More
    AccueilStrategyVedettesont-ils devenus plus agressifs envers l'humain ?

    sont-ils devenus plus agressifs envers l’humain ?


    160 K lectures / 57 réactions Mis à jour le

    panneau-danger-requins
    La baignade est interdite sur la majeure partie de la plage de Boucan-Canot (île de la Réunion)
    © Christophe Magdelaine / www.notre-planete.info – Licence : Tous droits réservés

    Ces dernières années, les attaques imputées aux requins semblent s’être multipliées à travers le monde avec des témoignages particulièrement choquants. Recrudescence d’agressivité ? Réponse aux changements de leur écosystème ? Que faut-il en penser alors que de nombreuses espèces de requins sont maintenant au bord de l’extinction ?

    Les requins appartiennent à une lignée de poissons cartilagineux vieille de plus de 400 millions d’années. On connaît aujourd’hui plus de 500 espèces de requins, dont la taille va d’environ 20 cm pour les plus petites espèces à plus de 12 m pour le requin-baleine.

    Malgré leur réputation et les nombreux films d’horreur qui continuent d’être produits sur les requins, les morsures sur l’être humain restent rares à l’échelle mondiale et seules quelques grandes espèces sont régulièrement impliquées dans les accidents les plus graves.

    Les espèces de requins dangereux pour l’Homme

    Trois espèces concentrent l’essentiel des morsures graves et mortelles documentées : le requin blanc, le requin-tigre et le requin-bouledogue. D’autres grands requins peuvent néanmoins blesser un humain dans certaines circonstances. Voici les principales espèces de requins potentiellement dangereuses pour l’Homme.








    Principales espèces de requins potentiellement dangereuses pour l’Homme
    Espèce Taille Poids Répartition et habitat Particularités
    🦈 Requin-tigre
    Galeocerdo cuvier
    Généralement 3,25 à 4,25 m ; jusqu’à plus de 5,5 m Généralement 385 à 635 kg ; les plus grands individus peuvent dépasser 900 kg Eaux tropicales et tempérées du monde entier, à l’exception de la Méditerranée. Présent aussi bien près des côtes qu’en pleine mer, notamment autour des îles, estuaires, lagons et récifs. Grand prédateur opportuniste impliqué dans de nombreuses morsures graves. Il possède une alimentation particulièrement variée.
    🦈 Requin blanc
    Carcharodon carcharias
    Jusqu’à environ 6 m, exceptionnellement davantage Jusqu’à environ 2 tonnes Principalement dans les mers tempérées : côtes d’Amérique du Nord et du Sud, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon et Méditerranée. Il fréquente les zones côtières mais effectue également de longues migrations en pleine mer. C’est l’espèce qui totalise le plus grand nombre de morsures non provoquées confirmées sur l’Homme. Sa nageoire dorsale n’est pas systématiquement visible lorsqu’il nage près de la surface.
    🦈 Requin-bouledogue
    Carcharhinus leucas
    Jusqu’à environ 4 m Environ 320 à 350 kg pour les plus gros individus connus Eaux côtières tropicales et subtropicales du monde entier. Il fréquente volontiers les baies, estuaires et embouchures et peut remonter très loin dans les fleuves grâce à sa capacité exceptionnelle à vivre en eau douce. Avec le requin blanc et le requin-tigre, il fait partie des trois espèces les plus souvent impliquées dans les morsures graves. Sa présence dans des eaux côtières peu profondes augmente les possibilités de rencontre avec l’Homme.
    🦈 Requin mako
    Isurus oxyrinchus
    Généralement 2 à 3 m ; jusqu’à environ 4 m Jusqu’à environ 450 kg Eaux tropicales et tempérées de tous les océans, y compris la Méditerranée. Espèce principalement pélagique vivant en pleine mer, mais pouvant s’approcher des côtes. Requin extrêmement rapide et puissant. Les morsures sur l’Homme restent cependant beaucoup plus rares que pour le requin blanc, le requin-tigre ou le requin-bouledogue.
    🦈 Requin longimane
    Carcharhinus longimanus
    Le plus souvent moins de 3 m ; jusqu’à environ 3,5 à 4 m Jusqu’à environ 170 kg Eaux tropicales et subtropicales des océans Atlantique, Indien et Pacifique. Il vit surtout au large, dans les eaux profondes de pleine mer, généralement près de la surface. Espèce océanique opportuniste historiquement associée à des accidents impliquant des naufragés. Elle est aujourd’hui beaucoup moins abondante dans de nombreuses régions en raison de la pêche.

    Les statistiques doivent être interprétées avec prudence. L’International Shark Attack File (ISAF) distingue notamment les morsures « non provoquées », survenues dans l’habitat naturel du requin sans interaction humaine préalable, des morsures provoquées liées par exemple à la pêche, au nourrissage, à la manipulation ou à une approche volontaire de l’animal.

    À l’échelle mondiale, le nombre annuel de morsures non provoquées reste généralement inférieur à 100 et fluctue fortement d’une année à l’autre :


    Nombre de morsures non provoquées confirmées par an. D’après l’International Shark Attack File (ISAF)
    Année Nombre de morsures non provoquées Nombre de décès associés
    2019 64 2
    2020 57 10
    2021 73 9
    2022 57 5
    2023 69 10
    2024 47 4
    2025 65 9

    Les requins sont présents dans presque toutes les mers du globe, mais les incidents se concentrent surtout dans les régions où se superposent une forte fréquentation humaine du littoral et la présence régulière de grandes espèces. Les États-Unis enregistrent généralement le plus grand nombre de morsures non provoquées, tandis que l’Australie connaît proportionnellement davantage d’accidents graves.

    Quelques attaques de requins récentes et choquantes

    • Le 21 avril 2025, à Hadera, en Israël, un homme nageant et filmant au milieu de requins près du rejet d’eau chaude d’une centrale électrique a été mortellement mordu. L’ISAF classe cet événement comme provoqué en raison des interactions répétées avec les requins dans cette zone, où des nourrissages avaient notamment été observés. Des requins obscurs (Carcharhinus obscurus) ont été impliqués dans cet événement exceptionnel.
    • En 2025, l’Australie a enregistré 21 morsures non provoquées confirmées et cinq décès. Cette hausse annuelle ne constitue pas à elle seule une preuve d’une augmentation durable de l’agressivité des requins : les spécialistes soulignent l’importance des variations locales, des conditions océaniques et de la fréquentation des zones côtières.
    • En 2024, une touriste allemande a été mortellement blessée au large du Sahara occidental alors qu’elle nageait près d’un catamaran. L’éloignement des secours a contribué à la gravité de l’événement.
    • Le 8 juin 2023, un homme de 24 ans nageant près du rivage à Hurghada, en Égypte, a été tué par un requin-tigre. L’incident, filmé depuis la côte, est l’un des rares cas récents pour lesquels un comportement prédateur prolongé a pu être documenté.
    • Le 1er juillet 2022, deux femmes, une Roumaine et une Autrichienne, ont été mortellement mordues dans deux incidents distincts près d’Hurghada, en mer Rouge.
    • Le 8 septembre 2020, un surfeur de 46 ans est mort après avoir été mordu à une jambe au large de Greenmount Beach, sur la Gold Coast, en Australie.
    • Le 21 février et le 29 avril 2017, deux jeunes pratiquants de bodyboard ont été tués à l’île de la Réunion, dans des secteurs où les activités nautiques étaient interdites en raison du risque requin.
    • Le 25 juillet 2015, un plongeur qui pêchait des coquilles Saint-Jacques a été tué au large de l’île Maria, en Tasmanie, dans un accident attribué à un grand requin blanc.
    • Le 15 juillet 2013, une adolescente de 15 ans a été mortellement mordue alors qu’elle se baignait dans la baie de Saint-Paul, à La Réunion, dans une zone alors interdite à la baignade.
    • Le 19 septembre 2011, l’ancien champion de France de bodyboard Mathieu Schiller a été tué au large de Boucan-Canot, à Saint-Paul, sur l’île de la Réunion. Cette période a marqué le début d’une crise durable autour du risque requin sur la côte ouest de l’île.

    19 juillet 2015 : un champion de surf est attaqué

    Les surfeurs figurent régulièrement parmi les usagers de la mer les plus exposés, notamment parce qu’ils passent beaucoup de temps dans la zone de déferlement où se concentrent aussi poissons et prédateurs. Le 19 juillet 2015, pendant la finale du J-Bay Open à Jeffreys Bay, en Afrique du Sud, le triple champion du monde australien Mick Fanning a été heurté et attaqué par un requin en direct à la télévision. Il s’en est sorti indemne :

    Vidéo montrant l’incident entre Mick Fanning et un requin lors du J-Bay Open 2015.

    Le surfeur a repoussé l’animal et utilisé sa planche comme protection avant l’intervention rapide des équipes de sécurité de la compétition. Cet épisode spectaculaire ne doit toutefois pas masquer le fait que les morsures de requins restent très rares au regard du nombre de personnes qui se baignent, surfent ou plongent chaque année.

    Autre exemple : le 22 juillet 2015, un surfeur de 45 ans a été attaqué à Saint-Leu, à La Réunion. Il a été sévèrement mordu au bras mais rapidement pris en charge par les secours. Il évoluait dans une zone où les activités nautiques étaient interdites en raison du risque requin.

    Les requins sont-ils devenus plus agressifs ?

    Les données disponibles ne montrent pas que les requins seraient globalement devenus plus agressifs envers l’Homme. Les variations du nombre de morsures résultent plutôt d’une combinaison de facteurs humains, écologiques et environnementaux. Plusieurs mécanismes peuvent accroître localement la probabilité d’une rencontre :

    • Le nombre de personnes fréquentant les littoraux a fortement augmenté au cours des dernières décennies. Plus il y a de baigneurs, surfeurs, plongeurs et pratiquants de sports nautiques dans l’habitat des requins, plus la probabilité d’une rencontre augmente mécaniquement. L’ISAF considère ce facteur d’exposition comme essentiel pour interpréter les tendances.
    • La qualité de la prévention joue un rôle majeur : information du public, fermeture temporaire de certaines zones, présence de sauveteurs, surveillance par drones ou embarcations, accès rapide aux secours et formation à la prise en charge des hémorragies peuvent réduire le risque ou la gravité d’un accident.
    • Dans les eaux agitées ou troubles, certaines morsures peuvent relever d’une erreur d’identification ou d’une morsure exploratoire. La silhouette d’un surfeur n’est pas systématiquement « confondue avec un phoque », mais la faible visibilité, les mouvements de surface et la présence de poissons peuvent compliquer l’identification d’une cible par le requin.
    • Le « baiting » et le « shark feeding », qui consistent à attirer ou nourrir des requins pour les observer, peuvent modifier localement leur comportement et les habituer à associer l’activité humaine à la nourriture. Cela ne signifie pas que ces pratiques provoquent systématiquement des attaques, mais elles nécessitent un encadrement strict et sont déconseillées dans les zones de baignade.

    • Le réchauffement de l’océan et les variations de température peuvent déplacer les aires de répartition de certaines espèces ou de leurs proies. Cela peut augmenter temporairement la présence de requins dans une région sans que leur abondance mondiale augmente.
    • La disponibilité des proies, influencée par les migrations naturelles, les courants, la pêche et l’état des écosystèmes, peut modifier la répartition des requins. Une raréfaction locale des poissons ne signifie toutefois pas que les requins se tournent automatiquement vers l’être humain comme source de nourriture.
    • Les déchets de poissons, les rejets portuaires et les activités de pêche peuvent attirer des poissons puis des prédateurs. Il est donc préférable d’éviter de se baigner ou de surfer à proximité immédiate de zones où des poissons sont activement pêchés, nettoyés ou rejetés à la mer.
    • Le requin-bouledogue tolère l’eau saumâtre et l’eau douce et fréquente naturellement les estuaires et certains fleuves. Les variations de débit, de salinité et de turbidité peuvent influencer ses déplacements. En revanche, attribuer directement une hausse des attaques à l’agriculture littorale n’est pas étayé de manière générale.
    • Les Aires Marines Protégées peuvent favoriser le rétablissement de populations de poissons et, dans certains cas, de requins. Il n’existe cependant pas de preuve générale selon laquelle leur création entraînerait une hausse des morsures sur l’Homme. Le risque dépend surtout du chevauchement entre les animaux, leurs proies et les activités humaines.
    • Enfin, Internet, les réseaux sociaux et l’amélioration des bases de données facilitent le signalement et la vérification des incidents. Une partie de l’augmentation apparente observée sur plusieurs décennies peut donc refléter un recensement plus complet, tandis que les séries annuelles récentes restent relativement stables.

    Le risque individuel reste très faible, mais quelques règles simples permettent de le réduire davantage. Les recommandations de l’International Shark Attack File privilégient la prévention, la vigilance et une sortie calme de l’eau en cas d’observation d’un requin.

    • Respecter les consignes locales, les fermetures de plages et les indications des sauveteurs. Nager de préférence à plusieurs, rester relativement près du rivage et éviter les secteurs où des requins viennent d’être signalés.
    • Les dispositifs de protection ne sont pas tous équivalents. Les barrières d’exclusion entièrement fermées peuvent séparer physiquement les baigneurs des grands animaux lorsqu’elles sont correctement conçues et entretenues. Les filets maillants destinés à capturer les requins n’offrent pas une barrière complète et peuvent également capturer d’autres espèces marines. Leur efficacité et leurs impacts doivent donc être évalués au cas par cas.
    • Éviter les eaux très troubles, les zones de pêche active, les bancs de poissons et les périodes de faible luminosité, notamment l’aube et le crépuscule. Limiter les éclaboussures excessives et les bijoux très réfléchissants.
    • Si un requin s’approche, garder autant que possible un contact visuel avec lui et reculer lentement vers la sortie sans mouvements désordonnés. En cas d’attaque imminente, se défendre vigoureusement en visant notamment les yeux et les branchies, puis sortir de l’eau dès que possible et traiter immédiatement toute hémorragie importante.


    Comment vivre avec les requins ? Les conseils du Musée océanographique de Monaco

    Et pourtant, de nombreux requins sont menacés d’extinction

    La menace qui pèse sur les requins est sans commune mesure avec le risque qu’ils représentent pour l’être humain. Une étude publiée dans Science en 2024 estime que la mortalité mondiale liée à la pêche est passée d’environ 76 millions de requins en 2012 à plus de 80 millions en 2017, avec une moyenne d’environ 79 millions par an entre 2017 et 2019. Cette mortalité comprend la pêche ciblée mais aussi de nombreuses captures accidentelles. Le « shark finning », qui consiste à prélever les nageoires et à rejeter la carcasse, a fait l’objet d’interdictions et de réglementations dans de nombreux pays, mais la demande de viande et d’autres produits issus des requins reste importante.

    Selon l’UICN et les synthèses scientifiques récentes, environ un tiers des espèces de requins est aujourd’hui menacé d’extinction, avec de fortes différences selon les groupes et les régions. Les requins et les raies des récifs coralliens sont particulièrement vulnérables : une étude publiée en 2023 estimait que 59 % des 134 espèces de requins et de raies associées aux récifs se situaient déjà dans une catégorie menacée. La surexploitation par la pêche est le principal facteur de risque, auquel s’ajoutent selon les espèces la dégradation des habitats, les pollutions et le changement climatique.
    Cette vulnérabilité s’explique en partie par la biologie de nombreux requins : croissance lente, maturité sexuelle tardive et faible nombre de jeunes. Lorsqu’une population s’effondre, son rétablissement peut donc prendre des décennies.

    Depuis les années 2000, la réglementation internationale s’est renforcée : interdictions du finning, obligations de débarquement avec les nageoires attachées dans plusieurs juridictions, quotas, protections nationales et inscription croissante d’espèces aux accords internationaux. Ces mesures ont permis le rétablissement de certaines populations localement, mais l’UICN souligne que la surpêche et les prises accessoires restent les principales menaces à l’échelle mondiale.

    Bande annonce du documentaire « Les seigneurs de la Mer »

    Les requins : un maillon essentiel de la biodiversité marine

    Les requins occupent des rôles écologiques très variés. Certaines espèces sont des superprédateurs, d’autres des mésoprédateurs, des consommateurs de poissons ou d’invertébrés, voire des filtreurs de plancton comme le requin-baleine et le requin-pèlerin. En régulant certaines populations, en redistribuant les nutriments et en influençant le comportement de leurs proies, ils participent au fonctionnement des écosystèmes marins. Leur disparition peut modifier profondément les réseaux trophiques, même si les conséquences varient selon les espèces et les milieux.

    Protéger les requins ne signifie pas ignorer les risques pour les usagers de la mer. Les stratégies les plus efficaces associent connaissance scientifique, surveillance, information du public, secours rapides, gestion raisonnée des activités de pêche et protection ciblée des espèces menacées. L’objectif est de réduire les accidents sans recourir à des destructions indiscriminées qui peuvent fragiliser davantage les écosystèmes.

    Notes

    1. L’International Shark Attack File distingue les morsures non provoquées des morsures provoquées. Les chiffres annuels cités dans cet article correspondent, sauf indication contraire, aux cas non provoqués confirmés, ce qui permet de comparer les années avec une méthodologie homogène.
    2. Dans la Liste rouge de l’UICN, les espèces dites « menacées » regroupent les catégories Vulnérable (VU), En danger (EN) et En danger critique (CR). Les évaluations évoluent à mesure que de nouvelles données scientifiques deviennent disponibles.

    Tous droits réservés



    Source link

    Must Read

    spot_img