« Dans l’hyper fragilité du Liban, des éruptions de violence sont malheureusement prévisibles »

Fabrizio Carboni, le directeur pour le Moyen-Orient du CICR, lors d’une conférence de presse à Sanaa, au Yémen, en décembre 2018.

Fabrizio Carboni, le directeur pour le Moyen-Orient du Comité international de la Croix Rouge (CICR), a achevé, vendredi 15 octobre, une visite à Beyrouth. Dans un entretien avec Le Monde, il s’alarme de la vulnérabilité des populations du Liban et de la Syrie face au délitement des infrastructures et au marasme économique qui affectent ces deux pays.

Après des affrontements meurtriers à Beyrouth, jeudi 14 octobre, certains redoutent un retour à la guerre. Partagez-vous cette crainte ?

On ne peut pas séparer le Liban de la Syrie, ni de la situation dans la région, qui a connu une orgie de violence ces dix dernières années. Le Liban a absorbé une partie des conséquences du conflit syrien : la présence massive de réfugiés, les enjeux liés aux sanctions [contre la Syrie]. En crise systémique, le pays n’a pas résolu ses problèmes politiques : plusieurs pics de violence ont eu lieu depuis la guerre civile [1975-1990].

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Les Libanais vivent une crise permanente depuis plus de dix ans. Ces deux dernières années [depuis l’éclatement de la crise financière] ont été l’apogée de ce désastre. Dans l’hyper fragilité que connaît le Liban, des éruptions de violence sont malheureusement prévisibles. Nous espérons qu’elles seront contenues. Mais on ne voit pas comment le quotidien des Libanais peut s’améliorer. On parle de choses basiques : l’accès à l’eau, à l’électricité, à la santé, pouvoir envoyer ses enfants à l’école…

Quels signes de ce désastre vous frappent le plus ?

A Hamra [où se trouve la délégation du CICR], on voit un délabrement généralisé, des mendiants, des magasins fermés, des rues plongées dans le noir le soir, alors que c’était l’un des quartiers les plus vivants de Beyrouth. Visuellement, c’est choquant.

En tant qu’acteur humanitaire, nous n’avons pas la capacité de faire face à la crise financière, qui est la raison pour laquelle les gens ont perdu leur épargne, et le pays est à court de carburants… Nous devons repenser notre mode de fonctionnement pour nous focaliser sur le soutien aux services. Une de nos priorités est de s’assurer que les hôpitaux publics puissent fonctionner. Au Liban, ceux-ci sont traditionnellement le dernier recours, car les gens vont se faire soigner en priorité dans le privé.

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Mais avec la crise, cela change : à l’hôpital public Rafic-Hariri [la principale structure de santé publique de Beyrouth], le nombre de Libanais augmente. Avant, la majorité des patients étaient des réfugiés syriens et des migrants. On travaille main dans la main avec l’équipe de l’hôpital. On les soutient depuis cinq ans : infrastructures, service médical, prise en charge des patients. Le défi est énorme : perte de valeur des salaires du personnel médical, pénuries… Mais, dans le marasme, il y a un peu de lumière : durant la crise du Covid-19, l’hôpital Hariri, qui s’est retrouvé en première ligne, a su faire face.

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