Nancy Pelosi fraîchement reçue à Tokyo et Séoul, embarrassés par les conséquences de sa visite à Taïwan

La présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis Nancy Pelosi visite la zone de sécurité démilitarisée séparant la Corée du Nord et la Corée du Sud, le 4 août 2022.

L’atmosphère entourant la visite, vendredi 5 août au Japon, de Nancy Pelosi est à l’image du ciel de Tokyo : orageuse. Après un passage dans une Corée du Sud défiante, la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis fait escale dans un Archipel inquiet, voire mécontent. Le Japon est l’ultime étape d’une tournée asiatique marquée par une visite à Taïwan qui embarrasse les deux premiers alliés des Américains en Asie de l’Est, réticents à fâcher leur voisin chinois.

La question a dominé le petit-déjeuner pris par Nancy Pelosi avec le premier ministre nippon Fumio Kishida et son entretien avec le président de la Chambre basse du Parlement japonais Hiroyuki Hosoda, au moment où une Chine furieuse mène jusqu’au 7 août des manœuvres militaires à munitions réelles autour de Taïwan. « Ils n’isoleront pas Taïwan en nous empêchant de nous y rendre. Nous avons eu des visites de haut niveau, des sénateurs au printemps, de manière bi-partisane (…) et nous ne les laisserons pas isoler Taïwan », a assuré Nancy Pelosi lors d’une conférence de presse à Tokyo.

Ces exercices visent à punir Taipei. Ils ciblent aussi Washington et Tokyo. Les manœuvres empiètent sur la zone économique exclusive du Japon, où Pékin n’a pas hésité à tirer une salve de missiles. M. Kishida a qualifié ce geste de « sérieux problème qui affecte notre sécurité nationale et celle de nos citoyens » et a appelé à l’arrêt immédiat des exercices.

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Officiellement, selon le porte-parole du gouvernement, Hirokazu Matsuo, le Japon « n’est pas en position de commenter » la visite taïwanaise de Nancy Pelosi. Mais, selon des sources diplomatiques, « si nous avions pu donner notre avis, nous aurions dit que ce n’était pas une bonne idée ». Une remarque qui sous-entend que l’Archipel n’a pas été consulté sur la visite de la responsable américaine.

La réaction chinoise confirme la difficulté pour le Japon de rester en dehors d’un éventuel conflit autour de Taïwan. « Les Américains ont mobilisé des moyens maritimes et aériens de leurs bases du Japon, notamment à Okinawa, pour assurer la sécurité de la visite de Nancy Pelosi à Taïwan. De ce fait, en cas de conflit, le Japon ne serait pas épargné par des missiles chinois », note Tetsuo Kotani, spécialiste des questions de sécurité à l’université Meikai.

Ambiguïté du gouvernement japonais

A cette inquiétude sécuritaire s’ajoute celle pour l’économie. Les manœuvres en cours montrent que la Chine peut imposer un blocus de Taïwan. Les autorités japonaises ont dû appeler les pêcheurs des îles Sakishima – dont Yonaguni, à une centaine de kilomètres à l’est des côtes taïwanaises – à éviter les sorties. Le trafic maritime et aérien est stoppé ou détourné autour de Taïwan le temps des exercices. Or, ajoute le professeur Kotani, « ce genre d’exercice massif pourrait devenir une routine au cours des prochaines années ».

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