La science passe au crible les différents modes de scrutin

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Dans un bureau de vote, à Toulouse, le 24 avril 2022, jour du second tour de l’élection présidentielle.

Le 10 avril, lors du premier tour de l’élection présidentielle 2022, plusieurs centaines d’électeurs strasbourgeois ont pu voter… deux fois. A la sortie de deux bureaux de vote officiels se trouvait en effet un second dispositif quasi identique, avec urne, isoloirs et bulletins de vote. Celui-ci présentait cependant une différence de taille, proposant aux citoyens de voter grâce au système classique – le scrutin uninominal majoritaire à deux tours – mais aussi à travers d’autres modes de scrutin, à base de notes, de choix multiples ou encore de mentions à attribuer aux candidats.

Cette opération est le fait de l’équipe Voter autrement, un groupe de chercheurs du CNRS en sciences économiques issus de quatre universités françaises, qui livre aujourd’hui au Monde les premiers résultats de cette expérimentation en conditions réelles. De quoi apporter de nouveaux enseignements sur le choix – loin d’être neutre – d’un système de vote.

L’équipe élabore ce type de protocoles pour chaque présidentielle depuis vingt ans, inspirant d’autres initiatives similaires à travers le monde. « L’étude des systèmes de vote, ce que l’on appelle la théorie du choix social, rassemble des centaines de chercheurs venus d’horizons divers : science politique, économie, mathématiques, informatique…, énumère la professeure de sciences économiques Antoinette Baujard (université de Saint-Etienne), l’un des piliers de l’équipe Voter autrement. Les communautés scientifiques les plus denses se trouvent en France, où ce champ de recherche a connu un véritable essor dans les années 1970. »

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La question des modes de scrutin trouve en réalité ses origines dès le XVIIIe siècle, avec notamment le mathématicien des Lumières Nicolas de Condorcet. Celui-ci fut l’un des premiers à décrire scientifiquement les problèmes liés aux systèmes de vote uninominaux (où chaque électeur ne choisit qu’un nom parmi les candidats, comme dans les élections françaises). Par exemple, un candidat capable de battre n’importe quel autre en face à face, désigné comme le « vainqueur de Condorcet », peut dans certains cas se retrouver éliminé. Un biais majeur loin d’être juste théorique. Lors de l’élection de 2007, le centriste François Bayrou se trouvait être, selon différents sondages de l’époque, le « vainqueur de Condorcet ». Autrement dit, devant n’importe quel autre candidat élu président de la République, une majorité de Français aurait préféré voir à la place François Bayrou… pourtant éliminé par ces mêmes Français dès le premier tour. A noter que, lors du premier tour de cette présidentielle 2007, l’équipe Voter autrement avait testé deux autres modes de scrutin dans six bureaux de vote français, qui donnaient systématiquement François Bayrou vainqueur.

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