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    🤓 Le Quotient Intellectuel (QI) chute-t-il en occident ?


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    © Alexas_Fotos / Pixabay – Licence : Pixabay

    Si la pertinence des tests de QI (Quotient Intellectuel) dans la mesure de l’intelligence fait polémique, une tendance alarmante se dessine malgré tout en Occident. D’après plusieurs études récentes, une baisse généralisée du QI serait effective notamment en Europe, depuis une vingtaine d’années. Serions-nous devenus plus stupides qu’autrefois et pourquoi ?

    La récente inversion de l' »effet Flynn »

    Une baisse progressive du QI dans une partie de l’Occident

    A l’inverse d’un 20e siècle marqué par l’augmentation radicale et généralisée du QI moyen en Occident, plusieurs études menées depuis les années 2000 pointent un ralentissement, voire un recul, dans certains pays industrialisés, l’Europe du Nord étant souvent citée en exemple.

    Ce phénomène s’apparente à une inversion du fameux « effet Flynn« , décelé par le chercheur néo-zélandais James R. Flynn, qui expliquait la hausse du QI moyen au 20e siècle par l’amélioration des conditions sanitaires et l’accès généralisé à l’éducation.

    La référence la plus solide reste l’étude norvégienne de Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg, publiée en 2018 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) : en analysant le QI de 730 000 conscrits norvégiens testés entre 1970 et 2009, les auteurs observent un recul d’environ 7 points sur une génération pour les hommes nés après 1975. Point important, cette baisse est aussi visible entre frères d’une même fratrie, ce qui exclut une explication purement génétique et oriente vers des causes externes.

    Des tendances comparables, mais moins uniformes qu’on ne le pensait, ont été rapportées au Royaume-Uni, au Danemark et en Australie. En France, les données disponibles restent plus parcellaires : le pays ne dispose pas d’un suivi national du QI aussi systématique que la Norvège, et les chiffres souvent cités (recul de quelques points depuis les années 2000) reposent sur des échantillons plus restreints, à interpréter avec prudence.

    Des travaux plus récents nuancent toutefois l’idée d’une baisse générale et linéaire. Une étude germanophone menée par l’Université de Vienne sur la période 2005-2024 montre que les scores continuent en réalité de progresser dans plusieurs domaines cognitifs, mais que la cohérence entre ces domaines s’affaiblit : c’est ce que les chercheurs appellent le déclin du « positive manifold », c’est-à-dire du lien statistique entre les différentes aptitudes qui, ensemble, définissent traditionnellement le facteur d’intelligence générale (le « g »). Autrement dit, la population ne devient pas nécessairement « plus bête » ; elle devient plus hétérogène, avec des profils cognitifs de plus en plus spécialisés, ce qui peut expliquer pourquoi les résultats varient tant d’un pays et d’un test à l’autre.

    « Nous devenons de plus en plus stupides, ça se passe maintenant et cela ne va pas s’arrêter » affirmait sans détour Edward Dutton (Ulster Institute for Social Research) dans le documentaire « Demain, tous crétins ? », diffusé sur Arte en 2017 — une formule qui reste débattue par une partie de la communauté scientifique, plusieurs chercheurs jugeant le tableau plus complexe qu’un simple déclin généralisé.

    Comparer les pays : pourquoi privilégier les données PISA plutôt que les classements de « QI national »

    Les tableaux de « QI moyen par pays » que l’on trouve parfois dans les médias proviennent le plus souvent des travaux du psychologue britannique Richard Lynn et du politologue finlandais Tatu Vanhanen (IQ and the Wealth of Nations, 2002). Ces travaux ont fait l’objet de critiques méthodologiques répétées et convergentes de la part de la communauté scientifique : absence de critères clairs d’inclusion ou d’exclusion des études utilisées, échantillons souvent réduits et non représentatifs, et surtout des QI « estimés » pour une grande partie des pays étudiés à partir de simples moyennes de pays voisins jugés « ethniquement comparables », sans donnée réelle. Ces travaux sont par ailleurs régulièrement repris par des partisans qui défendent une hiérarchie raciale de l’intelligence, une thèse évidemment rejetée par le consensus scientifique. Pour ces raisons, ce classement n’est pas une source fiable de comparaison internationale.

    Une source nettement plus robuste et transparente existe pour comparer les compétences cognitives des jeunes selon les pays : l’enquête PISA de l’OCDE, menée tous les trois ans auprès d’élèves de 15 ans dans plus de 80 pays, avec une méthodologie standardisée, des échantillons représentatifs et aucune donnée « estimée » pour les pays non testés. PISA ne mesure pas le QI à proprement parler, mais les compétences en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en sciences — ce qui en fait un indicateur différent, mais bien plus solide sur le plan scientifique.
    Voici les scores moyens dans les trois disciplines lors de la dernière édition disponible, PISA 2022 (les pays sont classés par score décroissant en mathématiques) :



    Scores moyens en mathématiques, compréhension de l’écrit et sciences, enquête PISA 2022 (OCDE)
    Pays Mathématiques Compréhension de l’écrit Sciences
    🇸🇬 Singapour 575 543 561
    🇲🇴 Macao (Chine) 552 510 543
    🇹🇼 Taïwan 547 515 537
    🇭🇰 Hong Kong (Chine) 540 500 520
    🇯🇵 Japon 536 516 547
    🇰🇷 Corée du Sud 527 515 528
    🇪🇪 Estonie 510 511 526
    🇨🇭 Suisse 508 483 503
    🇨🇦 Canada 497 507 515
    🇳🇱 Pays-Bas 493 459 488
    🇮🇪 Irlande 492 516 504
    🇬🇧 Royaume-Uni 489 494 500
    🇵🇱 Pologne 489 489 499
    🇫🇮 Finlande 484 490 511
    🇩🇪 Allemagne 475 480 492
    🇫🇷 France 474 474 487
    🇪🇸 Espagne 473 474 485
    Moyenne OCDE 472 476 485
    🇮🇹 Italie 471 482 477
    🇺🇸 États-Unis 465 504 499

    PISA 2022 a enregistré une baisse inédite des résultats moyens dans l’ensemble des pays de l’OCDE par rapport à 2018 : -15 points en mathématiques et -10 points en compréhension de l’écrit, la crise du Covid-19 n’expliquant qu’une partie de cette chute, amorcée dès avant la pandémie dans plusieurs pays dont la France.
    En France, le score de mathématiques a reculé de 21 points entre 2018 et 2022, une baisse plus marquée que la moyenne OCDE. On notera aussi, dans le tableau ci-dessus, des profils nationaux contrastés selon les disciplines : les Etats-Unis, par exemple, obtiennent un score relativement faible en mathématiques mais nettement supérieur à la moyenne OCDE en compréhension de l’écrit, ce qui illustre les limites d’un indicateur unique et global de « niveau intellectuel » par pays. Ces résultats scolaires ne mesurent pas directement le QI, mais ils apportent, sur les compétences cognitives des jeunes générations, un éclairage à la fois plus récent et plus rigoureux méthodologiquement que les anciens classements de « QI national ».

    Pourquoi le QI moyen semble-t-il stagner, voire reculer, dans certains pays ?

    Il paraît difficile d’incriminer les seuls systèmes éducatifs des pays concernés, certains restant bien classés dans les évaluations internationales comme PISA. De plus en plus de chercheurs privilégient donc des explications externes et notamment environnementales, multiples et probablement cumulatives plutôt qu’une cause unique.

    Le rôle des perturbateurs endocriniens

    Une des pistes les plus étudiées reste celle des perturbateurs endocriniens, des substances chimiques qui interfèrent avec le système hormonal et peuvent entraver l’action de l’iode, élément essentiel au développement cérébral.

    « Un grand nombre des molécules inventées par la chimie pour les besoins de l’industrie, parce qu’elles contiennent d’autres halogènes que l’iode, sont susceptibles d’interférer avec le système thyroïdien et de l’empêcher d’orchestrer harmonieusement le développement du cerveau », explique Barbara Demeneix, physiologiste et auteure du Cerveau endommagé.

    L’iode est un oligo-élément essentiel à la production de l’hormone thyroïdienne. Une carence en iode entraîne un dysfonctionnement de la thyroïde. Le goitre (glande thyroïde hypertrophiée) et le crétinisme en sont des manifestations extrêmes.

    Un déficit en iode chez la mère est associé à des troubles de l’attention, à de l’hyperactivité et à une baisse du QI chez l’enfant. De nombreux produits du quotidien (cosmétiques, aliments, textiles, mobilier, appareils électroniques…) contiennent des molécules chimiques (PCB, retardateurs de flamme, bisphénols, pesticides) à base de fluor, brome ou chlore, susceptibles d’être confondues avec les hormones thyroïdiennes par l’organisme.

    Les pesticides et le développement neurologique

    Le cas du chlorpyrifos, longtemps utilisé comme insecticide et acaricide, illustre ce risque : on en retrouve des traces dans les fruits, légumes, l’eau, le sol, mais aussi dans l’urine des enfants et le cordon ombilical des femmes enceintes.

    Selon l’ONG HEAL, plusieurs études montrent que les enfants exposés au chlorpyrifos in utero ou en tout début de vie peuvent présenter des troubles du développement neurologique à un âge plus avancé, avec des changements structurels dans le cerveau en développement pouvant entraîner une baisse des capacités cognitives et de mémorisation.

    Cette substance a depuis été retirée du marché européen : en 2020, l’Union européenne a mis fin à l’autorisation du chlorpyrifos et du chlorpyrifos-méthyl, après l’avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) concluant qu’aucun seuil d’exposition sûr ne pouvait être établi, notamment pour ses effets potentiels sur le développement neurologique des enfants. D’autres pesticides et polluants (plomb, certains phtalates) restent étudiés pour des effets comparables sur le QI, en particulier aux États-Unis et en Chine.

    L’hypothèse génétique et sociologique

    Une étude génétique islandaise, parue en 2016 dans PNAS, avance l’idée d’un effet démographique : les variants génétiques associés à un niveau d’études plus élevé seraient de moins en moins représentés dans la population, en partie parce que les personnes les plus diplômées ont, en moyenne, moins d’enfants et plus tard. Cette hypothèse reste débattue et ne suffit pas, à elle seule, à expliquer des baisses observées sur une seule génération, un temps trop court pour un effet purement génétique de cette ampleur — ce qui a justement conduit l’étude norvégienne de 2018 à privilégier des causes environnementales.

    Cannabis et autres usages

    La consommation de cannabis, plus répandue et plus précoce dans plusieurs pays occidentaux, est également pointée du doigt : certaines études associent un usage régulier et prolongé, en particulier débuté à l’adolescence, à une baisse de QI pouvant atteindre plusieurs points, bien que la part respective du cannabis et d’autres facteurs de mode de vie (décrochage scolaire, sommeil, etc.) reste difficile à isoler complètement.

    Écrans, réseaux sociaux et attention

    Le temps passé devant les écrans reste l’un des facteurs les plus discutés. En France, les enfants de 8 à 12 ans passeraient en moyenne près de 4 h 45 par jour devant un écran, et les 13-18 ans environ 7h20, tous usages confondus (télévision, jeux vidéo, réseaux sociaux). Le rapport remis à la présidence de la République en avril 2024, « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu », alerte sur les effets d’une exposition précoce et prolongée sur l’attention, le langage et le développement cognitif des plus jeunes.

    Les données scientifiques sur un lien de cause à effet direct entre écrans et baisse du QI restent toutefois nuancées : les associations mesurées sont réelles mais souvent modestes une fois pris en compte le niveau de revenu ou d’éducation des parents. Une étude de référence (Walsh et al., 2018) estime qu’il faudrait une exposition très importante, de l’ordre de plusieurs heures supplémentaires par jour dès la petite enfance, pour expliquer un écart de l’ordre de 4 points de QI.

    Le sujet fait aussi l’objet d’un débat plus récent autour de l’usage des outils d’intelligence artificielle générative, certains chercheurs s’interrogeant sur un possible effet de « délégation cognitive » à mesure que ces outils remplacent des tâches de mémorisation ou de raisonnement autrefois exercées par l’utilisateur — une piste encore peu documentée scientifiquement à ce stade.

    Vieillissement de la population et démence : un enjeu distinct mais lié

    Le vieillissement de la population mondiale entraîne, par ailleurs, une progression du nombre de personnes atteintes de démence, un phénomène différent de la baisse du QI dans la population générale mais qui pèse sur les indicateurs de santé cognitive à l’échelle des sociétés. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 55 millions de personnes vivaient avec une démence en 2023, un chiffre qui devrait dépasser 150 millions d’ici 2050 sous l’effet du vieillissement démographique.

    La maladie d’Alzheimer reste la cause la plus fréquente de démence, représentant environ 60 à 70 % des cas. Les démences vasculaires et les formes mixtes comptent parmi les autres causes courantes.

    Le coût économique et social de la démence continue de croître fortement à l’échelle mondiale, l’OMS évoquant des projections de plusieurs milliers de milliards de dollars par an d’ici 2030, un poids susceptible de peser sur les systèmes de santé et de soins de longue durée dans de nombreux pays.

    Au final, l’humain occidental devient-il de moins en moins intelligent ?

    La baisse ou la stagnation du QI moyen dans certains pays occidentaux depuis la fin du 20e siècle est un phénomène réel et documenté, notamment en Norvège et au Royaume-Uni, mais il est probablement plus complexe qu’un simple « recul de l’intelligence » homogène : les causes avancées (perturbateurs endocriniens, pesticides, écrans, cannabis, facteurs démographiques…) se cumulent sans qu’un consensus scientifique unique ne se dégage sur leur poids respectif, et des travaux récents suggèrent que le tableau global masque en réalité des évolutions différenciées selon les capacités cognitives mesurées. Quant aux comparaisons de QI moyen entre pays, popularisées par les travaux de Lynn et Vanhanen, elles doivent être maniées avec une grande prudence méthodologique et ne sauraient être interprétées comme une mesure fiable d’une hiérarchie intellectuelle entre populations.


  • Bratsberg, B. & Rogeberg, O. (2018), « Flynn effect and its reversal are both environmentally caused », PNAS.
  • OCDE, Résultats du PISA 2022 (Volume I) : L’apprentissage et l’équité dans l’éducation, décembre 2023.
  • Étude de cohorte germanophone, Université de Vienne (2005-2024), sur le « positive manifold » de l’intelligence.
  • Rapport « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu », remis à la Présidence de la République, avril 2024.
  • Wicherts, J. M., Dolan, C. V., Carlson, J. S. et al. (2010), critique méthodologique des travaux de Lynn et Vanhanen.
  • Organisation mondiale de la santé, données et projections sur la démence.
  • Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), avis sur le chlorpyrifos, 2019-2020.
  • Tous droits réservés



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