A Marseille, deux dentistes jugés pour des mutilations sur des centaines de patients

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Il promettait un « sourire de star » : Lionel Guedj, 41 ans, sera jugé lundi 28 février avec Carnot Guedj, 70 ans, également dentiste, ainsi que leurs deux sociétés en tant que personnes morales, pour « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente » et « escroquerie ».

Les deux hommes, aussi poursuivis pour « usage » et « complicité » de « faux en écriture privée » encourent dix ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende ; une somme qui pourrait monter à près de deux millions d’euros pour leurs sociétés, sans compter l’indemnisation des nombreuses victimes.

Abcès, douleurs, infections à répétition, bouche noire, mauvaise haleine, prothèses qui ne tiennent pas : dix ans après les faits incriminés – de 2009 à 2012 –, beaucoup d’anciens patients subissent encore des troubles, témoigne Marc-André Ceccaldi, avocat de plusieurs plaignants. « Quatre-vingt-cint pour cent des victimes sont des gens modestes, souvent bénéficiaires de la couverture maladie universelle complémentaire : Lionel Guedj leur promettait un sourire de star, aujourd’hui, on parle de “sourire Guedj”, pour évoquer des dents amochées », dit-il.

« Mon client va s’efforcer de démontrer que, s’il y a eu sans doute des négligences ou des imprudences, il n’a jamais eu la volonté de nuire », explique l’avocat de Lionel Guedj, Frédéric Monneret, qui précise que son client est « ravi de pouvoir enfin s’expliquer », mais « stressé par les enjeux du procès ».

Au total, 322 anciens patients se sont constitués partie civile, au côté de la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) des Bouches-du-Rhône, de cinq mutuelles et du Conseil national et départemental de l’ordre des chirurgiens-dentistes. Ce procès hors norme se tiendra jusqu’au 8 avril dans une salle de 400 places spécialement aménagée dans une ancienne caserne.

Radios falsifiées et opérations bâclées

L’affaire débute en 2009 par une enquête du contrôle médical de la CPAM des Bouches-du-Rhône à la suite des signalements d’une assurance sur des facturations douteuses de prothèses, et d’assurés sociaux sur des « abus de soins ».

Une plainte de la CPAM 13, qui revendique un préjudice de près de 1,7 million d’euros, est déposée en 2011. Une information judiciaire est ouverte en 2012. Mis en examen, les deux hommes sont laissés en liberté sous contrôle judiciaire. Ils ont depuis été interdits d’exercer par l’ordre des dentistes.

Les conclusions de l’enquête administrative, étayées par plusieurs expertises et l’audition de 170 patients, décrivent un système organisé visant à réaliser « un maximum de prothèses dentaires bénéficiant de la liberté tarifaire ». Selon plusieurs témoins, « le tandem père-fils était clairement dirigé par Lionel Guedj ».

« La première consultation se soldait systématiquement par un programme massif de travaux impliquant de dévitaliser et de couronner un maximum de dents », constate le rapport, qui évoque « de fortes présomptions de dégradations volontaires de dents saines ». « Vous veniez pour deux caries et vous repartiez avec toutes les dents dévitalisées », a témoigné durant l’enquête l’assistante dentaire, Nadia Omar.

Chiffre d’affaires de 2,6 millions d’euros

Lionel Guedj facturait 28 fois plus de couronnes que la moyenne de ses confrères, a comptabilisé une dentiste conseil de l’Assurance-maladie. En 2010, il était en tête des dentistes en France avec un chiffre d’affaires de 2,6 millions d’euros, contre une moyenne départementale de 180 000 euros. L’homme s’est constitué en quelques années un patrimoine immobilier de 9,5 millions d’euros, possédait des voitures de luxe, un yacht de 15 mètres…

Devant les enquêteurs, Lionel Guedj a justifié sa réussite par des horaires de travail importants et une célérité exceptionnelle. Mais pour la Sécurité sociale, de tels résultats dans une activité normale auraient demandé pas moins de 52 heures de travail par jour.

Le docteur Guedj aurait rogné sur la qualité des soins, en réalisant, par exemple, « la pose de prothèse dentaire définitive, sans aucun essayage », alors que cet acte nécessite pas moins de cinq étapes différentes. La justice reproche également aux dentistes la disparition ou la falsification de radios, pour tenter de dissimuler de faux diagnostics.

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Le Monde avec AFP



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