La filière bois, un mauvais filon pour le commerce extérieur français

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La forêt du mont Beuvray, dans le Morvan, le 4 novembre 2021.

Les incendies qui sévissent cet été l’attestent : la France est un pays riche en forêts. En 2021, elle était couverte de 17 millions d’hectares de massifs boisés, soit un tiers du territoire, et ceux-ci continuent de s’étendre (+ 2,9 millions d’hectares depuis 1985). L’Hexagone se place au quatrième rang européen pour ce qui est de la taille de ses bois, derrière la Suède, la Finlande et l’Espagne.

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Pourtant, cet atout naturel ne s’est pas mué en avantage industriel ou économique, y compris à l’échelle internationale. Au contraire, le secteur fait plutôt figure de maillon faible des échanges extérieurs tricolores. En 2021, la France a importé des produits de la filière bois et dérivés pour une valeur totale de 19 milliards d’euros, et exporté pour 10,4 milliards de ces biens, soit un déficit commercial de 8,6 milliards d’euros, en hausse de 21 % par rapport à 2020 – et le plus important depuis 2012. Le déficit de la balance commerciale, lui, s’est établi à 84,7 milliards d’euros. Autrement dit, la filière bois représente à elle seule près de 10 % du déficit du commerce extérieur, alors que la matière première est abondante. La seule catégorie de produits pour laquelle l’Hexagone n’est pas dans le rouge est la tonnellerie.

La première explication de ce piètre résultat tient à la configuration des forêts françaises, ce qui, d’ailleurs, contribue aussi à leur vulnérabilité face aux incendies. « Les trois quarts de la forêt appartiennent à des particuliers », rappelle Arnaud Hétroit, directeur de l’association professionnelle Le Commerce du bois. « Eclatée entre 3,5 millions de propriétaires, elle n’est pas exploitée. » De plus, elle souffre d’une mauvaise spécialisation. La partie de la forêt utilisée à des fins économiques est principalement couverte de feuillus, alors que l’industrie de la construction, en plein essor, exige plutôt du résineux. Le bois issu des feuillus convient mieux à la fabrication de meubles que de charpentes ou de parquets.

Manque criant d’investissement

Mais – et c’est là la deuxième explication du déficit commercial de la filière – si la France produit bel et bien du bois, elle ne conçoit plus de meubles. Ikea et consorts ne fabriquent pas dans l’Hexagone, mais en Europe de l’Est, un peu en Scandinavie, voire en Chine, quand les canapés et bibliothèques plus haut de gamme voient plutôt le jour de l’autre côté des Alpes. Si bien que l’ameublement pèse à lui seul 3,44 milliards du déficit commercial tricolore. « L’ameublement de luxe vient aujourd’hui presque exclusivement d’Italie », déplore M. Hétroit. « Alors que l’industrie française du meuble a périclité dans les années 1960 ou 1970, les Italiens ont été plus dynamiques et plus innovants : ils ont gardé les usines, le savoir-faire et les cabinets de design. » Autre faiblesse nationale : la filière des papiers, cartons et pâtes à papier. Fragilisée par les fermetures de sites industriels et un manque criant d’investissement, elle accuse 2,5 milliards d’euros de déficit commercial.

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