une ONG-phare du mouvement prodémocratie dissoute par la justice

Dans un communiqué publié à la fin de septembre, le Rassemblement actions jeunesse (RAJ) avait rejeté les accusations des autorités algériennes, fondées « essentiellement sur les activités publiques de l’association durant le Hirak ».

Rassemblement actions jeunesse (RAJ), une importante organisation de la société civile algérienne, s’est vu sanctionné par le tribunal administratif d’Alger pour violation présumée de la loi sur les associations. Le tribunal a prononcé, mercredi 13 octobre, la dissolution de l’ONG, qui avait été aux premiers rangs du mouvement prodémocratie Hirak, a appris l’Agence France-Presse (AFP) auprès de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH). Une sanction administrative qui fait suite à une requête du ministère de l’intérieur algérien réclamant la dissolution du RAJ.

« Ce verdict ne va pas nous affaiblir, n’effacera pas les vingt-huit ans d’existence, de résistance et de lutte pour la citoyenneté, la liberté et la démocratie », a réagi le RAJ dans un communiqué, annonçant que ses avocats allaient faire appel.

« C’est scandaleux », a déploré Said Salhi, vice-président de la LADDH. « Halte aux attaques contre les acquis démocratiques du peuple algérien, payés au prix du sacrifice ultime », a ajouté M. Salhi, qui a exprimé la « solidarité » de la LADDH avec les militants du RAJ. Les autorités reprochaient à l’ONG d’« agir en violation de la loi sur les associations et en contradiction avec les objectifs énumérés dans les statuts ».

« Décision injuste et aberrante »

Dans un communiqué publié à la fin de septembre, le RAJ avait rejeté ces accusations, « [fondées] essentiellement sur les activités publiques de l’association durant le Hirak ». L’ONG avait qualifié ses actions de « compatibles » avec « son mandat d’association œuvrant à la promotion de l’implication des jeunes dans la gestion de la cité ». « Malgré cette décision injuste et aberrante, le RAJ va se battre et défendre l’association pour qu’elle continue à exister sur le terrain », a poursuivi celle-ci dans son communiqué.

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Cette dissolution est un « terrible coup dur pour les droits humains en Algérie », a déclaré Amnesty International dans un communiqué. « La décision de dissoudre le RAJ (…) est un indicateur alarmant de la détermination des autorités à durcir leur répression contre le militantisme indépendant », a relevé Amna Guellali, directrice-adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International. Mme Guellali a aussi dénoncé une décision ayant pour conséquence de « supprimer les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique ».

Plusieurs membres du RAJ, notamment son président, Abdelouahab Fersaoui, âgé de 39 ans, ont fait l’objet de poursuites judiciaires, et jusqu’à neuf d’entre eux ont été incarcérés. Condamné à un an de prison pour « atteinte à l’intégrité du territoire national », M. Fersaoui a purgé six mois de prison entre la fin de 2019 et mai 2020, qui ont correspondu à la peine prononcée en appel.

La LADDH « appelle au respect du droit et des libertés d’association et d’organisation, pierre angulaire de toute démocratie », a souligné M. Salhi. La loi algérienne encadrant le travail des associations, promulguée en 2012, soumet leur création à la délivrance préalable d’un agrément par les autorités. Cette loi avait été approuvée dans le cadre de réformes politiques entreprises par le président Abdelaziz Bouteflika, mort récemment, pour couper court à toute contagion du « printemps arabe », en 2011.

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Le Monde avec AFP


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