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    🧑‍🌾 Manger local, en circuit court, est-il vraiment meilleur pour l’environnement ?


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    Acheter ses légumes à quelques kilomètres de chez soi semble, à première vue, plus écologique que de les faire venir de l’autre bout du monde. Pourtant, la distance parcourue par un aliment ne suffit pas à mesurer son impact environnemental. Conditions de production, consommation d’eau, énergie, rendement agricole ou mode de transport : derrière l’étiquette « local » se cache une réalité bien plus complexe

    La pandémie a mis les chaînes alimentaires à l’épreuve

    Lorsque la pandémie de Covid-19 a bouleversé les transports, fermé les restaurants et confiné des millions d’Européens, beaucoup ont redouté des pénuries alimentaires. Pourtant, malgré quelques produits temporairement difficiles à trouver, les rayons des magasins sont globalement restés approvisionnés.

    Certains manques ont surtout été liés à des changements soudains de consommation. En Belgique, par exemple, la demande de levure a fortement augmenté lorsque les particuliers se sont mis à cuisiner davantage chez eux. D’autres tensions ont concerné certaines matières premières ou des produits très spécifiques. Rien, toutefois, qui ait menacé l’accès de la population européenne à une alimentation de base.

    La crise a ainsi montré une caractéristique souvent méconnue du système alimentaire européen : sa capacité à encaisser des perturbations importantes. Les chaînes d’approvisionnement, malgré leur longueur et leur complexité, se sont révélées relativement robustes.

    En revanche, certains producteurs ont été durement touchés. Des agriculteurs spécialisés dans l’exportation ont soudain perdu leurs débouchés. Dans la filière de la pomme de terre, par exemple, la fermeture de certains marchés et de la restauration a laissé des producteurs avec des volumes considérables qu’ils ne pouvaient plus écouler.

    Le retour au local : une réponse séduisante

    La pandémie a également donné un coup de projecteur aux circuits courts. Marchés de producteurs, ventes à la ferme, paniers de légumes et livraisons locales ont attiré de nouveaux consommateurs. Acheter directement auprès d’un agriculteur peut soutenir l’économie d’un territoire, renforcer les liens entre producteurs et consommateurs et permettre de mieux comprendre l’origine de ce que l’on mange.

    Mais les circuits courts ne représentent qu’une fraction du système alimentaire. Nourrir plusieurs centaines de millions d’Européens suppose de produire, transformer, transporter et distribuer des quantités considérables d’aliments tout au long de l’année.

    La question n’est donc pas simplement de choisir entre « local » et « mondial ». Il faut plutôt se demander comment, où et dans quelles conditions les aliments sont produits.

    Pourquoi un aliment local n’est pas forcément plus écologique

    L’une des idées les plus intuitives consiste à penser qu’un aliment produit près de chez soi possède automatiquement une empreinte environnementale plus faible. La réalité est plus nuancée.

    Toutes les régions ne disposent pas des mêmes sols, du même climat ou des mêmes ressources en eau. Certaines terres sont particulièrement adaptées aux céréales, d’autres à l’élevage ou à certaines cultures fruitières. Vouloir tout produire partout peut donc nécessiter davantage de terres, d’énergie ou d’eau.

    Un exemple classique est celui des cultures sous serre. Faire pousser localement un fruit ou un légume dans une serre chauffée peut demander beaucoup d’énergie. Dans certains cas, le produire en plein champ sous un climat naturellement favorable puis le transporter sur une longue distance peut avoir un impact environnemental inférieur.

    Le même raisonnement vaut pour l’eau. Cultiver une plante dans une région trop sèche peut nécessiter une irrigation importante et exercer une forte pression sur les ressources locales. Produire cette même plante dans une région où les précipitations et les sols lui sont mieux adaptés peut être plus efficace, même si elle doit ensuite être transportée.

    Local ou bio : deux notions qui ne disent pas la même chose

    Une autre confusion fréquente consiste à opposer ou préférer le « local » au « bio ». Certains consommateurs considèrent qu’un produit acheté directement auprès d’un agriculteur voisin est nécessairement meilleur pour l’environnement, voire meilleur pour la santé, qu’un aliment biologique venu de plus loin. Or ces deux termes ne décrivent pas du tout la même chose.

    « Local » indique avant tout une proximité géographique. Il ne renseigne pas, à lui seul, sur la manière dont l’aliment a été produit. Un fruit ou un légume cultivé à quelques kilomètres de chez soi peut provenir d’une exploitation utilisant des pesticides de synthèse, des engrais minéraux en quantité importante, des serres chauffées ou des systèmes d’irrigation fortement consommateurs d’eau. Une production locale peut donc, selon les pratiques employées, exercer une pression importante sur les sols, l’eau, la biodiversité ou le climat.

    Le terme « biologique », à l’inverse, correspond à un mode de production soumis à un cahier des charges et à des contrôles. L’agriculture biologique restreint notamment fortement l’utilisation des pesticides et engrais de synthèse et privilégie différentes pratiques destinées à préserver les sols et les équilibres écologiques. Cela ne signifie pas qu’une production biologique est dépourvue de tout impact environnemental, ni qu’aucun produit de traitement n’y est utilisé. Mais le mot « bio » apporte des informations sur les méthodes de production que le simple mot « local » ne fournit pas.

    La question de la santé mérite elle aussi d’être nuancée. Acheter local ne garantit pas automatiquement une alimentation plus saine : la distance entre la ferme et l’assiette ne dit rien de la quantité de pesticides utilisée pendant la culture, pas plus qu’elle ne transforme un aliment très gras, très sucré ou très salé en aliment sain. Alors que les produits issus de l’agriculture biologique présentent nettement moins de résidus de pesticides de synthèse.

    Il n’est donc pas nécessaire de choisir systématiquement entre « bio » et « local ». Lorsque cela est possible, un produit à la fois local, de saison et issu de pratiques agricoles peu polluantes ou de l’agriculture biologique peut réunir plusieurs avantages. Mais un produit simplement étiqueté « local » ne doit pas être considéré comme vertueux par défaut.

    Le transport ne représente qu’une partie de l’empreinte alimentaire

    Lorsqu’on pense à l’impact écologique d’un aliment importé, on imagine volontiers les kilomètres parcourus. Pourtant, le transport n’est qu’une des étapes de son cycle de vie.

    Il faut aussi prendre en compte la production des engrais, l’utilisation des machines agricoles, le chauffage éventuel des serres, l’irrigation, les rendements obtenus, la transformation, la conservation ou encore le mode de transport utilisé.

    Un produit transporté en grande quantité par bateau peut ainsi parcourir plusieurs milliers de kilomètres avec une dépense énergétique relativement maîtrisée. À l’inverse, un aliment cultivé à quelques dizaines de kilomètres du consommateur peut nécessiter beaucoup d’énergie pour être produit ou conservé.

    Autrement dit, les « kilomètres alimentaires » ne constituent pas, à eux seuls, un bon indicateur de l’impact écologique des produits alimentaires que nous achetons.

    Le commerce alimentaire peut aussi renforcer la résilience

    Produire toute sa nourriture dans une même région présente par ailleurs un risque : celui de dépendre fortement des conditions locales.

    Une sécheresse, une inondation, une maladie végétale ou une mauvaise récolte peuvent brutalement réduire la production. Les tensions géopolitiques et les conflits peuvent également perturber certaines filières.

    Disposer de plusieurs zones de production permet de répartir ces risques. Lorsque la récolte est mauvaise dans une région, une autre peut parfois prendre le relais. Les échanges alimentaires peuvent donc participer à la sécurité alimentaire, à condition de ne pas dépendre excessivement d’un seul fournisseur ou d’une seule région du monde.

    La résilience repose ainsi davantage sur la diversité des sources d’approvisionnement que sur une opposition systématique entre production locale et importations.

    Les circuits courts ont néanmoins de vrais atouts

    Dire que « local » ne signifie pas automatiquement « plus durable » ne revient pas à nier les bénéfices des circuits courts.

    Les marchés de producteurs, les petites exploitations, les systèmes de paniers ou les formes d’agriculture soutenue par les consommateurs peuvent créer des liens sociaux, améliorer la rémunération de certains agriculteurs et rapprocher le public des réalités de la production alimentaire.

    Ils peuvent également favoriser une meilleure connaissance des saisons et des produits cultivés sur un territoire.

    Mais leur capacité à nourrir l’ensemble de la population reste limitée. Des travaux consacrés aux réseaux alimentaires alternatifs ont aussi montré qu’ils sont parfois plus facilement accessibles aux catégories sociales disposant de davantage de temps et de ressources financières. La durabilité d’un système alimentaire doit donc également prendre en compte son accessibilité.

    Alors, faut-il manger local ?

    Manger local peut être une excellente démarche, notamment lorsqu’il s’agit de produits de saison cultivés dans de bonnes conditions, achetés directement auprès de producteurs ou lorsque l’objectif est de soutenir l’économie d’un territoire.

    Mais la proximité géographique ne constitue pas un label écologique à elle seule. Un aliment peut être local et nécessiter beaucoup d’énergie, d’eau ou de terres. À l’inverse, un produit venu de plus loin peut avoir été cultivé dans des conditions particulièrement efficaces.

    Pour juger de la durabilité de notre alimentation, il faut donc regarder au-delà de la distance : saisonnalité, mode de production, ressources utilisées, type d’aliment, gaspillage et transport comptent tous dans l’équation.

    Finalement, la vraie question n’est pas « cet aliment vient-il de loin ? », mais plutôt « comment a-t-il été produit, et avec quelles ressources ? ». Manger local peut faire partie de la solution. Ce n’est simplement pas une garantie, à lui seul, de manger plus durablement.



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