« La performance de CMA CGM a gonflé les comptes français »

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Le « Theodore Roosevelt », de la CMA CGM, au port de Norfolk, en Virginie, en août 2017.

L’économie est une discipline à la fois très proche, nous la pratiquons dès que nous sortons notre portefeuille, et très lointaine, quand les chiffres macroéconomiques s’entrechoquent pour dresser le portrait d’une France tantôt conquérante, tantôt au bord du gouffre. Pour sortir de l’abstraction des grands nombres, il faut parfois regarder passer les bateaux. En janvier, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), on a vu sortir du port le Wonder of the Seas, le plus grand paquebot du monde. Il avait apporté un peu de baume au cœur des comptes publics sous la forme d’une facture de 1,2 milliard d’euros, qui avait dopé momentanément une balance commerciale désastreuse : 85 milliards de déficit en 2021.

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C’est, avec la dette, le grand point noir des comptes publics français. Le commerce des biens de la France avec le monde reflète trente ans de désindustrialisation du pays où ne surnagent que quelques exceptions, comme les chantiers navals de Saint-Nazaire. Mais ce n’est pas un bon reflet de l’économie française, ne serait-ce que parce qu’il ne concerne que l’industrie, qui ne représente qu’une quinzaine de pourcents de l’économie française.

Pour appréhender le reste, c’est-à-dire essentiellement l’immense nébuleuse des services, du tourisme aux supermarchés, en passant par le BTP, la banque ou les services informatiques, il faut se tourner vers la balance des paiements. Celle-ci, moins utilisée dans les discours politiques, calcule tous les flux d’argent entrant et sortant de France, et en particulier ceux provenant des activités de service.

Trouver le bon équilibre

Et, miracle, celle-ci, à la différence de la balance commerciale, a été excédentaire de près de 9 milliards d’euros en 2021, contre un déficit de plus de 41 milliards en 2020. Ce n’est que la seconde fois en quinze ans que ce chiffre est dans le vert. Cette performance démontre que l’activité de service, en très fort redressement depuis l’année noire du confinement, est un puissant moteur de l’économie française. Mais il y a un biais qui doit nous contraindre à la modestie. Si la situation s’améliore si spectaculairement, elle le doit, une fois encore, à des bateaux. Ceux-là sont aussi gigantesques que le Wonder of the Seas, mais les conteneurs ont remplacé les touristes.

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La France abrite, avec CMA CGM, l’un des plus grands transporteurs maritimes du monde. Or, le désordre logistique mondial a fait s’envoler le prix du fret. Au bord de la faillite en 2009, le groupe familial dirigé par Rodolphe Saadé, le fils du fondateur, a engrangé 18 milliards d’euros de profit en 2021. Le plus gros bénéfice de France. Une performance qui a gonflé les comptes de la nation.

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