L’actrice Hanna Schygulla, hantée par les fantômes de ceux qu’elle a aimés

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PortraitL’égérie de Rainer Werner Fassbinder joue dans « Peter von Kant », le nouveau film de François Ozon, cinquante ans après avoir fasciné dans la version originale du réalisateur allemand. Un rôle en forme de retour vers le passé pour la comédienne de 78 ans.

Hanna Schygulla, à Paris, le 6 mai 2022.

Vertige du temps. En 1972, Hanna Schygulla incarne la beauté du diable dans Les Larmes amères de Petra von Kant, de Rainer Werner Fassbinder. Elle joue une mannequin venue troubler le huis clos cruel que Petra, styliste de mode, impose à son assistante souffre-douleur. A 28 ans, l’actrice est alors à l’aube de sa carrière. Pendant une décennie, jusqu’à la mort du cinéaste, leur duo intello, sulfureux et engagé va régner sur le cinéma d’auteur européen avec seize films emblématiques de l’Allemagne de l’époque, coupée en deux par le mur de Berlin, hantée par le terrorisme et les plaies de la guerre.

Cinquante ans plus tard, Fassbinder continue de fasciner ses successeurs, dont François Ozon. Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, son troisième film, sorti en 2000, était l’adaptation d’une pièce du réalisateur allemand. Le 6 juillet, il récidive avec Peter von Kant, son vingt et unième long-métrage, version librement inspirée des Larmes amères. Dans l’ambiance glamour des seventies, théâtralement restituée, Petra est devenu Peter, metteur en scène despote joué par Denis Ménochet, excellent en drama queen survoltée. Karin, ex-Schygulla, est devenue Amir, demi-dieu d’une beauté irréelle. Isabelle Adjani, sur qui le temps semble glisser, incarne une diva sans âge, sosie de Marlene Dietrich. Hanna Schygulla fait un saut dans le temps dans le rôle de la mère de Peter. Sa silhouette alourdie et ses rides emplissent l’écran. « C’est comme un remake de moi-même, très étrange », observe-t-elle.

Ovationnée au Festival de Berlin

Avant de se lancer dans le projet, Denis Ménochet, 45 ans, ne connaissait pas Hanna Schygulla. Et le nom de Fassbinder, comme à ceux de sa génération, lui évoquait des images saturées en Technicolor et des scénarios austères. En s’imprégnant des films, il a compris la puissance de leur cinéma. Sur le tournage, entre « les deux icônes » Adjani et Schygulla, Ménochet s’est senti plus d’une fois saisi par un sentiment d’imposture. « Avec elles, il suffit d’un regard pour comprendre que cela ne va pas. Je me demandais souvent ce que je foutais là, s’amuse-t-il. Mais, au final, cela m’a aidé à me lâcher, je ne pouvais pas faire les choses à moitié. »

En février, lors de la projection du film d’Ozon au 72Festival de Berlin, là même où Fassbinder avait montré ses Larmes amères de Petra von Kant un demi-siècle plus tôt, l’acteur a mesuré la célébrité d’Hanna Schygulla. Absente en raison du Covid-19, elle a été ovationnée pendant de ­longues minutes par une salle de 800 personnes. Le lendemain, l’acteur l’a appelée, lui donnant le surnom affectueux du film : « Mutti, tu es toujours dans le cœur de ­l’Allemagne ! » Au téléphone, Hanna Schygulla a répondu par son rire de femme fatale.

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