En Chine, le boycott du remboursement des prêts immobiliers inquiète le pouvoir

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Complexe immobilier du promoteur Evergrande en construction, à Jurong, dans la province de Jiangsu, en Chine, le 19 octobre 2021.

Depuis quatre ans, M. Zhang (il ne donne que son nom de famille) remboursait consciencieusement son prêt immobilier. Mais chaque mois, c’est avec un peu plus d’amertume qu’il déboursait les 5 800 yuans (839 euros) de mensualités : car la construction de l’appartement qu’il avait acheté sur plan pour 1,43 million de yuans n’avançait plus depuis la fin 2019. Avec d’autres propriétaires, il avait bien essayé de se mobiliser, en manifestant devant les bureaux du promoteur immobilier d’abord, puis auprès des autorités locales. Sans succès.

Alors, quand un groupe de propriétaires en colère a décidé de boycotter leurs emprunts immobiliers, à Jingdezhen, dans l’est de la Chine, M. Zhang n’a pas hésité longtemps. Sur le groupe WeChat (le réseau social dominant en Chine) des propriétaires de sa résidence en construction, tout le monde s’est mis d’accord pour rejoindre le mouvement. « Il n’y a pas d’autres moyens : défendre nos droits auprès du gouvernement, ça ne sert à rien. Le seul levier dont on dispose, c’est d’arrêter de payer », explique cet ingénieur habitant Zhengzhou, capitale de la province du Henan, à 700 kilomètres au sud-ouest de Pékin.

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Un levier particulièrement efficace : à travers la Chine, le mouvement s’est propagé comme une traînée de poudre. Depuis 2020, les projets à l’arrêt se comptent par milliers à cause d’une crise immobilière latente. Aujourd’hui, plus de 300 groupes de propriétaires, dans 91 villes, ont annoncé une grève des remboursements. Un risque pour les banques locales, déjà confrontées à de nombreux défauts de paiement de la part des promoteurs. Jusqu’ici, les ménages chinois étaient considérés par les économistes comme meilleurs payeurs que les entreprises.

Centaines de projets à l’arrêt

D’après les banques chinoises, 2,1 milliards de yuans de prêts sont concernés pour l’instant, mais, au total, 2 000 milliards de yuans pourraient être menacés, estime GF Securities, une banque d’investissement chinoise. La crise a-t-elle de quoi mettre en danger le système financier chinois ? Probablement pas, car les autorités gardent le contrôle du système financier et peuvent injecter des liquidités si besoin. Mais leur réaction rapide montre qu’elles prennent le problème très au sérieux.

Lundi 25 juillet, les promoteurs chinois ont vu leur cours de Bourse remonter, après des informations suggérant la création d’un fond de sauvetage pour l’immobilier. Trois jours plus tôt, le premier ministre, Li Keqiang, avait appelé à prendre des mesures « qui favorisent le développement d’un marché immobilier sain et solide », en évoquant notamment un fonds public. D’après l’agence Bloomberg, il devrait servir en priorité à terminer les projets interrompus, et serait déjà doté de 80 milliards de yuans, somme qui pourrait être poussée jusqu’à 200 milliards ou 300 milliards de yuans. Lundi, Guangzhou R & F Properties a gagné 9,1 %, et Country Garden 8 %, à la Bourse de Hongkong.

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