur nucléaire.

40 % de leur puissance théorique

Sur le papier seulement. La salle de contrôle d’Orsted, l’opérateur de la centrale éolienne, est située à Grimsby, sur la rive opposée de l’Humber. Dans un bâtiment surplombant le port, une multitude d’écrans supervise en temps réel l’électricité générée en cette journée grise de fin avril. « En ce moment, on produit 181 mégawattheures, ce n’est pas beaucoup », constate l’opérateur. Soit un septième de la production maximale. Rien d’anormal : le vent est par définition intermittent, soufflant plus ou moins fort. En moyenne, les éoliennes en mer fonctionnent à 40 % de leur puissance théorique.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Orsted, récit d’une transition écologique à marche forcée d’un énergéticien danois

Tout le pari énergétique britannique réside dans cette difficulté. En une décennie, le Royaume-Uni est devenu le deuxième pays au monde pour les éoliennes en mer, avec 10,5 gigawatts installés, deux fois moins que la Chine mais deux fois plus que l’Allemagne et quatre fois plus que les Pays-Bas (la France n’ouvrira sa première ferme éolienne en mer qu’à la fin de l’année). « C’est le grand succès [britannique] de la dernière décennie », estime Michael Grubb, professeur d’énergie et de changement climatique à University College London.

Il vous reste 72.89% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.