« En Iran, un mur s’est fissuré, mais je ne sais pas combien de temps cela va prendre avant qu’il ne s’effondre »

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« Je ne dors plus depuis que j’ai appris la mort de Mahsa Amini. Je venais de rentrer à Paris de Toronto, où je présentais “Les Nuits de Mashhad”. Depuis ce jour-là, je vis comme une somnambule.

Rivée à mon téléphone, je ne cesse de regarder les images des manifestations. Je vis à l’étranger depuis 2008. Il y a déjà eu à de nombreuses reprises des mouvements de contestation en Iran. Je me dis que nous devons être habitués à observer et à vivre à distance ces sursauts, pourtant, cette fois-ci, c’est différent : les femmes sont au premier rang. Extrêmement courageuses, elles enlèvent ensemble leur foulard (obligatoire en Iran), alors que le hidjab est le pilier de la République islamique d’Iran. Cela me coupe le souffle. Je ne peux qu’être admirative.

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La nouvelle génération est bluffante. Elle a compris que tant que la femme n’est pas la seule maîtresse de son corps, rien ne changera dans ce pays. Cette prise de conscience est extraordinaire. Et la contestation va au-delà du hidjab. Les gens ne veulent pas de ce régime. La solidarité entre eux est également inédite. Le retour en arrière est impossible. En même temps, je ne peux guère m’empêcher d’être inquiète d’un possible bain de sang à venir [un bilan de l’ONG Iran Human Rights faisait état, le 26 septembre, d’au moins 76 personnes tuées dans ces manifestations]. La violence des forces de l’ordre est effrayante. J’ai vu une vidéo où un militaire tire sur un enfant qui regarde la rue depuis sa fenêtre. Comment cet homme peut-il dormir la nuit ?

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“Que puis-je faire d’ici ?” C’est la question que je me pose tout le temps. Je partage des informations sur mon compte Instagram [suivi par 440 000 abonnés] et me dis que je dois utiliser la tribune que je possède pour que le monde sache quelle est la situation de ces Iraniennes. Toutes les féministes, tous les hommes qui croient aux droits des femmes doivent se joindre au mouvement. Il vous concerne. Si beaucoup en parlent, peut-être ces soldats qui tuent les manifestants en Iran renonceront-ils. Si l’opinion internationale est sensibilisée, peut-être se diront-ils : “Le monde entier nous regarde et nous déteste.” Ils changeront peut-être d’avis.

Pour le moment, le monde est passif. Pendant que les gens sont tués en Iran, Emmanuel Macron rencontre [le chef de l’Etat iranien] Ebrahim Raïssi [en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 20 septembre]. Le président français lui serre la main et sourit face à la caméra. Cela me met hors de moi. Il est indispensable d’exercer une pression sur les autorités iraniennes. Certaines relations politiques et économiques doivent être coupées. En Iran, un mur s’est fissuré, mais je ne sais pas combien de temps cela va prendre avant qu’il ne s’effondre.



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