« C’est bien la question de la paternité de l’art qui est au cœur de cette dispute et de ce qui fait œuvre »

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Nous, défenseurs de la création contemporaine, artistes, commissaires d’exposition, conservatrices et conservateurs, directrices et directeurs de musée et d’institution, amatrices et amateurs d’art, galeristes… sommes inquiets des dérives que prend l’affaire Druet-Cattelan.

L’affaire qui oppose Daniel Druet à Maurizio Cattelan, concerne huit sculptures que Daniel Druet a façonnées à la demande de Maurizio Cattelan et de sa galerie entre 1999 et 2006, et dont Daniel Druet revendique aujourd’hui la paternité exclusive.

Auteur unique

Selon lui, l’exécution des modèles en cire lui octroierait la qualité d’auteur unique de ces œuvres. Ceci sans prendre en compte la démarche artistique de Maurizio Cattelan dans sa globalité ni ses interventions artistiques multiples dans des contextes variés qui ont fait sa renommée, au-delà de ces huit sculptures.

Cette affaire, dont l’audience s’est tenue le 13 mai à Paris, suscite de nombreux débats, à la teneur souvent réactionnaire.

Au-delà du combat d’un homme contre un autre, d’une technique contre une autre, d’une école contre une autre, c’est bien la question de la paternité – voire de la validité – de l’art qui est au cœur de cette dispute, et de ce qui fait œuvre aujourd’hui.

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On comprend, à la lecture des commentaires qui ont suivi l’article paru dans le magazine M le Monde du vendredi 29 avril, que la création contemporaine fait encore débat et suscite nombre de fantasmes, raccourcis, et a priori réducteurs.

Mépris

Ces débats ne rendent pas compte du processus créatif d’un artiste comme Maurizio Cattelan et des artistes conceptuels de manière générale. Pire, ils « portent » sur l’inconsistance de l’art contemporain par rapport à un art plus traditionnel, garant d’un savoir-faire.

La quête de reconnaissance de Daniel Druet comme auteur exclusif des œuvres imaginées par Maurizio Cattelan ouvre la porte à la disqualification de l’art conceptuel

Nous sommes confrontés une fois de plus, et comme souvent dans l’histoire de l’art, à une grande méconnaissance et à un mépris des formes diverses que peut prendre la création vivante, ce qui nous interpelle au plus haut point.

Car ce débat dépasse Daniel Druet et Maurizio Cattelan. Il concerne de nombreux acteurs du monde de l’art et en premier lieu les artistes, dans leur grande diversité. Nous avons tous et toutes exposé, regardé, étudié, critiqué, commenté, publié le travail de Maurizio Cattelan, artiste actif depuis plus de trente ans, que nous respectons comme un pair, au-delà des goûts et des clivages du secteur culturel qui est le nôtre.

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