« Mon petit frère est un sujet en or »

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Le rappeur Lujipeka (à gauche), alors âgé de 10 ans, au côté de son petit frère, Tom.

« Cette photo, c’est les grandes vacances entre la 6e et la 5e. J’aurai 11 ans à la rentrée. On est tranquilles avec mon petit frère, Tom, à droite, après une balade en pleine nature : on a dû marcher docilement pour mériter une glace. On était partis en famille à la montagne, dans un endroit que ma mère aime beaucoup et où on est retournés l’été dernier, quinze ans après cette image.

Là-bas, il n’y a pas Internet, juste des arbres et rien autour. Ma casquette, que je n’assumais pas au collège, c’est G-Unit, le groupe de 50 Cent ; celle de mon frère, une TN qu’un pote m’avait rapportée d’Algérie. Lui et moi, on a toujours été fusionnels. On partage des goûts, on a écouté beaucoup de rap français, Booba, PNL, ce qui nous a liés.

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Il n’écrit pas, fait aujourd’hui des études de com’ à Nantes, mais, lui et moi, on parle la même langue quand il s’agit de musique. On se battait pas mal à l’époque, mais c’est normal entre frères, pour des conneries, la télécommande. Je lui mettais la misère ! Aujourd’hui, il est plus grand que moi, mais je garde l’avantage, on n’est pas encore au point de non-retour.

« Pour mon album “Montagnes russes”, j’avais écrit un titre sur lui qui s’appelait “Petit con”, mais qui n’est jamais sorti et dont je ne lui ai jamais parlé. » Lujipeka

Deux ans après cette photo, j’ai commencé à faire des instrus sur mon ordinateur, après avoir craqué [piraté] un logiciel. La porte de sa chambre était en face de la mienne : dès que j’avais besoin d’un avis, je toquais. Quand, à 18 ans, j’ai commencé à faire de la musique avec le collectif Columbine, il suivait, il venait aux premiers concerts, sur les tournages de clips.

Le jour où il a fallu décider ce que serait la couverture de la pochette de notre premier album, Clubbing for Columbine, mon ami Foda a eu l’idée de prendre une photo de Tom. On l’a allongé sur le lit de ma chambre, à Rennes, avec des dents en or, les cheveux peignés, des médailles de judo au mur – on voulait une atmosphère white trash. Puis cette image s’est retrouvée sur des affiches, des tee-shirts, la tête de mon frère était partout : il a kiffé !

L’hiver dernier, j’ai été invité à l’émission « Planète Rap », sur Skyrock. J’ai eu envie qu’il vienne avec moi et, comme il y a du live, je me suis dit que ce serait drôle de le faire participer. La veille, il est venu chez moi, à Paris, on a répété et, le jour J, il a rappé en direct à ma place sur un couplet de mon titre Pas à ma place, dont on a tiré un remix ensuite. Comme ça a plu, il est ensuite monté sur scène pour faire la même à Nantes, puis dans les festivals.

Les gens qui me suivent le repèrent maintenant, ça fait toujours un bon effet et je suis heureux de pouvoir partager ça avec lui. J’essaie de lui apprendre ce que je peux sur la musique, il aimerait peut-être travailler ensuite pour un label. En échange, il m’a initié un peu au foot : c’est un supporteur du Stade rennais, à la vie à la mort. Il est assez calme en temps normal, mais, dès qu’il y a un match, il devient une autre personne, prêt à tout pour soutenir son équipe, c’est une galère !

Pour mon album Montagnes russes, j’avais écrit un titre sur lui qui s’appelait « Petit con », mais qui n’est jamais sorti et dont je ne lui ai jamais parlé. Je n’ai pas réussi à l’aboutir, j’ai fini par le laisser de côté. Mon frère est un sujet en or, mais ce morceau n’était pas à la hauteur de ce que j’espérais et, pour lui, je ne veux pas faire une chanson moyenne. »

Montagnes russes, de Lujipeka (Romance-Universal). En tournée en France cet été et cet automne, et au Zénith de Paris le 31 mars 2023.



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