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    L’homme s’est construit un monde stérile centré sur ses caprices
    Christophe Magdelaine

    La biodiversité : définition

    Le terme « biodiversité » est la contraction de l’expression anglaise biological diversity, c’est-à-dire « diversité biologique ». L’expression s’est diffusée dans la littérature scientifique et environnementale au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Le mot biodiversity a été popularisé à l’occasion du National Forum on BioDiversity, organisé à Washington en septembre 1986, puis par l’ouvrage collectif Biodiversity dirigé par Edward O. Wilson en 1988. Auparavant, on parlait surtout de « diversité biologique » ou de « diversité du vivant ».

    La Convention sur la diversité biologique (CDB), adoptée en 1992 et entrée en vigueur le 29 décembre 1993, définit la diversité biologique comme la variabilité des organismes vivants de toute origine, comprenant la diversité au sein des espèces, entre les espèces et celle des écosystèmes.

    En droit français, l’article L. 110-1 du Code de l’environnement précise que la biodiversité comprend également « les interactions entre les organismes vivants ». Cette dimension est essentielle : la biodiversité ne désigne pas seulement un inventaire d’espèces, mais aussi les relations qui relient les êtres vivants entre eux et à leur milieu.

    Ainsi, la biodiversité s’évalue classiquement suivant trois niveaux complémentaires de diversité biologique :

    • La diversité écologique (ou diversité des écosystèmes) : forêts, prairies, zones humides, récifs coralliens, sols, cours d’eau, milieux marins, etc., avec leurs conditions physiques et leurs communautés vivantes.
    • La diversité spécifique (ou diversité des espèces) : variété des espèces présentes dans un milieu, mais aussi abondance et répartition de leurs populations.
    • La diversité génétique : diversité des gènes et des caractères au sein d’une même espèce, indispensable à sa capacité d’adaptation, notamment face aux maladies et aux changements de l’environnement.

    Ce film d’animation explique en moins de trois minutes l’intérêt de la biodiversité. Il a été réalisé par les étudiants de la Vancouver Film School. La version française (sous-titres) a été réalisée par Soléco Conseil.

    La biodiversité est partout : sur les continents, dans les sols, les eaux douces, les océans et jusque dans les environnements les plus extrêmes. Elle comprend des organismes microscopiques, comme de nombreuses bactéries et levures, autant que les plantes, les champignons et les animaux.

    Le nombre d’espèces est l’un des indicateurs les plus intuitifs de la biodiversité, mais il ne suffit pas à lui seul à décrire l’état du vivant. Le nombre total d’espèces présentes sur Terre reste très incertain, en particulier pour les microorganismes. Une estimation scientifique souvent citée évalue à environ 8,7 millions le nombre d’espèces eucaryotes, dont quelque 2,2 millions d’espèces marines, avec une marge d’incertitude importante (PLOS Biology, 2011). Les estimations deviennent beaucoup plus élevées lorsqu’elles incluent la diversité microbienne, ce qui explique les écarts considérables entre les chiffres publiés.

    Dans les océans, le World Register of Marine Species (WoRMS) recensait en septembre 2026 environ 250 900 espèces marines acceptées. L’inventaire reste très incomplet, notamment pour les organismes de petite taille, les grands fonds et de nombreux groupes microbiens. Décrire une espèce ne signifie d’ailleurs pas que sa répartition, son écologie ou l’évolution de ses populations soient bien connues.

    La distribution de la biomasse sur Terre
    La biomasse correspond à la masse du vivant, souvent exprimée en masse de carbone. Une synthèse publiée en 2018 estimait la biomasse totale terrestre à environ 550 gigatonnes de carbone, dominée par les plantes. Les humains représentent environ 0,01 % de cette biomasse totale. En revanche, notre empreinte est très forte chez les mammifères : la biomasse des humains et des animaux d’élevage dépasse très largement celle des mammifères sauvages. L’étude estime environ 0,10 Gt C pour le bétail, 0,06 Gt C pour les humains et seulement 0,007 Gt C pour les mammifères sauvages (The biomass distribution on Earth ; PNAS, 2018).

    La biodiversité en ville

    La ville n’est pas dépourvue de biodiversité, mais l’artificialisation des sols, l’imperméabilisation, la fragmentation des habitats, les pollutions, la circulation routière et la pollution lumineuse y exercent de fortes pressions. Les parcs, jardins, friches, alignements d’arbres, cours d’eau, mares, toitures végétalisées et sols non imperméabilisés peuvent toutefois constituer des habitats ou des relais importants pour de nombreuses espèces.

    L’aménagement urbain peut donc jouer un rôle majeur dans la préservation du vivant en maintenant et en restaurant des continuités écologiques.

    • La trame verte et bleue vise à relier les réservoirs de biodiversité terrestres et aquatiques ;
    • la trame noire cherche à limiter les ruptures liées à l’éclairage nocturne.

    Désimperméabiliser les sols, conserver les vieux arbres et les cavités, préserver des zones de végétation spontanée et privilégier des plantes locales diversifiées contribuent également à améliorer l’accueil de la faune et de la flore.

    Les espèces exotiques ne sont pas toutes envahissantes. Une espèce est dite exotique envahissante lorsqu’elle est introduite hors de son aire naturelle, s’établit et se propage au point de menacer les écosystèmes, les espèces indigènes ou certaines activités humaines. La prévention de leur introduction et de leur dissémination est devenue un enjeu important de gestion des espaces urbains comme des milieux naturels (OFB).

    Enfin, les routes, voies ferrées et autres infrastructures peuvent isoler les populations animales et végétales. Restaurer des corridors, aménager des passages à faune, maintenir des haies et des bandes végétalisées et réduire certaines clôtures infranchissables permettent de rétablir une partie de ces continuités écologiques (OFB).

    La biodiversité dans les zones agricoles

    Les terres agricoles abritent une biodiversité importante, dans les sols comme en surface. Les vers de terre, microorganismes, champignons, insectes, oiseaux, haies et plantes sauvages participent notamment au recyclage des nutriments, à la structure des sols, à la pollinisation et à la régulation biologique de certains ravageurs.

    Le travail du sol influence fortement cette biodiversité. Une méta-analyse mondiale portant sur 165 publications a montré que la réduction du travail du sol et le non-labour sont, en moyenne, associés à une abondance et une biomasse de vers de terre plus élevées que le labour conventionnel, avec des effets qui varient selon le climat, le type de sol et les pratiques agricoles (Global Change Biology, 2017). On parle de sols dégradés ou appauvris biologiquement plutôt que de sols « morts » : même très dégradé, un sol conserve généralement une activité biologique, mais ses fonctions peuvent être fortement altérées.

    La disparition des haies, bosquets, mares, prairies permanentes et bandes enherbées réduit les habitats et les déplacements de nombreuses espèces. À l’inverse, les rotations diversifiées, les couverts végétaux, l’agroforesterie, le maintien des résidus organiques et une réduction raisonnée des perturbations mécaniques et chimiques peuvent favoriser la biodiversité des agroécosystèmes. L’agriculture de conservation, par exemple, repose sur une perturbation mécanique minimale du sol, une couverture permanente et la diversification des cultures.

    La biodiversité agricole comprend aussi la diversité génétique des plantes cultivées et des animaux domestiques. La simplification des systèmes de production, la concentration sur un nombre limité de variétés ou de races et l’érosion des ressources génétiques peuvent réduire la capacité des systèmes alimentaires à faire face aux maladies, aux ravageurs et aux changements climatiques. La conservation in situ, les banques de semences et le maintien des savoirs agricoles locaux contribuent à préserver cette diversité.

    Les régions encore sauvages et les hotspots (points chauds) de biodiversité

    Les activités humaines ont profondément transformé la planète. L’évaluation mondiale de l’IPBES publiée en 2019 estimait qu’environ 75 % de la surface terrestre avait été significativement altérée et que 66 % du milieu marin subissait des impacts cumulatifs croissants. Les espaces à très faible empreinte humaine sont désormais rares et inégalement répartis. Une analyse publiée en 2018 estimait que cinq pays – Australie, Brésil, Canada, Russie et États-Unis – concentraient environ 70 % des espaces terrestres encore considérés comme sauvages, hors Antarctique (Nature, 2018).

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    Les régions du monde qui restent encore sauvages
    © James E.M Watson / Nature – Licence : Tous droits réservés

    Certaines régions sont à la fois exceptionnellement riches en espèces endémiques et fortement menacées. Elles sont appelées hotspots de biodiversité. Le concept, développé par Norman Myers puis formalisé et étendu par Conservation International, repose aujourd’hui sur deux critères : abriter au moins 1 500 espèces de plantes vasculaires endémiques et avoir perdu au moins 70 % de sa végétation naturelle originelle. 36 hotspots sont actuellement reconnus. Leurs habitats naturels restants n’occupent qu’une faible part des terres émergées, mais concentrent une proportion remarquable d’espèces endémiques.

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    Les 34 points chauds (hotspots) de biodiversité, en verts ceux définis en 2000, en bleu ceux ajoutés en 2013
    © Ninjatacoshell / Wikimedia – Licence : CC BY-SA 4.0
    1. Andes tropicales (du Venezuela au nord-ouest de l’Argentine)
    2. Mésoamérique (du sud du Mexique au Panama)
    3. Îles des Caraïbes
    4. Forêt atlantique (Brésil, Paraguay et Argentine)
    5. Tumbes-Chocó-Magdalena (façade pacifique du Panama au nord-ouest du Pérou)
    6. Cerrado (principalement au Brésil, avec des extensions en Bolivie et au Paraguay)
    7. Forêts pluviales tempérées du Chili et forêts valdiviennes (Chili et Argentine)
    8. Province floristique de Californie (États-Unis et nord-ouest du Mexique)
    9. Madagascar et îles de l’océan Indien
    10. Forêts côtières d’Afrique orientale
    11. Forêts guinéennes d’Afrique de l’Ouest
    12. Région floristique du Cap (Afrique du Sud)
    13. Karoo succulent (Afrique du Sud et Namibie)
    14. Maputaland-Pondoland-Albany (Afrique du Sud, Eswatini et Mozambique)
    15. Afromontane orientale (massifs d’Afrique orientale et sud-ouest de la péninsule Arabique)
    16. Corne de l’Afrique
    17. Bassin méditerranéen
    18. Caucase
    19. Irano-Anatolie (principalement Turquie et Iran, avec des extensions voisines)
    20. Montagnes d’Asie centrale
    21. Himalaya
    22. Montagnes du sud-ouest de la Chine
    23. Indo-Birmanie
    24. Ghâts occidentaux et Sri Lanka
    25. Sundaland (péninsule Malaise, Bornéo, Sumatra, Java et îles voisines)
    26. Wallacea (Sulawesi, Moluques et Petites îles de la Sonde)
    27. Philippines
    28. Japon
    29. Sud-Ouest de l’Australie
    30. Forêts de l’est de l’Australie
    31. Nouvelle-Calédonie
    32. Nouvelle-Zélande
    33. Îles de Mélanésie orientale (archipel Bismarck, îles Salomon et Vanuatu)
    34. Polynésie et Micronésie
    35. Bois de pins et chênes de Madrean (sud-ouest des États-Unis et nord du Mexique)
    36. Plaine côtière nord-américaine (du nord-est du Mexique au sud-est et à la côte atlantique des États-Unis)

    Biodiversité ordinaire et biodiversité symbolique

    La biodiversité est souvent représentée par quelques espèces emblématiques – ours polaires, baleines, pandas géants, tigres, éléphants – qui jouent un rôle important dans la sensibilisation du public. Cette biodiversité dite « remarquable » ne résume pourtant qu’une petite partie du vivant. La conservation doit aussi prendre en compte les espèces communes, les microorganismes, les invertébrés, les plantes, les champignons et l’ensemble des interactions écologiques.

    La notion de biodiversité « ordinaire » désigne généralement cette nature proche de nous, commune ou peu médiatisée : espèces des jardins, haies, prairies, friches, sols, rivières et espaces agricoles ou urbains. Elle n’est pas « ordinaire » par son importance écologique : de nombreuses espèces communes assurent des fonctions essentielles et leur déclin peut modifier profondément le fonctionnement des écosystèmes.

    Une étude de longue durée conduite dans 63 zones protégées d’Allemagne a mesuré une diminution de plus de 75 % de la biomasse des insectes volants entre 1989 et 2016 (PLOS ONE, 2017). Plus largement, la littérature scientifique met en cause plusieurs pressions qui peuvent se combiner : disparition et fragmentation des habitats, intensification agricole, pesticides, pollution lumineuse, espèces exotiques envahissantes et changement climatique. Or, les insectes jouent des rôles majeurs dans la pollinisation, la décomposition de la matière organique, les réseaux alimentaires et la régulation de nombreuses populations.

    Les mollusques terrestres, eux aussi peu visibles, contribuent à la décomposition de la matière organique et au recyclage des nutriments. Ils constituent également une ressource alimentaire pour de nombreux animaux et peuvent être de bons indicateurs de la qualité des habitats. À l’échelle européenne, plusieurs groupes de mollusques continentaux présentent des niveaux de menace élevés, ce qui souligne l’importance de préserver les microhabitats, les sols, les zones humides et les continuités écologiques.

    Les oiseaux sont également utilisés comme indicateurs de l’évolution de la biodiversité, notamment parce qu’ils occupent des positions variées dans les réseaux trophiques et sont relativement bien suivis. Jardins, bosquets, friches et parcs peuvent servir de refuges, à condition de conserver des habitats diversifiés : végétation à plusieurs strates, arbres âgés, bois mort, zones non tondues, points d’eau, sols perméables et limitation des pesticides et de l’éclairage nocturne.

    Les apports de la biodiversité

    La biodiversité contribue directement au fonctionnement des sociétés humaines. Elle fournit des aliments, du bois, des fibres, des molécules utiles à la médecine et de nombreuses ressources génétiques. Elle soutient aussi des processus moins visibles mais fondamentaux : formation et fertilité des sols, pollinisation, purification de l’eau, régulation du climat, stockage du carbone, contrôle biologique de certains ravageurs et maintien des cycles de l’eau et des nutriments.

    Ces bénéfices sont souvent regroupés sous le terme de « services écosystémiques » ou, dans le cadre de l’IPBES, de « contributions de la nature aux populations ». Ils ne sont pas tous substituables par des solutions techniques : la dégradation d’un écosystème peut entraîner des pertes durables, coûteuses et parfois irréversibles à l’échelle humaine.

    L’évaluation mondiale de l’IPBES a estimé que l’abondance moyenne des espèces autochtones dans la plupart des grands habitats terrestres avait diminué d’au moins 20 % depuis 1900, l’essentiel du déclin s’étant produit au cours du dernier siècle.

    La biodiversité contribue aussi à la santé et aux ressources quotidiennes : plus de 2 milliards de personnes dépendent du bois-énergie pour une partie de leurs besoins, environ 4 milliards utilisent principalement des remèdes naturels et une part importante des médicaments modernes est issue de molécules naturelles ou inspirée de celles-ci. L’IPBES estime notamment qu’environ 70 % des médicaments utilisés contre le cancer sont naturels ou inspirés de produits naturels.

    Les systèmes alimentaires sont fortement dépendants du vivant. Environ 75 % des principaux types de cultures alimentaires dépendent au moins en partie de la pollinisation animale, notamment de nombreux fruits, légumes, noix, café et cacao (FAO). Cela ne signifie pas que 75 % du volume alimentaire mondial disparaîtrait sans pollinisateurs, car plusieurs cultures majeures comme les céréales sont principalement pollinisées par le vent ; en revanche, la diversité, la qualité nutritionnelle et la stabilité de nombreuses productions seraient affectées.

    Des secteurs entiers de l’économie dépendent ainsi du bon fonctionnement des écosystèmes. La perte de biodiversité accroît les risques pour la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, la santé, la protection contre certains aléas naturels et la résilience économique. Elle réduit également des bénéfices culturels, récréatifs et patrimoniaux qui ne se mesurent pas uniquement en valeur monétaire.

    L’être humain fait lui-même partie de la biodiversité. Nos sociétés sont donc insérées dans des réseaux écologiques dont elles dépendent, même lorsque les liens avec la nature semblent peu visibles dans la vie quotidienne.

    L’importance de la biodiversité dans la propagation des virus

    Les zoonoses sont des maladies infectieuses qui se transmettent naturellement entre animaux vertébrés et humains. Une grande part des maladies infectieuses émergentes est d’origine zoonotique, mais le lien entre biodiversité et maladies est complexe : davantage de biodiversité ne signifie pas automatiquement davantage ou moins de maladies dans tous les contextes.

    Parmi les zoonoses apparues ou réapparues au cours des dernières décennies figurent notamment Ebola, certaines grippes aviaires, le MERS, le virus Nipah, la fièvre de la vallée du Rift, le SRAS, le virus du Nil occidental et la maladie à virus Zika.

    Les principaux facteurs qui augmentent le risque d’émergence comprennent la déforestation, les changements d’usage des terres, la fragmentation des habitats, l’expansion agricole, l’élevage intensif, certains échanges d’animaux sauvages, l’urbanisation et les changements climatiques. Ces transformations modifient les contacts entre faune sauvage, animaux domestiques et humains. L’approche « Une seule santé » (One Health) cherche précisément à traiter ensemble la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes (OMS).

    Les menaces sur la biodiversité

    oiseaux en cage© C. Magdelaine / notre-planete.info

    La crise actuelle de la biodiversité résulte de plusieurs pressions qui se renforcent mutuellement. L’IPBES distingue cinq grands facteurs directs à l’échelle mondiale : les changements d’usage des terres et des mers, l’exploitation directe des organismes, le changement climatique, les pollutions et les espèces exotiques envahissantes. Le poids relatif de ces facteurs varie selon les régions, les milieux et les groupes d’espèces.

    En 2019, l’IPBES estimait qu’environ 75 % de la surface terrestre était significativement altérée, que 66 % du milieu marin subissait des impacts cumulatifs croissants et que plus de 85 % de la surface des zones humides présente vers 1700 avait disparu. La destruction et la fragmentation des habitats, liées notamment à l’agriculture, à l’urbanisation et aux infrastructures, restent donc des causes majeures du déclin du vivant.

    À ces transformations s’ajoutent la surexploitation de certaines populations sauvages, les pollutions chimiques et plastiques, l’eutrophisation, les prélèvements d’eau, l’artificialisation des sols, les incendies aggravés dans certaines régions, ainsi que le changement climatique, qui déplace les aires de répartition, modifie les cycles saisonniers et augmente les risques pour les espèces déjà fragilisées.

    La biodiversité ne disparaît pas seulement lorsque des espèces s’éteignent. Elle s’érode aussi lorsque les populations deviennent moins nombreuses, que leur aire de répartition se contracte, que leur diversité génétique diminue ou que les interactions écologiques sont rompues. Ces déclins peuvent précéder de plusieurs décennies l’extinction d’une espèce.

    Les extinctions massives de la biodiversité

    La Terre a connu cinq grandes extinctions massives au cours des quelque 540 derniers millions d’années. Elles correspondent à des épisodes durant lesquels une part exceptionnellement importante des espèces a disparu sur un intervalle géologiquement court. La crise Permien-Trias, il y a environ 252 millions d’années, est généralement considérée comme la plus sévère de ces grandes crises. Les écosystèmes ont ensuite mis des millions d’années à retrouver une diversité comparable.

    La sixième extinction de masse

    Le rythme actuel de disparition des espèces est très supérieur au rythme de fond observé sur les temps géologiques. L’IPBES estime que les taux d’extinction sont aujourd’hui de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de fois supérieurs à la moyenne des dix derniers millions d’années et qu’ils continuent d’augmenter. Son évaluation mondiale de 2019 estime qu’environ un million d’espèces animales et végétales pourraient être menacées d’extinction, dont beaucoup au cours des prochaines décennies si les pressions se poursuivent.

    L’expression « sixième extinction de masse » est largement utilisée pour qualifier cette accélération provoquée par les activités humaines. D’un point de vue paléontologique, une extinction de masse est généralement définie par la disparition d’une très grande fraction des espèces à l’échelle mondiale ; ce seuil n’a pas encore été atteint aujourd’hui. Le terme décrit donc surtout une trajectoire et un risque, plutôt qu’un événement déjà achevé comparable aux cinq grandes crises du passé.

    Les scénarios futurs dépendent fortement des choix d’aménagement, de production, de consommation, de protection et de restauration des écosystèmes. De nombreux exemples montrent que des populations et des habitats peuvent se rétablir lorsque les pressions sont réduites, même si certaines pertes – notamment les extinctions – sont irréversibles à l’échelle humaine.

    La Liste rouge des espèces menacées

    La Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) est la principale référence mondiale pour évaluer le risque d’extinction des espèces. Elle repose sur une méthodologie standardisée et sur des critères quantitatifs permettant de comparer les évaluations dans le temps et entre groupes taxonomiques.

    Dans sa version 2026-1, publiée en juillet 2026, la Liste rouge comprend 175 909 espèces évaluées, dont 49 505 classées menacées d’extinction (catégories « vulnérable », « en danger » ou « en danger critique »). Cela représente environ 28 % des espèces évaluées. Ce pourcentage ne doit toutefois pas être appliqué à l’ensemble du vivant : de nombreux groupes sont encore insuffisamment évalués et la couverture taxonomique reste très inégale.

    La Liste rouge ne se limite pas à attribuer une catégorie. Chaque évaluation rassemble des informations sur la répartition, la taille et la tendance des populations, les habitats, les menaces et les mesures de conservation. Les réévaluations permettent ensuite de distinguer les changements réels de statut des changements liés à une meilleure connaissance ou à une révision taxonomique.

    La liste rouge française

    La Liste rouge des espèces menacées en France est élaborée depuis 2008 par le Comité français de l’UICN et l’unité PatriNat (OFB-MNHN-CNRS-IRD), avec de nombreuses organisations naturalistes et des centaines d’experts. Elle évalue le risque de disparition des espèces à l’échelle du territoire français, dans l’Hexagone comme dans les Outre-mer.

    Le bilan publié en 2024 faisait état de 17 367 espèces évaluées, dont 2 903 menacées, et de 189 espèces disparues de France. Les évaluations se poursuivent et sont régulièrement révisées. En septembre 2026, la troisième évaluation des reptiles et amphibiens de France hexagonale a par exemple conclu que 19 % des espèces d’amphibiens et 26 % des espèces de reptiles évaluées étaient menacées, avec un renforcement du déclin des populations depuis l’évaluation précédente.

    Comment estime-t-on le risque de disparition d’une espèce ?

    La méthodologie mondiale de l’UICN s’appuie sur cinq grands critères : la réduction de la population, la taille et la fragmentation de l’aire de répartition, une population petite et en déclin, une population très petite ou très restreinte, et une analyse quantitative du risque d’extinction. Une espèce n’a pas besoin de remplir les cinq critères : atteindre le seuil d’un seul d’entre eux peut suffire à déterminer sa catégorie.
    Les catégories mondiales de la Liste rouge sont :

    • éteinte (EX) ;
    • éteinte à l’état sauvage (EW) ;
    • en danger critique d’extinction (CR) ;
    • en danger (EN) ;
    • vulnérable (VU) ;
    • quasi menacée (NT) ;
    • préoccupation mineure (LC) ;
    • données insuffisantes (DD) ;
    • non évaluée (NE).

    Les catégories CR, EN et VU constituent les trois catégories d’espèces considérées comme « menacées » au sens de l’UICN. Pour les listes nationales ou régionales, une catégorie supplémentaire « non applicable » (NA) peut être utilisée lorsque l’espèce ne relève pas de l’évaluation territoriale.

    Les actions internationales en faveur de la biodiversité

    La coopération internationale en faveur de la biodiversité s’est construite progressivement. Le programme de l’UNESCO sur l’Homme et la biosphère (MAB), lancé en 1971, a créé un réseau mondial de territoires associant conservation, développement durable, recherche et éducation. En juin 2026, ce réseau comptait 797 réserves de biosphère dans 145 pays. La Convention du patrimoine mondial de 1972 a, de son côté, établi un cadre international pour protéger des sites culturels et naturels d’une valeur universelle exceptionnelle.

    La Convention sur la diversité biologique (CDB), adoptée à Rio en 1992, poursuit trois objectifs : conserver la diversité biologique, assurer l’utilisation durable de ses éléments et garantir le partage juste et équitable des avantages issus de l’utilisation des ressources génétiques. Les objectifs internationaux successifs – notamment l’objectif de 2010 puis les objectifs d’Aichi pour 2011-2020 – n’ont pas permis d’enrayer globalement l’érosion du vivant, même si des progrès importants ont été obtenus dans certains pays, habitats et espèces.

    En décembre 2022, la COP15 de la CDB a adopté le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. Il comprend quatre objectifs à l’horizon 2050 et 23 cibles pour 2030. Parmi les engagements les plus connus figurent la restauration effective d’au moins 30 % des écosystèmes terrestres, d’eaux intérieures, côtiers et marins dégradés, ainsi que la conservation et la gestion efficaces d’au moins 30 % des terres, des eaux intérieures et des zones côtières et marines, en accordant une attention particulière aux espaces importants pour la biodiversité et en respectant les droits des peuples autochtones et des communautés locales.

    La COP16, ouverte à Cali en Colombie en 2024 puis achevée lors d’une session reprise à Rome en février 2025, a finalisé plusieurs éléments indispensables à la mise en œuvre du cadre : mécanismes de suivi, indicateurs communs, procédures de rapport et décisions relatives au financement. Les Parties ont notamment confirmé l’objectif de mobiliser au moins 200 milliards de dollars par an pour la biodiversité d’ici 2030, toutes sources confondues, avec des objectifs spécifiques de flux financiers internationaux.

    La prochaine étape est la COP17 de la Convention sur la diversité biologique, prévue du 19 au 30 octobre 2026 à Erevan, en Arménie. Elle doit notamment conduire le premier examen mondial collectif des progrès accomplis dans la mise en œuvre du Cadre de Kunming-Montréal. Ce bilan sera déterminant pour mesurer l’écart entre les engagements annoncés et les actions réellement engagées avant l’échéance de 2030.



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