La Colombe d’or, l’auberge provençale au rang d’art

0
30


Par

Publié aujourd’hui à 17h00

Il y a quelques semaines, le bas-relief de Fernand Léger installé sur un mur du patio s’est effrité. Un expert du Musée national Fernand Léger, à Biot (Alpes-Maritimes), un village voisin, a été dépêché à son chevet. Le verdict est tombé, impitoyable : il fallait décrocher l’œuvre d’urgence et l’envoyer en restauration pour au moins deux ans. François Roux, le directeur de La Colombe d’or, a refusé catégoriquement. Il n’était pas question pour lui d’en priver sa clientèle pendant si longtemps. Et lui-même est trop attaché à cette Femme au perroquet rouge, acquise par son grand-père en 1952, qui le couve des yeux depuis sa naissance.

Avec le pouce géant de César posté à ­l’entrée, le mobile de Calder de la piscine et le Picasso accroché dans la salle à manger, ce mural en céramique fait partie des quelque 180 pépites exposées dans toute La Colombe d’or. D’autres pièces sont gardées dans une réserve, attendant de rejoindre à leur tour les espaces communs ou l’une des 24 chambres et suites de cette « auberge » pas ordinaire.

« Qu’est-ce que c’est une auberge, aujourd’hui ? », interroge François Roux, qui veille sur l’établissement depuis 1996. Il a grandi entre ces murs, il a toujours travaillé là, mais il ne sait pas si La Colombe est plutôt une auberge, une pension de famille chic ou un ­hôtel-restaurant. Il finit par trancher : « C’est un endroit atypique. »

Gîte, peinture et ronds de serviette

Atypique, hybride, inclassable, et ce, depuis le début, il y a plus de cent ans. En 1920, Paul Roux, un fils de paysans d’une trentaine d’années, ouvre une guinguette provençale, À Robinson, à l’entrée de Saint-Paul-de-Vence, splendide village médiéval de l’arrière-pays niçois. Le soir, on danse sur la terrasse, et il arrive qu’on s’y bagarre, un peu trop souvent.

Une fois marié et père d’un petit Francis, Paul Roux transforme le lieu en paisible auberge, qu’il baptise La Colombe d’or. « On ne sait pas d’où vient ce nom, peut-être de la colombe de la paix, avance François Roux. Et “d’or” parce que c’était à la mode d’ajouter ça, à l’époque… » Ce nom, qui sonne « prestigieux », désigne alors une simple baraque composée d’un étage et de trois chambres, occupées à l’occasion par des peintres aimantés par la lumière du Sud.

Un portrait de Paul Roux par Hélène Dufau (non daté).

Paul Roux ouvre dans les années 1930 une école de peinture et inscrit au fronton de son établissement : « Ici on vient à pied, à cheval ou en peinture ». Parfois, des pensionnaires offrent un tableau au patron et à son épouse, Baptistine (dite « Titine »), en échange du gîte et du couvert.

Il vous reste 80.47% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here