« Chaos » des chaînes logistiques, pénurie de matières premières… Michelin au bord de la paralysie

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Usine Michelin de Cataroux, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), le 30 septembre 2021.

« Vous voulez un résumé de la situation ? On n’a rien connu de semblable depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C’est le chaos ! Un bazar innommable ! » En dépit des perspectives financières favorables qu’il doit présenter, vendredi 13 mai, à Clermont-Ferrand, devant l’assemblée générale des actionnaires, Florent Menegaux, le patron de Michelin, est en mode « crise permanente ».

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Le dernier communiqué financier du numéro un mondial des pneumatiques avait déjà donné le ton : « Les perturbations opérationnelles et les tensions inflationnistes ont été exacerbées par le conflit en Ukraine et par la résurgence du Covid-19 en Chine. » Lors d’une rencontre avec Le Monde, Florent Menegaux s’est fait plus concret. « On manque de matières premières, de semi-conducteurs, il n’y a pas assez de bateaux, ceux qui sont dans les ports sont bloqués, on manque de conteneurs, on manque de camions, on manque de chauffeurs de camion… » Bref, on est au bord de la paralysie.

Noir de carbone

« En période normale, la routine c’est deux ou trois cellules de crise activées par trimestre. En ce moment, il y en a une vingtaine d’ouvertes en permanence. » Avec des pics à cinquante en 2021. Dernier épisode en date, le Sri Lanka. Fragilisé par la crise du Covid-19, le pays n’a plus de réserves de devises, l’économie est au bord de l’effondrement, l’électricité ne fonctionne que par intermittence, la capitale est en proie aux émeutes, et les usines Michelin – le groupe est le premier exportateur national – sont quasiment à l’arrêt, pendant que ses stocks de pneus sont coincés.

Par rapport à la normale, la facture des fournisseurs s’est envolée de plus de deux points

Avec 123 sites de production dans 26 pays tout autour de la planète, et quelque 200 composants entrant dans la composition du pneu, les chaînes logistiques sont le talon d’Achille de Michelin. La rupture d’approvisionnement est d’ailleurs placée tout en haut de l’échelle des risques. Il y a quelques mois, le géant du pneu considérait que cette menace avait « une faible probabilité d’occurrence ». La guerre en Ukraine a transformé l’improbable en réalité. A partir du 3 mars, il a fallu « arrêter la production de certaines des usines en Europe, pour quelques jours ». En cause, le noir de carbone, un composant produit en Russie qui transitait habituellement par l’Ukraine. Il vient désormais de Chine.

Le 15 mars, Michelin a décidé de mettre en sommeil son usine russe de Davydovo, qui ne pouvait plus être alimentée par des produits semi-finis en provenance de Pologne et de Roumanie. « La Russie, ce n’est que 2 % de notre activité », note M. Menegaux. « Ce qui me préoccupe ce sont nos 750 salariés, que nous continuons à payer grâce à l’écoulement des stocks. » Pour l’usine, une décision sera prise d’ici la fin de l’année. Une vente n’est pas exclue.

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