Annabelle Jouot, la tisseuse de toiles

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Annabelle Jouot dans son atelier boulevard Beaumarchais à Paris, le 28 octobre.

L’ascenseur ne montera pas jusqu’au dernier étage. Ni au septième ciel, comme cela est gribouillé sur la cinquième touche. Pour atteindre l’appartement niché sous les toits, il faudra, à partir du quatrième palier, emprunter l’escalier. Annabelle Jouot réside avec sa tribu à la cime d’un immeuble du 11e arrondissement de Paris.

Elle y pratique son art, non loin de son mari, Julien Ribot, musicien, dessinateur, réalisateur, à l’esprit facétieux. Le faux bouton d’ascenseur, c’est lui. « Nous entretenons des échanges artistiques permanents et nous aimerions pouvoir continuer à travailler côte à côte », confient-ils, alors que se fait sentir la nécessité d’un lieu plus spacieux ­permettant la réalisation de tapisseries monumentales.

Et peut-être l’organisation d’ateliers dans lesquels la tisseuse pourrait transmettre sa pratique, comme elle l’a fait chez Sessùn Alma, à Marseille, ce 24 novembre. « Je pourrais mettre ça en place à Paris, j’ai beaucoup de demandes de personnes qui voient mon travail sur mon compte Instagram. »

L’artiste tisse en passant l’aiguille en bois, enfilée de laine, dessus-dessous les fils de chaîne tendus à la verticale.

Dans le cocon bohème au mobilier moderniste décoré de tapis Flokati à longs poils, de peaux de mouton et d’objets rustiques dans le goût des années 1970 cohabitent le home studio avec son piano et ses guitares, les écheveaux de laine et le grand métier à tisser en bois d’érable, provenant d’une fabrique familiale du Canada.

Ce dernier permet de réaliser des pièces de près de 2 mètres de côté, qui pourraient être raccordées par quatre pour de très grands formats. Il trône le long d’un mur recouvert habituellement d’images d’inspiration, de dessins d’enfants et de pages arrachées de catalogues d’artistes aimés – Théo Mercier, Louise Bourgeois, Valentine Schlegel…

Sur ce mur, aujourd’hui, une photographie grand format de Niki de Saint Phalle en Toscane, posant devant L’Impératrice du Jardin des Tarots, encore en chantier. De cette sculpture géante, la géniale plasticienne disait : « Elle est la grande déesse, la reine du ciel, la mère, la putain, l’émotion, le sacre magique et la civilisation»

Annabelle Jouot s’aide d’un peigne en bois pour rabattre et rapprocher les fils de trame – horizontaux – une fois tissés.

Face à cette puissante figure de l’art féminin, Annabelle Jouot s’attelle à une nouvelle création. Talentueuse styliste photo ayant collaboré avec de ­nombreuses publications, puis directrice de la mode pour des magazines à la dimension plus artistique, tels Under the influence et Hot hot hot !, elle aborde le tissage dès 2015 en tant qu’activité parallèle, puis s’y consacre pleinement à la faveur du premier confinement.

« J’avais eu un choc esthétique devant des tapisseries spectaculaires, à la Fondation Miró, à Barcelone, puis au Musée Fernand-Léger de Biot. J’ai découvert que ce médium pouvait être relié à l’art, et non pas juste être décoratif, comme la tapisserie vintage accrochée dans ma cuisine. J’ai commencé à m’intéresser aux artistes textiles de manière obsessionnelle. Des femmes comme Jagoda Buić, Aurèlia Muñoz, et surtout Sheila Hicks, qui, dans les années 1950, découvrait le tissage ­ancestral pré-inca et a créé, sur un cadre fabriqué avec des clous, ces petits tissages merveilleux, les Minimes. »

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