Reconstituer l’origine des plantes cultivĂ©es reprĂ©sente souvent un vĂ©ritable casse-tĂȘte pour les scientifiques. En effet, de nombreuses espĂšces, Ă l’image du blĂ© ou justement de la fraise, possĂšdent des gĂ©nomes issus de la fusion de plusieurs gĂ©nomes ancestraux. Ces Ă©vĂ©nements, nommĂ©s polyploĂŻdies (voir explication en fin d’article), se sont produits il y a des millions d’annĂ©es et ont profondĂ©ment façonnĂ© la diversitĂ© de nos cultures. En l’absence de fossiles exploitables, comprendre prĂ©cisĂ©ment le dĂ©roulement de ces mĂ©langes demeure ardu.
Une Ă©quipe de recherche a Ă©laborĂ© une approche informatique novatrice. Celle-ci repose sur l’analyse de sĂ©quences d’ADN rĂ©pĂ©tĂ©es, les rĂ©trotransposons, qui s’accumulent de maniĂšre spĂ©cifique au fil de l’Ă©volution. En comparant leurs motifs sur les chromosomes, il devient possible de reconstituer les Ă©tapes de fusion des gĂ©nomes. PubliĂ©e dans Horticulture Research, cette technique a d’abord Ă©tĂ© Ă©prouvĂ©e avec succĂšs sur des plantes telles que le coton.

Lorsqu’elle a Ă©tĂ© appliquĂ©e Ă la fraise cultivĂ©e, cette mĂ©thode a dĂ©voilĂ© une histoire Ă©volutive trĂšs riche, en plusieurs Ă©tapes. Le gĂ©nome de cette plante provient de trois fusions successives survenues il y a entre 0,8 et 4,2 millions d’annĂ©es. Quatre sous-gĂ©nomes distincts ont Ă©tĂ© identifiĂ©s, rĂ©vĂ©lant des liens Ă©troits avec des espĂšces diploĂŻdes connues comme Fragaria vesca. Ces observations remettent en cause certains modĂšles antĂ©rieurs et indiquent que des ancĂȘtres aujourd’hui Ă©teints ont probablement contribuĂ© Ă cette architecture.
Cette approche ouvre des perspectives pour de nombreuses autres cultures. Des plantes comme le blĂ© ou la canne Ă sucre possĂšdent Ă©galement des gĂ©nomes polyploĂŻdes Ă©laborĂ©s. Mieux apprĂ©hender leur structure interne permet d’amĂ©liorer la cartographie des gĂšnes d’intĂ©rĂȘt et d’accĂ©lĂ©rer les programmes de sĂ©lection vĂ©gĂ©tale. Il s’agit ainsi d’un outil prĂ©cieux pour relier la recherche fondamentale aux exigences de l’agriculture contemporaine.
La polyploïdie, moteur de la diversité végétale
Un grand nombre de plantes que nous cultivons doivent leur existence Ă un phĂ©nomĂšne appelĂ© polyploĂŻdie. Celui-ci correspond Ă la duplication des chromosomes, souvent suite Ă l’hybridation entre espĂšces diffĂ©rentes. Ce doublement gĂ©nĂ©tique offre Ă la nouvelle plante une richesse gĂ©nĂ©tique accrue, ce qui peut favoriser son adaptation Ă de nouveaux environnements.
Ce processus est rĂ©pandu dans le rĂšgne vĂ©gĂ©tal. Il a jouĂ© une fonction majeure dans l’apparition de cĂ©rĂ©ales comme le blĂ© ou de tubercules comme la pomme de terre. La plante issue de cette fusion hĂ©rite des caractĂšres de ses deux parents, et son gĂ©nome, plus volumineux, peut ensuite Ă©voluer avec une certaine autonomie. Ceci explique en partie la grande diversitĂ© des formes et des saveurs dans nos assiettes.
Lorsque les gĂ©nomes fusionnent, ils ne se mĂ©langent pas entiĂšrement. Ils forment plutĂŽt des sous-ensembles nommĂ©s sous-gĂ©nomes, qui coexistent et interagissent. Chacun conserve partiellement l’identitĂ© de son ancĂȘtre. Comprendre cette architecture interne est capital pour les sĂ©lectionneurs, car elle influence l’expression des gĂšnes liĂ©s au rendement, Ă la rĂ©sistance aux maladies ou Ă la qualitĂ© nutritive.
Identifier ces sous-gĂ©nomes dans des plantes anciennes comme la fraise permet de retracer les chemins Ă©volutifs empruntĂ©s au cours des millions d’annĂ©es.
