Il y a environ 90 millions d’années, des incendies se déclenchaient régulièrement dans des forêts situées à seulement 900 km du pôle Sud.
À cette époque, l’Antarctique ne ressemblait pas au continent glacé actuel. Le climat du Crétacé supérieur était beaucoup plus chaud et l’ouest du continent portait des forêts tempérées humides. Des conifères, des fougères et d’autres plantes poussaient jusque dans les hautes latitudes. Une équipe internationale vient de retrouver la trace des feux qui parcouraient ces paysages.

Reconstitution de la forêt tempérée marécageuse qui occupait l’Antarctique occidental il y a environ 90 millions d’années.
Crédit : J. McKay / Alfred-Wegener-Institut — CC BY 4.0.
Les chercheurs ont étudié des sédiments prélevés sous la mer d’Amundsen, au large de l’Antarctique occidental. La carotte contient une séquence vieille d’environ 92 à 83 millions d’années. Elle renferme notamment de minuscules morceaux de charbon, mais aussi des fragments dépassant 0,5 mm. Leur taille indique que certains végétaux ont probablement brûlé près du lieu où ces dépôts se sont formés.
Une seule trace noire ne suffirait pas à prouver des incendies répétés. L’équipe a donc recherché plusieurs indices indépendants. Elle a détecté des substances produites lors d’une combustion incomplète, ainsi que des changements caractéristiques dans la matière végétale carbonisée. Tous ces indices racontent la même histoire : les feux revenaient régulièrement.
Ces incendies n’étaient pas nécessairement des brasiers très violents. L’état du charbon indique surtout des feux de surface, avec des températures estimées autour de 370 à 400 °C. Leur fréquence semble avoir augmenté au fil de la séquence étudiée. Les conifères constituaient une part importante du combustible, comme l’indiquent aussi les restes de bois et de pollen.
Pour comprendre ce paysage, il faut oublier la calotte glaciaire actuelle. Les précipitations annuelles étaient estimées autour de 1 120 mm dans cette région. Malgré cette humidité, les variations saisonnières pouvaient permettre à la végétation de sécher suffisamment pour brûler. La foudre constitue une origine plausible des départs de feu. Les traces volcaniques connues se trouvaient bien plus loin et correspondent mal aux faibles températures observées.
Le changement de végétation est particulièrement intéressant. Le milieu est progressivement passé d’une forêt marécageuse à une tourbière riche en sphaignes, des mousses capables d’accumuler de grandes quantités de matière végétale. Les feux récurrents auraient limité la croissance des arbres et favorisé un paysage plus ouvert, riche en fougères. Cette tourbière est la plus ancienne de ce type connue dans les hautes latitudes australes.
