Deux épisodes de pluies records en Californie pourraient avoir été favorisés par une anomalie apparue à des milliers de kilomètres, sur le plateau tibétain.
Les chercheurs se sont intéressés aux hivers 2016-2017 et 2022-2023. La Californie et des régions voisines avaient alors reçu des précipitations exceptionnelles. Le résultat était d’autant plus étonnant que ces épisodes se sont produits pendant La Niña, une situation souvent associée à un temps plus sec dans cette partie de l’Amérique du Nord.

Ondes de Rossby représentées dans un modèle atmosphérique
En examinant les données météorologiques de 1984 à 2023, l’équipe a repéré un lien. Lorsque le plateau tibétain était anormalement chaud au début de l’hiver, davantage de pluie tombait sur l’ouest des États-Unis le mois suivant. Une simple corrélation ne suffit toutefois pas à établir qu’un phénomène en provoque un autre.
Les scientifiques ont donc utilisé des simulations du climat. Sans reproduire correctement la chaleur observée au Tibet, leur modèle ne retrouvait pas les précipitations extrêmes de Californie. Après avoir intégré cette anomalie de température, il reproduisait environ 56 % de l’excès de précipitations de janvier 2017 et 38 % de celui de mars 2023.
Comment de la chaleur en Asie peut-elle modifier la pluie en Amérique ? L’atmosphère transporte des perturbations sur de très longues distances. Dans ce cas, le réchauffement du plateau tibétain modifie de vastes ondulations de l’air qui se propagent vers l’est. Les météorologues les appellent des ondes de Rossby.
Cette réaction en chaîne atteint ensuite le Pacifique et influence les rivières atmosphériques. Malgré leur nom, il ne s’agit pas de cours d’eau. Ce sont de longues bandes d’air très humide capables de transporter d’énormes quantités de vapeur d’eau au-dessus de l’océan. Lorsqu’elles atteignent la côte californienne, elles peuvent provoquer de fortes précipitations.
Les simulations indiquent aussi que les grandes ondulations atmosphériques se déforment au-dessus du nord-est du Pacifique. Ce mécanisme et les rivières atmosphériques peuvent alors agir ensemble. La chaleur du Tibet n’explique donc pas seule chaque inondation, mais elle apparaît comme l’un des facteurs ayant favorisé ces deux épisodes records.
Cette découverte pourrait surtout aider les prévisions plusieurs semaines à l’avance. Les précipitations hivernales californiennes restent difficiles à anticiper à cette échéance. Surveiller les températures des hauts plateaux asiatiques pourrait fournir un indice supplémentaire avant certains épisodes, une piste que les chercheurs pourront désormais tester sur davantage d’hivers.
