« le droit et les faits » d’un côté, la géopolitique et les « crimes de guerre » de l’autre

 Plaidoirie d’Isa Gultaslar, avocat de Sofien Ayari, à la cour d’assises spéciale de Paris, le 22 juin 2022.

Tout, depuis le début du procès du 13-Novembre, semble lier Osama Krayem et Sofien Ayari. Tous deux ont combattu en Syrie dans les rangs de l’organisation Etat islamique (EI). Tous deux ont été missionnés pour un attentat en Europe avant de prendre la route ensemble. Tous deux se sont rendus, le 13 novembre 2015, à Amsterdam, où était prévu, selon l’accusation, un attentat à l’aéroport de Schiphol. Tous deux ont enfin gardé le silence pendant les débats. Contre cet inséparable duo de combattants, le ministère public a d’ailleurs requis les mêmes peines : la réclusion criminelle à perpétuité.

Rarement pourtant, on aura assisté à deux stratégies de défense aussi dissemblables. Lundi 20 juin, Margaux Durand-Poincloux, avocate d’Osama Krayem, a plaidé le dossier et exploré les subtilités de la législation antiterroriste française. Mercredi 22 juin, Isa Gultaslar, défenseur de Sofien Ayari, a ignoré le dossier pour parler géopolitique, estimant que le droit international humanitaire, qui encadre les conflits armés, était plus pertinent pour juger son client que le droit domestique.

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Le dossier, d’abord. Il recèle une subtilité : Krayem et Ayari sont jugés pour « complicité » des crimes commis à Paris et Saint-Denis alors qu’ils sont accusés d’avoir projeté le même jour un attentat aux Pays-Bas. Le ministère public fonde en partie cette qualification sur ce qu’il nomme « l’interchangeabilité » des commandos. Peu importe que les assaillants aient été envoyés à Amsterdam, Saint-Denis ou Paris : en acceptant leur mission, Krayem et Ayari auraient « mathématiquement » renforcé les commandos parisiens en permettant d’y affecter d’autres combattants.

« Les faits et le droit »

Me Durand-Poincloux est loin d’être convaincue par ce jeu de bonneteau juridique : « C’est impressionniste, plus proche de Van Gogh en fin de carrière que de Renoir. » Mais admettons, poursuit-elle, que cette présence aux Pays-Bas puisse être considérée comme un acte de complicité : « Que sait-on de ce prétendu attentat de Schiphol ? Ils vont à Amsterdam en bus Eurolines. Vous savez, ces bus remplis de rastas blancs qui vont acheter du shit et se font contrôler 100 % du temps. Et ils prennent ce bus pour commettre un attentat ? »

Margaux Durand-Poincloux, avocate d’Osama Krayem, à la cour d’assises spéciale de Paris, le 22 juin 2022.

Autre incongruité : un membre de la cellule terroriste, Ahmed Dahmani, a pris un avion le lendemain des attentats à l’aéroport de Schiphol pour être exfiltré en Syrie. « Quelle cellule ferait sauter la veille d’une exfiltration savamment organisée l’aéroport d’où elle doit s’effectuer ? On essaye de faire rentrer des cercles dans des carrés. Schiphol n’est pas un acte d’aide aux attentats de Paris, en fait on ne sait même pas ce que c’est. »

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