L’adage boursier « Wall Street tousse, Paris s’enrhume » suscite une attention particulière des investisseurs français. Depuis plusieurs décennies, une baisse majeure à la place new-yorkaise met à mal l’indice CAC 40 de manière sensible. Il ne s’agit pas uniquement d’une corrélation statistique, mais d’une dépendance structurelle des marchés européens vis-à-vis du poids majeur des capitaux américains. Pour les investisseurs comme vous et moi, ce mécanisme, qui à première vue, n’est pas évidente à comprendre, se soumet à un ordre profond du système financier mondial.
Ce proverbe boursier n’incite pas à condamner systématiquement le CAC 40, à chaque secousse de Wall Street. Il symbolise un réflexe contagieux asymétrique : quand le S&P 500 ou le Nasdaq Composite corrige modestement, Paris se replie significativement. Réciproquement, quand la vie est rose à Wall Street, Paris suit la tendance avec une moindre intensité. En dépit de la présence de multinationales de renommée internationale, voyons pourquoi le CAC 40 reste un indice suiveur de Wall Street à ce jour ?
La confiance et la liquidité des marchés passent par New York
Que l’on veuille ou non, Wall Street reste le poumon de la finance mondiale. D’une part, la place new-yorkaise attire les capitaux du monde entier. Une cotation à l’une des villes phares de l’Oncle Sam permet aux entreprises de gagner en taille de marché, et surtout en visibilité vis-à-vis des investisseurs. D’autre part, le dollar américain demeure la monnaie de référence dans les transactions de matières premières. Ajoutez à tout cela, le marché américain dispose d’une liquidité importante.
Quand les investisseurs américains craignent un risque de récession ou de stagflation, ils commencent à sortir des actions internationales pour constituer du cash de réserve, puis solder la partie domestique, si les choses venaient à empirer sur les marchés. Il est vrai qu’une bonne partie du capital de TotalEnergies, Sanofi et d’autres membres du CAC 40 sont aux mains des fonds institutionnels anglo-saxons. La moindre rotation géographique venant de New York entraîne des dégagements à la Bourse de Paris, sans que ça soit négatif pour l’économie de la France.
Quand Wall Street tousse, les investisseurs mondiaux s’interrogent : faut-il réduire son exposition sur les actions ? Or, l’indice parisien est considéré comme un indice trop cyclique avec une pondération importante du luxe, de l’énergie de l’automobile et des banques. Au contraire du S&P 500, le manque de championnes technologiques pèse à l’intérieur du CAC 40. Par conséquent, en cas de coup de mou économique des États-Unis, les gérants arbitrent en faveur des secteurs défensifs, des obligations d’État (si absence d’inflation persistante) ou du dollar, et Paris fait l’objet de rapatriement des capitaux.
Pourquoi le CAC 40 sera toujours un indice suiveur de Wall Street ?
Le marché colle au CAC 40 une étiquette d’indice suiveur de Wall Street. Malheureusement, c’est la triste vérité tant que les flux mondiaux se dirigent régulièrement à New York. Tout d’abord, l’indice parisien est composé d’entreprises exposées sensiblement à l’économie américaine (L’Oréal, LVMH, Hermès, Schneider Electric, etc.). Si le marché craint une récession aux États-Unis, ces actions subiront la foudre, même si elles possèdent de solides fondamentaux en Europe et en Asie. Par ailleurs, les banques françaises (BNP, Société Générale, Crédit Agricole) risquent d’être malmenée par les écarts de taux entre les États-Unis et l’Europe, dont la courbe des rendements est dépendante de la politique monétaire de la FED. Le CAC 40 n’a pas son destin entre les mains.
Deuxièmement, tant que l’hégémonie du dollar reste avérée dans le concert financier international, il existera un phénomène de « flight to quality » vers la monnaie de l’Oncle Sam, ce qui fera baisser l’euro. Bien qu’une baisse de l’euro soit opportun pour les entreprises françaises exportatrices, elle ne contrecarre pas une tendance baissière du CAC, dans des moments où le marché se trouve en phase de stress. L’aspect refuge est plus forte dans l’esprit des investisseurs mondiaux. En d’autres termes, le CAC 40 ne bénéficie pas d’un euro qui pourrait servir ses intérêts.
Troisièmement, le CAC 40 n’est pas fort sur les secteurs de la croissance de demain, notamment dans la technologie, à l’inverse du S&P 500 et du Nasdaq Composite. Il possède quelques entreprises de semi-conducteurs ou du cloud, mais ne font pas le poids face aux mastodontes américains en termes de capitalisation boursière. Quand les valeurs tech US vacillent, Paris tremble pour des raisons qui ne sont pas de son ressort. Cette asymétrie contagieuse explique pourquoi le CAC est pour l’instant un indice suiveur de Wall Street. Il ne parvient pas à créer son propre narratif qui pourrait protéger de la volatilité de Wall Street. Et si une bonne nouvelle vient de l’économie française, l’indice parisien peine à l’exploiter pleinement.
En conclusion, les investisseurs français doivent se résoudre à ce que le CAC reste encore un indice suiveur de Wall Street. Cependant, ce n’est pas un constat d’impuissance, mais un indicateur avancé pour bâtir votre stratégie et philosophie d’investissement. D’ailleurs, les actions françaises ne sont pas sans intérêt, car vous pouvez obtenir d’excellentes performances en tenant compte des dividendes réinvestis. Ainsi, l’adage boursier « Wall Street tousse, Paris s’enrhume » respecte une tradition empirique à travers les divers marchés financiers depuis 2001 jusqu’à ce jour. Tout ce qui se passe à New York a des répercussions majeures à Paris.

