Témoignage de Céline : ma grossesse avec des troubles anxieux

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Le trouble anxieux c’est quoi ?

Je suis atteinte de Trouble Anxieux. Ce n’est pas grave, c’est simplement handicapant par moment sur certaines situations (variables !). Ça a commencé à mes 19 ans, avec des crises de panique importantes et une agoraphobie qui m’a énormément compliquée la vie sociale pendant quelques années. Ça a enclenché une sorte d’alarme qui sonne perpétuellement dans ma tête (la « peur d’avoir peur ») . Mon cerveau était presque constamment en mode « alerte danger » mais sans raison. Quand vous êtes dans cette situation, vous cherchez à comprendre quel est le danger identifié, vous ne le trouvez pas, vous partez dans des « Et si ? » et puis vous vous y perdez….

Des phobies d’impulsion

Je ne viens pas d’une famille ou l’on peut aisément parler de ces choses-là. Du coup je n’ai pu compter que sur moi-même pour m’en sortir petit à petit. J’ai donc vaincu l’agoraphobie, mais s’est développé un autre trouble anxieux : les phobies d’impulsion*. Si vous ne savez pas ce que sont les phobies d’impulsions c’est la peur de faire mal aux autres (ou à soi-même). Pour ma part je ne pouvais rester seule avec quelqu’un sans avoir peur de lui faire du mal. Ne pouvant parler de cela avec personne j’ai lu sur le sujet pour comprendre que je n’étais un danger pour personne, que ma phobie n’était pas dangereuse et que le passage à l’acte n’existe pas dans cette phobie.

Quand l’amour frappe à ma porte

Le temps a passé, j’ai vécu différentes histoires d’amour plus ou moins intéressantes et j’ai rencontré l’Homme. Celui qui a changé ma vie. Il est déjà père de 2 enfants, qu’il a en garde alternée. Difficile pour quelqu’un atteint de phobie d’impulsion de se retrouver à vivre avec 2 enfants ! J’ai donc dû lui avouer mon trouble…. J’avais très peur de lui en parler, mais il l’a parfaitement accepté et m’a encouragé dans ma démarche d’aller mieux. Avant d’aménager avec eux j’ai donc entamé une psychothérapie. Ça a duré 2 ans (entre temps j’avais aménagé avec eux). Je n’y ai pas vu franchement du mieux, néanmoins d’être exposée aux enfants régulièrement a quand même diminué les épisodes phobiques. Mais le signal d’alarme continuait de sonner. Nous avons construit un équilibre familial à quatre et l’envie d’avoir un enfant commençait à apparaître. Mais comment imaginer en avoir un quand vous êtes déjà tendue toute la journée pour rien ? Comment savoir si vous n’alliez pas « transmettre » cela à votre enfant ? Et si c’était dans les gènes ? Et si à cause de ça il était malheureux toute sa vie ? Puis j’avais lu qu’un pourcentage de mère qui venait d’accoucher avait des phobies alors qu’est-ce que ça allait déclencher d’encore pire chez moi ? 

Un médecin psychiatre à l’écoute

Je me suis donc décidée à aller voir un psychiatre. J’ai eu de la chance, je suis très bien tombée. Il a accepté de me suivre et m’a expliqué ce que j’avais. Il m’a dit que mon trouble, personne ne saurait dire d’où ça pouvait venir ni si c’était transmissible. Probablement une fragilité personnelle vis-à-vis de l’anxiété couplée à des expériences de vie. Mais aucune certitude possible sur l’origine.. Cependant il ne pensait pas que mon bébé serait automatiquement anxieux parce que je l’étais, ni qu’il avait du coup plus de risque de le devenir. Il m’a aussi expliqué que mon trouble n’était pas ma faute. Là où le psychologue qui m’avait suivi précédemment m’expliquait que si ça n’allait pas mieux c’était par manque d’effort, lui m’a expliqué que je faisais de mon mieux et que je ne pourrais pas le faire disparaitre par ma seule volonté. Mais que ce n’était absolument pas un frein à un désir d’enfant. Qu’il fallait simplement apprendre à vivre avec et trouver un moyen d’en réduire les symptômes. Ne pas lutter, accepter les pensées et les émotions comme ce qu’elles sont et le trouble ne peut que diminuer.

Trouble anxieux généralisé : un traitement médicamenteux

Cela m’a soulagé, énormément. Je pouvais donc envisager d’avoir un enfant sans être un danger pour lui et peut-être même que je pourrais être une bonne mère. Une très bonne nouvelle pour moi ! En parallèle nous avons repris des exercices d’expositions puis on a commencé un léger traitement médicamenteux. Révolution grâce aux médicaments : l’alarme dans ma tête ne sonnait plus qu’en cas de « vraie » nécessité. Un véritable confort. C’est peu de dire que cela a changé ma vie. Quand vous n’avez plus la peur qui vous colle à la peau, vos autres émotions prennent plus de place. Votre vie a une nouvelle saveur. C’était vraiment une libération.

On lance l’aventure Bébé

Un an après avoir commencé le traitement nous décidons avec mon conjoint de lancer l’aventure bébé. Ayant peur des risques médicamenteux pour le fœtus (bien que très minimes) je décide d’arrêter le traitement. Je ne vous cache pas que je m’inquiétais quand même de me lancer dans une telle aventure humaine avec mon trouble. Et si ça l’aggravait ? Et si je ne gérais pas bien ? Et si je devenais un poids pour mon conjoint à ne pas assurer ? Bon, l’alarme est revenue. Malheureusement. Et la grossesse est finalement vite arrivée (en 4 mois).

L’alarme se déclenche

Et là, au lieu de me réjouir, j’ai mon alarme interne qui s’est emballée. Ça a été horrible. Je me disais que c’était une erreur folle, que je n’en étais pas capable, que j’allais décevoir tout le monde, que je ne le méritais pas, que notre couple ne tiendrait pas, et si on c’était trompé dans notre décision ? Et cela m’a beaucoup culpabilisée. Pourquoi est-ce que je ne m’en réjouissais pas ? Pourquoi je ne réagissais pas comment dans tous ces films, ces pubs ? Mon compagnon a cherché à me rassurer mais cela l’a aussi fortement déstabilisé car lui se réjouissait sincèrement de la nouvelle. Ça nous a conduit à une petite crise, compréhensible. Je ne contrôle pas mes angoisses et lui n’est pas mon docteur, et ça déstabilise quand quelqu’un ne vit pas une nouvelle commune aussi bien que vous, je le comprends, nous restons des humains.

Ne rien ressentir à la première échographie

Mon gynéco me fait des échographies tous les mois. L’échographie du 1er mois ne m’a rien déclenché comme émotion. L’alarme sonnait trop fort, et quand c’est comme ça, vous ne ressentez plus rien. J’ai juste eu très mal lors de l’écho pelvienne, et j’ai vu un amas de cellule sur un écran. Réellement c’est comme ça que je l’ai vécue. Je ne voyais pas à qui en parler. Mes parents ? Non. Ma sœur ? J’ai un peu abordé le sujet mais timidement et elle a su écouter mais ma pudeur m’a empêché d’aller plus loin. En parler aux copines, aux cousines? Non, peur du jugement aussi… Finalement c’est sur le web, ou dans les différents magazines, que j’ai trouvé des témoignages de femmes qui avaient vécu la même panique alors qu’elles ne souffraient d’aucun trouble à la base. Donc oui, on peut paniquer lorsque l’on apprend la nouvelle. Même si c’est désiré. Ce n’est pas le trouble, c’est votre vie qui est chamboulée. Il faut accepter que cela fasse peur. La sage-femme que j’ai vu au 4ème mois m’a d’ailleurs dit : « Moi c’est plutôt celles qui ne s’inquiètent pas tout du long de leur première grossesse que je trouve bizarres ! » Elle m’a expliqué que beaucoup de mères avaient les angoisses que j’avais connues plutôt au huitième mois. Moi, j’avais simplement réalisé plus tôt, et c’était très sain.

Les mots du psychiatre : c’est normal d’avoir peur

Mon psychiatre que je voyais tous les mois à su me rassurer. Il n’y voyait rien d’anormal. Il m’a dit :  » C’est un réel chamboulement, ne vous inquiétez pas si vous avez peur. Votre trouble ne fait pas de vous quelqu’un de différent, toute peur n’y est pas reliée. L’aventure que vous entamez est vertigineuse. Bien sûr que c’est déstabilisant et ambivalent par moment ! »  La sage-femme m’a aussi dit « J’ai vu autant de grossesses, d’accouchements, et de réactions face à la maternité, que j’ai vu de femmes ».

J’ose parler du sujet autour de moi

Au bout de quelques semaines mon alarme s’est un peu atténuée, grâce aux témoignages que j’avais lu, aux rendez-vous avec le psychiatre….Nous avons pu repartir sur de bonnes bases avec mon homme. A la 2eme échographie, que j’ai effectué à un peu plus de 2 mois, je suis tombée dingue de ce petit bout sur l’écran. Et j’ai commencé à être beaucoup plus apaisée. Et à me dire qu’il fallait prendre les devants sur la grossesse et s’y intéresser pour éviter de la subir. J’ai donc commencé à aborder le sujet de l’angoisse avec les mères que j’avais dans mon entourage, et que je savais « ouvertes », des gens qui ne sont pas dans le jugement. J’ai découvert que n’étais pas la seule à avoir eu peur ! Si j’avais eu le courage d’en parler avec elles à ce moment-là, je me serais économisé quelques semaines de terribles angoisses et de remises en question !

Un deuxième trimestre sur un nuage

A toutes celles qui sont très anxieuses de nature et qui sont enceintes ou désirent un bébé, j’ai un message à faire passer : vous n’êtes pas votre trouble. Il ne vous définit pas. Et vous avez le droit d’avoir peur par moment durant votre grossesse. C’est simplement que vous réalisez le changement à venir et comme le dit la sage-femme : C’est sain ! On m’avait dit que le second trimestre était très sympa à vivre coté moral, ça c’est confirmé pour moi. J’étais complètement « shootée » aux hormones. Par exemple, quand j’allais me promener dans la nature, j’étais « en communion avec les fleurs et les arbres ». Cela ne m’était jamais arrivé auparavant. Il est passé assez vite : annonce aux proches, au travail, achats des éléments nécessaires pour bébé. Trois mois sur un nuage, à savourer les premiers mouvements ressentis dans le ventre, le corps qui se transforme un peu, les échographies où l’on voit que tout se déroule bien.Vraiment que du bonheur. 100% du temps. Je ne sais pas quelle hormone engendre cet état mais j’en aimerai bien en intraveineuse pour le reste de mes jours ! Et j’étais plutôt en forme.

Un troisième trimestre plus sombre

Au début du 3ème trimestre tout a changé. Nous avons été reconfinés et étant « personne à risque » j’ai dû télétravailler. Nous n’habitons pas à coté de nos familles, je me suis donc retrouvée assez isolée toute la journée. Ce n’est pas la situation qui me convient le mieux déjà en temps normal. J’ai besoin de voir du monde et d’échanger, je ne suis pas une solitaire.Le corps commençait à vraiment être très différent dès la fin du 6eme mois et je ne suis pas de ces femmes qui se sentent bien dans leur peau avec ces rondeurs-là. Certaines se trouvent ravissantes, je me trouve hideuse. J’ai pris des fesses bien que je fasse très attention à ce que je mange. Ma poitrine subit le poids. Heureusement (pour le moment !!) pas de vergetures. (En même temps, à force de me tartiner d’huile tous les soirs y’a plutôt intérêt à ce que le résultat soit bon). A chaque soir au coucher j’ai l’impression d’être une sardine à l’huile. Vous sentez la sexytude de la grosse vache huilée allongée sur le lit qui se lamente dès qu’il faut se lever ? Vous touchez du doigt le quotidien d’une femme au 3ème trimestre !

Tout mouvement est plus compliqué

J’ai du mal à me bouger, je m’étouffe souvent (à cause de la réduction de mes capacités pulmonaires), j’ai souvent mal au périnée, mettre les chaussettes est un calvaire. J’en suis arrivée à un point maintenant quand je mets une paire de chaussette en prévision d’une sortie de la maison, je m’assure que la sortie est bien maintenue tellement je trouve ça pénible comme mouvement. Je peux m’énerver si on m’a fait mettre mes chaussettes pour rien (si!si!). Je me suis donc seule les trois quart du temps avec ce corps que je n’accepte pas. Autant vous dire qu’il n’y a pas une ambiance de folie au point de vue moral.

Mes inquiétudes pour le post-partum

Je commence aussi à me demander si je serais une bonne mère, comme j’ai déjà du mal à vivre cette situation-là. Et cela me fait culpabiliser. Je vais donc voir des témoignages sur les blogs, je constate que le 3ème trimestre est souvent source de petits coups de déprime et d’angoisses. Donc je le répète, « Non : la grossesse n’est pas tout le temps magique. Oui : la grossesse est ambivalente. Non, vous questionner sur vos capacités ne les remets pas en question. Non : ce n’est pas à cause de votre trouble ». Bon, on a beau se le répéter, je ne vous cache pas que quand vous vous mettez à pleurer sans trop savoir pourquoi (merci les hormones !!!) vous avez du mal à relativiser. Mais je prends un peu de recul, ça s’apaise.

Bref, pour l’instant le 3ème trimestre n’est pas très agréable à vivre, et l’accouchement me tarde autant que je le redoute. Normalement, plus que 6 semaines….

(A suivre, le témoignage de Céline après la naissance de son bébé….)



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