Matthew Bogdanos, l’infatigable justicier des biens culturels volés

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Matthew Bogdanos (à droite), au côté du ministre libanais de la culture, Ghattas Khoury, à l’occasion de la restitution d’une tête de taureau en marbre, en 2018.

Matthew Bogdanos ne s’embarrasse pas de ­salamalecs. De passage à Paris fin juin pour une série de conférences ultra-privées sur le trafic des biens culturels, ­l’adjoint au procureur de Manhattan nous accorde quarante minutes d’entretien, pas une de plus.

Vif et intraitable, pugnace et sarcastique, ce boxeur amateur est depuis plus de trente ans un familier des scènes de crime, des chambres aux murs tapissés de sang et des cadavres encore chauds qu’il faut autopsier. Mais, pour le grand public, il est surtout le visage de la lutte contre le trafic des biens culturels.

C’est lui qui a remonté la piste d’une importante malversation autour d’objets égyptiens achetés par le Metropolitan Museum de New York et le Louvre Abu Dhabi, une affaire qui a valu à l’ex-patron du Louvre Jean-Luc Martinez une mise en examen le 25 mai.

Lui encore qui a orchestré, en 2017, la restitution au Liban d’une tête de taureau en marbre prêtée par un couple de collectionneurs américains au Metropolitan Museum. La chute du marchand Subhash Kapoor, coupable d’un trafic d’objets indiens d’une valeur de plus de 100 millions de dollars ? Encore lui. En dix ans, Bogdanos et sa brigade ont saisi plus de 3 600 objets archéologiques d’une valeur de 200 millions de dollars (192 millions d’euros).

Il n’a pas vu ses enfants grandir

Sa vocation de justicier de l’art est née dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Ce fils de restaurateurs grecs, qui a été biberonné enfant à l’Iliade, d’Homère, croit aux héros, au code d’honneur et au sens du devoir. Sans hésiter, le militaire de réserve reprend les armes. En avril 2003, l’ancien marine est envoyé en Irak, dans le chaos de la guerre. Sa tâche est double : démanteler des cellules terroristes et trouver les preuves de la présence d’un arsenal d’armes illégales en violation des résolutions des Nations unies. Il y greffe une troisième mission, retrouver les milliers d’objets volés dans le Musée national de Bagdad, l’un des plus riches pour l’art de la Mésopotamie.

« Je suis le chef de l’investigation, le procureur et le magistrat en chef. Je n’ai pas à réfléchir des heures avant de décider. » Matthew Bogdanos

Entre le 10 et le 11 avril 2003, le musée a été mis à sac : vitrines brisées, statues fracassées, parfois décapitées, bureaux ­saccagés… En quelques heures, 15 000 objets ont été volés. L’armée américaine, qui a laissé faire, se fiche des antiquités comme d’une guigne.

Matthew Bogdanos, lui, a un profil atypique. Passionné d’archéologie, il dit savoir distinguer un objet akkadien d’un sumérien, ­originaires de deux empires installés respectivement dans la partie méridionale et septentrionale de la Mésopotamie. Pour convaincre ses supérieurs, il avance un argument imparable : le financement du terrorisme et le marché des antiquités sont liés. De cette traque épique il tirera, en 2005, un livre écrit avec William Patrick, Thieves of Baghdad (« voleurs de Bagdad », Bloomsbury, non traduit).

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