passé d’une « atmosphère de Coupe Davis » à un stade vide, Djokovic impose sa loi à Berrettini

Novak Djokovic, lors de son quart de finale de Roland-Garros face à Matteo Berrettini.

Pour le crépuscule des idoles, on repassera. A défaut de défaites de glorieux anciens, le court Philippe-Chatrier s’est offert, mercredi 9 juin, un joli coucher du soleil, qui a irisé le ciel de la Porte d’Auteuil. Et d’improbables images de fans escortés hors du stade par la sécurité, que seule la pandémie liée au Covid-19 peut nous offrir. Quelques heures après Rafael Nadal, vainqueur sans encombre de l’Argentin Diego Schwarzmann, Novak Djokovic a péniblement escamoté l’obstacle Matteo Berretini en quatre manches (6-3, 6-2, 6-7 [5-7], 7-5).

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Pour l’ultime session de soirée à Roland-Garros – à compter des demi-finales, le tournoi rebascule sur un format plus classique –, le public faisait son retour sur le Central, profitant de l’allègement du couvre-feu (désormais à 23 heures). Et trois heures durant, les 5 000 fans se sont enthousiasmés pour le dernier quart de finale de l’édition 2021 du tournoi parisien. Avant de manquer le bouquet final.

« Mesdames et messieurs, les horaires du couvre-feu ont changé, merci de prendre vos dispositions pour pouvoir quitter le stade au plus tard à 22 h 45. » Toujours serviable, Novak Djokovic a tenté d’épargner au premier public vespéral de la quinzaine parisienne les états d’âme et l’expulsion en court de match. Après avoir empoché sans coup férir les deux premières manches, le Serbe n’est pas passé loin de boucler la partie avant l’heure fatidique. « J’aurais peut-être pu finir ce match au troisième set, au jeu décisif », a reconnu Djokovic après la rencontre, au micro de Cédric Pioline. Mais un match de tennis se joue à deux, et Matteo Berrettini « n’était pas venu ici pour souffrir », comme l’a exhorté un spectateur (sans doute féru de culture numérique).

Djokovic en pleine maîtrise pendant deux manches

C’est ce qu’il a fait, pourtant, pendant plus de deux sets. Parvenu en quarts de finale Porte d’Auteuil sans passer par la case quarts – en raison du forfait de Roger Federer –, le colosse romain (1,96 m) s’est heurté à un numéro 1 mondial en pleine maîtrise. Accrocheur, Matteo Berrettini a tenté d’agresser le Serbe, le forçant à faire l’essuie-glace sur la terre battue du Central. Mais Novak Djokovic n’est pas du genre à se laisser malmener. « C’est difficile de maintenir sa concentration contre un joueur qui sert aussi bien, avec beaucoup de puissance et de vitesse », a reconnu le joueur, heureux d’avoir remporté « une grande bataille », où il n’a jamais cédé son jeu de service.

Face au géomètre serbe, passé maître dans l’art d’explorer de nouveaux angles sur le court, un joueur doit évoluer au plus que parfait. Berrettini a beau enchaîner les coups chirurgicaux, la moindre balle un brin moins vive est exploitée. Et Djokovic rugit.

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« C’est un peu court, jeune homme », semble lancer le « Djoker », au moment de boucler la seconde manche. Sans démériter ni jamais baisser les bras, Matteo Berrettini s’est heurté à un roc, un pic, un cap. Comme son compatriote de la péninsule italienne au tour précédent, Lorenzo Musetti, en avait fait l’expérience : pour bousculer Novak Djokovic, « il faut jouer au meilleur de sa forme, son meilleur tennis. Et c’est difficile. » Les mots sont de Rafael Nadal, au sortir de son quart de finale.

Le numéro 1 italien expliquait dimanche avoir prouvé qu’il pouvait « désormais jouer sur toutes les surfaces, par toute condition de jeu », lui qui a longtemps été catalogué joueur de dur. Mais pour tenter de déborder le numéro 1 mondial, il s’en est souvent remis à son service éclair et son coup droit ravageur. C’est ainsi que, solide, Berrettini a remporté le jeu décisif du troisième set, avant de pousser son adversaire à une quatrième manche. Pour la plus grande joie d’un public bouillant, heureux de ne pas avoir à rentrer avant le couvre-feu.

« Une atmosphère de Coupe Davis » interrompue

« L’atmosphère m’a rappelé celle d’une Coupe Davis, avec des gens qui criaient et encourageaient, et beaucoup d’électricité dans l’air, a salué le Serbe après la rencontre. Je suis heureux d’avoir disputé une rencontre nocturne ici, devant du public. » Paradoxalement, dans la douceur de la soirée parisienne, Novak Djokovic et Matteo Berrettini sont finalement rentrés aux vestiaires avant leurs fans. Seule manière, pour les organisateurs, de contraindre les spectateurs, entonnant des « On a payé » en chœur, de regagner leurs pénates avant le couvre-feu. Pendant l’interruption de séance, d’une quinzaine de minutes, la sécurité en est venue à escorter les derniers récalcitrants.

En plein match, Matteo Berrettini et Novak Djokovic ont été invités à regagner les vestiaires, pour laisser le stade être évacué.

Au retour – Djokovic menait 3-2 dans la quatrième manche –, les deux hommes ont dû retrouver leurs repères dans un stade soudain silencieux. S’il a goûté la terre battue du court central, déséquilibré par un coup droit ravageur de l’Italien, Novak Djokovic a rapidement retrouvé ses esprits. « Je savais que l’atmosphère allait être complètement différente, et je savais qu’on allait mettre du temps à s’adapter », a souri le joueur, qui a concrétisé sa troisième balle de match, et laissé exploser un hurlement. Faute de public, Djokovic s’est chargé, en fin de match, des encouragements. « L’interruption a stoppé le momentum, je jouais bien, et ça ne m’a pas aidé », a reconnu son adversaire, avant de nuancer « mais tout ceci nous dépasse, ce n’est pas le pire qui nous soit arrivé en cette année Covid, donc il faut s’adapter ». Il quitte Roland-Garros les armes à la main.

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« Physiquement, je me sens en forme. Et je sais comment épuiser mon adversaire dans un match en 5 sets », exprimait Djokovic au sortir de son huitième de finale. Il n’en aura eu besoin que de quatre pour filer en demi-finales. Et s’avance en confiance sur la route de Rafael Nadal, qui l’avait laminé à l’automne en finale (6-0, 6-2, 7-5). Pour une fois, leur duel ne conclura pas la quinzaine parisienne, de quoi amenuiser l’emprise mentale de Nadal sur « Nole » ? « L’immense différence entre s’affronter en demi-finale ou une finale, c’est que si vous remportez une demi-finale, vous n’avez rien gagné. Le vainqueur doit se reconcentrer pour la finale », a soufflé le Majorquin après son quart, convenant qu’il aurait « préféré affronter Djokovic en finale. » « C’est la demi-finale tant attendue, et nous y voilà », a souri son futur adversaire. Vendredi, le public ne devrait pas manquer une miette de la partie.


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