Douleurs au bas-ventre pendant la grossesse : comment les expliquer et quand s’inquiter ?

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Avec Hervé Marsaud, gynécologue obstétricien et médical

Légères ou très intenses, centrales ou latérales, courtes ou longues, progressives ou violentes… les douleurs que l’on peut ressentir pendant la grossesse sont multiples et ne nécessitent pas de s’alarmer pour la plupart. Le Dr Hervé Marsaud nous aide à faire le tri entre les douleurs sans conséquences et celles qui devraient nous inquiéter, en fonction des trimestres de grossesse.

Quel genre de mal de ventre peut survenir quand on est enceinte ?

Différentes douleurs peuvent être ressenties dans le bas-ventre au cours de la grossesse. Des douleurs d’ordre vésical, liées à une infection urinaire, des douleurs osseuses, des douleurs digestives et des douleurs obstétricales.

« La grossesse n’est pas douloureuse en soi », souligne le docteur Marsaud. Mais on doit tout de même prêter attention aux douleurs ressenties, afin d’identifier au plus vite celles qui sont le signe d’un danger pour l’enfant ou pour la mère.

Quelles douleurs peut-on ressentir dans le bas-ventre en début de grossesse ?

Lors du premier trimestre de grossesse, la femme enceinte peut ressentir des tensions, des tiraillements dans le bas-ventre. « Cela est dû à la congestion pelvienne de début de grossesse, mais c’est sans gravité », explique le Dr Marsaud.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les douleurs ressenties en permanence sont les moins inquiétantes. C’est plutôt rassurant de sentir la congestion pelvienne, même si elle a pour conséquence de nous faire aller aux toilettes plus souvent.

Ces douleurs, somme toute normales, ne donnent pas matière à s’inquiéter.

Peut-on être enceinte et avoir des douleurs de règles ? Le risque de fausse couche

« Ce qu’il faut craindre, ce sont les douleurs qui ressemblent à celles ressenties habituellement pendant les règles, précise le Dr Hervé Marsaud. Des douleurs qui augmentent puis diminuent pendant 30 secondes à 1 minute peuvent faire redouter une fausse couche. Si une grossesse s’interrompt, elle le fait brutalement, ou progressivement, sans que cela soit douloureux pour autant. C’est simplement au moment de l’expulsion que l’utérus se contracte et peut faire mal. »

A savoir : ce n’est pas parce qu’on perd un peu de sang que l’on fait une fausse couche. « Il y a ce qu’on appelle les règles à la date anniversaire, celles qui auraient dû survenir le premier mois de grossesse, voire les suivants, mais de plus faible abondance. C’est absolument sans gravité.En cas de pertes noirâtres, surtout si elles sont associées à des douleurs, il est nécessaire de contacter votre médecin ou la maternité pour éliminer la possibilité d’une grossesse extra-utérine. »

Les autres douleurs signes d’un problème mineur

  • L’infection urinaire : Ce problème concerne 10% des femmes enceintes. On ressent une légère douleur dans le bas-ventre, plutôt au centre, une envie fréquente d’aller aux toilettes et une sensation de brûlure lorsque l’on fait pipi. Un examen cytobactériologique permettra de confirmer l’infection. Les symptômes sont donc assez faciles à repérer. Un traitement antibiotique, compatible avec la grossesse, sera mis en place.
  • Le problème digestif : Si les douleurs durent longtemps et sont latérales, il s’agit probablement d’un problème de transit. « Un utérus ne peut pas se contracter plus d’1 minute 30, donc si la douleur dure 5 minutes c’est sûrement un problème de constipation. C’est la cause la plus fréquente de douleur pendant la grossesse. Pour éviter ce problème, il faut boire beaucoup d’eau.» Comment expliquer ce problème récurrent de constipation ? Sous l’effet de l’hormone de la progestérone, les contractions de l’utérus peuvent se ralentir et cela peut se répercuter sur le transit qui devient paresseux. C’est grâce, entre autres, à cette hormone que le bébé est maintenu dans la cavité utérine jusqu’à l’accouchement, car elle empêche l’utérus de se contracter fortement avant que bébé soit prêt à naître.

Pourquoi le bas-ventre fait-il mal pendant le deuxième trimestre de la grossesse ?

« Au deuxième trimestre, il n’y a aucune douleur à signaler de manière générale », précise le Dr Marsaud. À part quelques tiraillements toujours liés à l’utérus en train de faire sa séance de muscu ! « En règle générale, on le sent se contracter à partir du quatrième ou du cinquième mois, mais ce n’est pas douloureux pour autant, même si l’échelle de la douleur est différente d’une femme à une autre. »

Les maux de bas-ventre classiques au deuxième trimestre

Si l’on arrive à situer la douleur, on en saura plus sur son origine. « Les douleurs de l’utérus sont symétriques, en avant ou en arrière, ou les deux, explique Hervé Marsaud. Alors qu’une douleur latérale aura une cause digestive : à droite, la constipation, et à gauche un autre problème digestif, une diarrhée qui se prépare par exemple. »

Douleurs spontanées et douleurs provoquées : quelle différence ?

Il faut distinguer pendant ce trimestre les douleurs spontanées des douleurs provoquées par la marche, la voiture ou l’activité sexuelle, ou même une contrariété, une dispute avec son conjoint, qui peuvent entraîner des contractions de l’utérus.

Alors que les douleurs spontanées se déclenchent seules et peuvent surgir lorsque l’on est allongée ou assise bien confortablement sur le canapé. « Comme lors du premier trimestre, les douleurs semblables aux douleurs menstruelles ne sont pas bon signe. Il faut faire attention à leur fréquence : si elles reviennent toutes les dix minutes, ou si elles persistent dans la durée, mieux vaut appeler la maternité. » De manière générale, les douleurs en bas du ventre nécessitent rarement une consultation en urgence, sauf si elles sont brutales, très intenses et persistantes, après avoir débuté comme un « coup de poignard ».

La torsion de l’ovaire

Elle peut survenir pendant les deux premiers trimestres de grossesse, dans plus de 70% des cas, et plus rarement pendant le troisième. La torsion ovarienne désigne le fait que l’ovaire fasse une rotation totale ou partielle autour du pédicule, ce qui entraîne une douleur soudaine, intense et aiguë dans la zone pelvienne, parfois même accompagnée de vomissements. On peut ressentir comme une brûlure ou un pincement très fort dans le bas-ventre. Cet événement, assez rare, n’est pas lié directement à la grossesse, mais il est un peu plus fréquent pendant cette période.

En cas de douleur intense et violente, il faut consulter sans tarder le médecin qui suit la grossesse et qui fera une échographie endovaginale pour confirmer le diagnostic. Si la torsion est confirmée, une intervention chirurgicale sera nécessaire pour détordre l’ovaire et le conserver s’il ne s’est pas nécrosé.

D’où viennent les douleurs en fin de grossesse ?

Les douleurs ostéo-articulaires

« L’utérus est un muscle qui pèse 80 grammes en début de grossesse et 1,2 kg sur la fin, en moyenne, explique le Dr Hervé Marsaud. Pour pouvoir grossir et parvenir à la fin à expulser un bébé, il s’entraîne et donc se contracte. » Ces contractions sont nécessaires. Appelées contraction de Braxton Hicks, elles sont une sorte de répétition pour le grand jour.

Lorsque la grossesse est avancée, on peut ressentir des douleurs ostéo-articulaires, au niveau du bassin, mais aussi au niveau de la région sacro-iliaque, surtout en position debout. Les os se préparent pour le passage de bébé. Le bassin s’élargit au fil des mois, et les tensions musculaires que cela engendre peuvent être source de douleurs. Les articulations sacro-iliaques deviennent instables lorsque le poids de l’abdomen augmente avec le bébé qui grossit, et cela peut provoquer des douleurs. Des études ont montré que la moitié des femmes enceintes ressentaient une douleur au niveau de cette zone.

Les douleurs fréquentes : à quoi ressemble la douleur ligamentaire ?

La douleur ligamentaire se ressent au niveau du pubis, de l’aine, du périnée, des cuisses, et peut même descendre parfois dans les fesses.

Comment savoir s’il s’agit d’une douleur ligamentaire ou d’une contraction ?

Dans le cas d’une douleur ligamentaire, les tiraillements sont constants et ne se reproduisent pas par séquences de quelques minutes. Un bon moyen de les différencier des contractions.

« On voit aussi très souvent, en fin de grossesse, les futures mamans marcher comme des canards dans la rue ; cela leur permet de soulager une douleur pubienne », indique le Dr Hervé Marsaud. Rassurez-vous, il y a d’autres solutions que la danse des canards ! Par exemple le repos, la kinésithérapie ou l’ostéopathie, ou encore le port d’une ceinture ou d’un bandeau de soutien du bassin.

Quand s’inquiéter d’un mal de ventre lorsque l’on est enceinte ?

Le docteur Marsaud liste les cas où un coup de fil à son médecin ou à la maternité s’impose :

  • Des saignements vaginaux accompagnés d’une douleur faisant penser aux règles,
  • Des douleurs qui se reproduisent régulièrement, toutes les dix minutes par exemple, et qui durent une à deux minutes,
  • Des douleurs spontanées qui se produisent fréquemment et qui peuvent donc être des contractions,
  • Des douleurs intenses.

« Si ces douleurs surviennent en début de grossesse, cela peut évoquer en premier lieu le risque exceptionnel de fausse couche auquel toute femme pense, mais il n’y a malheureusement rien à faire à ce stade. » En revanche, si elles surviennent à partir de 5 mois de grossesse, on peut évoquer et redouter une menace d’accouchement prématuré. « Il ne faut pas hésiter à contacter l’équipe qui vous suit et à bien décrire, au cours de l’interrogatoire médical, la douleur, son intensité, sa fréquence et ses éventuels facteurs déclencheurs. Il faut rester attentive aux signaux que le corps nous envoie, en essayant de ne jamais paniquer, avec une bonne dose de philosophie et d’objectivité », conseille le docteur Hervé Marsaud.

Comment calmer les douleurs au bas-ventre ?

Le médecin peut conseiller une thérapeutique adaptée, ou éventuellement des antalgiques en cas de douleurs au bas-ventre. Parfois la kinésithérapie, l’ostéopathie, la relaxation ou des exercices spécifiques permettront de soulager les douleurs pelviennes d’origine non directement liée à l’utérus. Prenez toujours conseil auprès du gynécologue ou de la sage-femme qui suit votre grossesse.



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