La livre sterling tombe à un plus-bas historique

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Le 26 septembre, la livre sterling a chuté juste en dessous de 1,04 pour un dollar.

Les marchés financiers sont venus rappeler une vérité première au Royaume-Uni, lundi 26 septembre : même les pays développés ne bénéficient pas éternellement d’un chèque en blanc pour se financer. Au petit matin, alors que seuls les marchés asiatiques avaient ouvert après le week-end, l’avertissement est tombé : la livre sterling a chuté juste en dessous de 1,04 pour un dollar, tout simplement au plus bas de son histoire multicentenaire, avant de légèrement se redresser dans la journée.

Face à l’euro, lui-même très bas, la chute est moins marquée, mais réelle : – 7 % depuis début août. Quant aux obligations d’Etat britanniques, elles se sont soudain tendues : un prêt à dix ans est passé de 3,5 %, vendredi matin, à 4,3 %, lundi soir. Le Royaume-Uni se finance désormais presque au même prix que l’Italie, qui est à 4,5 %, malgré la victoire électorale d’un parti postfasciste et une dette nettement plus lourde.

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Il ne s’agit pas encore d’une crise financière majeure, mais l’avertissement est sérieux. En cause : le budget présenté vendredi 23 septembre. Ce vaste plan de relance gèle les prix de l’énergie et offre la plus forte baisse d’impôts depuis cinquante ans, sans qu’aucun effort ne soit fait pour essayer de trouver une source de financement.

Etrange débat

« Les marchés semblent avoir des doutes sur la crédibilité du plan budgétaire de long terme du Royaume-Uni », explique Andrew Goodwin, du cabinet Oxford Economics. « Voilà exactement comment il ne faut pas organiser et présenter une expansion budgétaire, ajoute sur Twitter Olivier Blanchard, l’ancien chef économiste du Fonds monétaire international. Alors qu’on s’inquiétait pour l’Italie, c’est le Royaume-Uni qui s’est invité. On a de la chance qu’il ne soit pas dans l’euro… »

Un étrange débat a débuté chez les économistes depuis quelques mois : le Royaume-Uni, la cinquième économie mondiale, est-il devenu une sorte de pays émergent ? « Il ne l’est pas en ce qui concerne ses revenus par habitant et ses richesses, mais il a d’énormes déficits jumeaux [de la balance courante et du budget] qui rendent la discussion de savoir s’il agit comme un pays émergent valable », assène Kaspar Hense, gérant de portefeuille à BlueBay, un gérant d’actifs. Et dire qu’il y a un siècle le pays était la première puissance mondiale, détenteur de monnaie de réserve…

XIXe siècle. Le soleil ne se couche jamais sur l’Empire britannique. Le tiers du commerce mondial se fait avec le Royaume-Uni et la livre sterling est la reine des devises mondiales, utilisée comme réserve à travers le monde. « Avoir la monnaie de réserve signifie [qu’un pays] peut payer pour ce [qu’il veut] en émettant des chèques que personne ne demande jamais à encaisser. Les gens voient ces chèques comme une réserve de valeur ou une source de liquidité. Cela veut dire que vous pouvez dépenser beaucoup plus que tous les autres », expliquait Avinash Persaud, professeur émérite à Gresham College, lors d’une passionnante conférence, en 2011. A l’époque, la livre sterling vaut 5 dollars, cinq fois plus qu’aujourd’hui.

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