De « Blonde » à « Respire… », Joyce Carol Oates passe l’Amérique au scalpel

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La maison se situe dans les environs de Princeton, à une demi-heure de la prestigieuse université, l’une des plus anciennes des Etats-Unis, elle-même à une heure de train de Manhattan. La romancière américaine Joyce Carol Oates, qui y a enseigné la littérature entre 1978 et 2014, continue d’y donner des séminaires consacrés à l’écriture. Le chauffeur de taxi consulte son plan : « Sur votre adresse, c’est écrit Princeton, mais ce n’est pas tout à fait Princeton. Ce n’est même pas vraiment indiqué sur la carte. Je ne sais pas où ça se trouve, je n’y vais presque jamais. » Il ajoute : « A ce que l’on raconte, dans ce coin, on pourrait croiser des bêtes sauvages sur le chemin. »

Le taxi ne croisera jamais le moindre animal. Si ce n’est un spécimen d’un étrange bestiaire : un gigantesque coq en métal, cousin des animaux taillés dans des haies par Johnny Depp dans Edward aux mains d’argent, de Tim Burton. Dans le jardin de la maison, le chauffeur repère un autre coq. « Il y en a beaucoup des comme ça ? », demande-t-il, pris de court, comme son passager, par le gallinacé de tôle et de vis. Cette question, il faudra la poser à la maîtresse des lieux, dont la présence soudaine surprend le chauffeur.

L'écrivaine Joyce Carol Oates, chez elle, à Princeton, le 1er septembre 2022.

Une femme fluette apparaît comme un mirage. Joyce Carol Oates est venue ouvrir avant même que son visiteur n’ait sonné à la porte, alertée par le bruit du moteur encore en marche. Elle porte un tee-shirt violet, un bermuda du même ton et un maquillage discret, qui parviendrait presque à faire oublier ses 84 ans. Impossible pour le chauffeur d’imaginer que, dans cette maison d’une architecture quelconque, loin du style colonial des demeures du voisinage, réside l’une des autrices américaines les plus prestigieuses, qui a vendu des millions de livres. Une femme qui a pris goût à la célébrité depuis si longtemps qu’elle en joue en permanence.

Inspirée par son second mari

Depuis cette demeure, elle a pris le pouls, sur plus d’une centaine de livres, de la noirceur de son pays : hommes politiques, boxeurs, psychopathes, filles violées, femmes endeuillées, riches, pauvres, intellectuels, stars de cinéma composent la trame d’un drame américain dont elle n’a de cesse de tisser la toile. Ce jour-là, ses sandales portent encore des traces de terre. Si ses matinées sont consacrées au travail – elle écrit alors souvent d’un jet –, l’après-midi est dévolu à sa marche quotidienne dans les bois. Cette promenade l’aide à se délivrer du trop-plein de son esprit, à laisser ses idées se décanter, trouver un ordre et, en fait, toute leur raison d’être. Il lui importe alors de les traiter sans tarder et de reprendre le fil de la plume. Et Joyce Carol Oates sait faire sentir à son visiteur qu’il trouble sa concentration.

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