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    🏞️ Les microplastiques polluent les lagons du monde entier


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    Les microplastiques sont partout, jusque dans des milieux que l’on pourrait croire préservés. Les lagons côtiers, véritables réservoirs de biodiversité et ressources vitales pour de nombreuses populations, sont eux aussi touchés. Une vaste étude menée à l’échelle mondiale révèle une contamination préoccupante de ces écosystèmes fragiles. Plus étonnant encore : plus de la moitié des lagons étudiés bénéficient pourtant d’un statut de protection.

    Les lagons côtiers sont des écosystèmes de transition entre les systèmes aquatiques continentaux, les eaux de transition et les écosystèmes marins et côtiers. Ils comptent parmi les écosystèmes les plus productifs au monde et constituent d’importants fournisseurs de nourriture et d’autres services écosystémiques aux populations locales qui, souvent, en dépendent. Leur importance pour la conservation de la biodiversité est également largement reconnue. Alors, pourquoi ces milieux fragiles et parfois protégés sont-ils menacés par la pollution aux microplastiques à l’échelle mondiale ?

    Une vaste synthèse scientifique publiée en 2022 dans la revue Environmental Pollution par une équipe de chercheurs de l’Université de Barcelone, avec la participation d’experts d’institutions colombiennes et chiliennes, a dressé un état des connaissances sur la pollution aux microplastiques — notamment les fibres et fragments de polyéthylène, de polyester et de polypropylène — dans les lagons côtiers du monde entier.

    Cette revue systématique portait sur les publications scientifiques parues entre 2000 et avril 2022. Les chercheurs avaient identifié 57 publications contenant des données sur l’abondance des microplastiques dans 50 lagons côtiers répartis dans 20 pays : Europe (32 %), Asie (20 %), Amérique latine et Caraïbes (18 %), Afrique (12 %), Amérique du Nord (10 %) et Océanie (8 %). Fait notable, 58 % des lagons étudiés bénéficiaient d’une protection nationale ou internationale, à travers par exemple la Convention Ramsar, des réserves de biosphère ou des zones d’importance pour la conservation de la faune.

    La Convention Ramsar est un traité intergouvernemental qui sert de cadre à l’action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources.

    Depuis cette synthèse, de nouvelles études ont continué à mettre en évidence la présence de microplastiques dans les lagunes côtières, y compris dans des espaces protégés. Des travaux publiés en 2024 dans la lagune de Sontecomapan, au Mexique, et en 2025 dans plusieurs lagunes méditerranéennes de Turquie confirment notamment que l’abondance et la distribution des microplastiques peuvent fortement varier selon les compartiments étudiés, les saisons et les sources de pollution. Ces études soulignent également une difficulté persistante : l’hétérogénéité des méthodes d’échantillonnage et d’analyse complique encore les comparaisons directes entre régions du monde.

     » Dans ces habitats naturels, les pics de pollution aux microplastiques résultent de la conjonction de plusieurs facteurs. Par exemple, le temps de séjour et le taux de renouvellement des eaux des lagons, la présence de grands aménagements urbains et industriels avec une gestion insuffisante des déchets, les rejets des fleuves et des émissaires, les fluctuations climatiques saisonnières, les phénomènes naturels (ouragans, typhons, etc.) et la typologie des microplastiques « , explique Ostin Garcés-Ordóñez, auteur principal de l’étude et membre du Groupe de recherche consolidé en géosciences marines de la Faculté des Sciences de la Terre de l’Université de Barcelone.

    Le taux de renouvellement de l’eau de certains lagons côtiers est lent, voire très lent, ce qui peut favoriser la persistance des microplastiques. Par exemple, le Mosquito Lagoon, sur la côte atlantique de la Floride aux États-Unis, a besoin de 200 à 300 jours pour renouveler 50 % de son eau, permettant aux particules accumulées dans le lagon d’y rester pendant une longue période.

     » Pendant la saison des pluies, la concentration de microplastiques augmente également dans les eaux de surface par rapport à la saison sèche. Ce phénomène a été observé dans le lagon de Rio Lagartos au Mexique et celui de Cienaga Grande de Santa Marta en Colombie, avec des teneurs maximales dans les zones où sont enregistrées les activités humaines les plus intenses « , explique Ostin Garcés-Ordóñez, également membre de l’Institut colombien de recherche marine et côtière.

    Microplastiques : quels impacts sur la faune ?

    La revue scientifique publiée en 2022 a rassemblé des informations concernant 96 espèces vivant dans les lagons côtiers. Les poissons sont particulièrement étudiés en raison notamment de leur importance écologique et de leur exploitation pour la consommation humaine. Chez certaines espèces, la prévalence de l’ingestion de microplastiques atteignait 100 % des individus examinés, avec jusqu’à 65 microplastiques par individu dans les études recensées.

    Les lagunes de Bizerte et de Ghar El Melh, en Tunisie, figurent parmi les sites où les poissons étudiés présentaient les contaminations les plus importantes, notamment le mulet doré (Liza aurata) et la saupe (Sarpa salpa), avec jusqu’à 65 microplastiques par individu.

    À l’échelle de la revue, les lagons situés dans des zones naturelles protégées présentaient généralement des abondances plus faibles de microplastiques, notamment dans les sédiments et les organismes. La protection réglementaire ne suffit cependant pas à empêcher toute contamination, comme l’ont également montré des recherches plus récentes.

    Dans une étude portant sur 75 poissons de l’espèce Lagodon rhomboides dans la Laguna Madre au Texas (États-Unis), aucun microplastique n’avait par exemple été détecté.

    Dans les lagunes côtières de la zone marine protégée de Cispatá, en Colombie, la prévalence et l’abondance moyenne de l’ingestion de microplastiques figuraient également parmi les plus faibles observées, contrairement aux lagunes tunisiennes citées précédemment.

    Dans le cas des mollusques, l’ingestion de microplastiques avait été signalée dans 11 lagons côtiers, avec des abondances allant jusqu’à 17 microplastiques par individu et une prévalence élevée dans plusieurs études. L’espèce présentant la plus forte ingestion recensée était l’huître américaine (Crassostrea virginica) observée dans le Mosquito Lagoon, sur la côte atlantique de la Floride aux États-Unis.

    Des microplastiques ont également été signalés chez le crabe bleu (Callinectes sapidus) dans la lagune de Lesina en Italie, chez les huîtres perlières de Manihi en Polynésie française, chez le concombre de mer de Floride (Holothuria floridana) dans la lagune de Placencia au Belize, ou encore chez les oiseaux de rivage dans la lagune de Sakumo au Ghana.

    Les microplastiques ont envahi les lagons de Polynésie française

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    Ferme perlicole dans l’archipel des Tuamotu (Polynésie française)
    Crédit : Clesenne / Flickr – Licence : CC BY 4.0

    Une étude coordonnée par l’Ifremer et publiée en 2021 a révélé une contamination importante aux microplastiques dans trois lagons de Polynésie française — Ahe, Manihi et Takaroa — pourtant peu peuplés et peu touristiques. Ces lagons accueillent une importante activité de perliculture, qui utilise depuis les années 1980 de nombreux équipements en plastique.

    Les chercheurs ont retrouvé des microplastiques dans les eaux de surface, dans la colonne d’eau et dans les tissus des huîtres perlières. Les concentrations observées étaient jugées élevées par rapport à d’autres sites étudiés dans le monde, notamment chez les huîtres. Celles-ci sont particulièrement exposées car elles filtrent de grandes quantités d’eau : jusqu’à 25 litres par heure pour un individu adulte.

    L’étude suggère que la perliculture constitue une source importante de cette pollution. Les microplastiques retrouvés étaient principalement de petits fragments de polyéthylène, souvent noirs ou gris, dont les caractéristiques sont similaires à celles des cordes, collecteurs de naissains et autres équipements plastiques employés dans les fermes perlières. La fermeture de nombreuses exploitations autour des années 2000 a également laissé des installations abandonnées dans les lagons, qui se dégradent progressivement sous l’effet du soleil, de la houle et des courants. D’autres sources, comme les déchets domestiques, la pêche ou les plastiques transportés par les courants océaniques, peuvent également contribuer à cette contamination.

    Depuis, les connaissances sur les conséquences de cette pollution ont progressé. Une étude publiée en 2024 a exposé des huîtres perlières (Pinctada margaritifera) pendant cinq mois à des micro- et nanoplastiques issus d’équipements de perliculture vieillis, à des concentrations destinées à reproduire des scénarios environnementaux. Les chercheurs ont observé des perturbations du métabolisme énergétique et de l’expression de certains gènes, notamment en lien avec une moindre efficacité d’assimilation des microalgues. Ils ont également constaté des modifications de la biominéralisation des perles, avec des cristaux d’aragonite plus fins et l’apparition de concrétions anormales de type « keshi ». Ces résultats montrent que la pollution plastique issue de la perliculture peut affecter non seulement la physiologie des huîtres, mais aussi la qualité de la production perlière.

    Les lagunes côtières sont très vulnérables à la pollution aux microplastiques

    Un renouvellement d’eau limité, une faible profondeur et une forte pression anthropique… L’ensemble de ces éléments rend les lagunes côtières particulièrement vulnérables à la pollution aux microplastiques, et principalement aux microplastiques dits « secondaires », tels que les fibres et les fragments.

    Les microplastiques secondaires proviennent de la fragmentation et de la dégradation d’objets en plastique plus grands tels que les sacs, les bouteilles, les cordages ou les filets de pêche.

     » On peut certes affirmer que les différentes matrices environnementales des lagons côtiers, c’est-à-dire les eaux, les sédiments et les organismes, qui vivent dans ces habitats sont des récepteurs de microplastiques et sont affectées par la pollution qu’ils provoquent. Cependant, on ne sait pas encore dans quelle mesure les lagons côtiers sont des puits ultimes pour les microplastiques « , déclare Miquel Canals, directeur du Groupe de recherche consolidé en géosciences marines de la Faculté des Sciences de la Terre de l’Université de Barcelone, tout en ajoutant que  » cela est lié aux caractéristiques et à la dynamique de chaque lagune, ainsi qu’aux quantités et propriétés des microplastiques entrants. Ainsi, certaines lagunes peuvent être de véritables puits tandis que d’autres peuvent fonctionner comme des puits temporaires dans le cycle des microplastiques, facilitant, par exemple, leur transfert des systèmes fluviaux vers les plages et le milieu marin. De tels critères pourraient être utilisés pour classer les lagons côtiers en fonction de l’équilibre entre les flux entrants, et éventuellement sortants, de microplastiques. »

    Dans la synthèse publiée en 2022, les niveaux de pollution aux microplastiques relevés dans les lagunes côtières apparaissaient globalement plus élevés que ceux rapportés dans les eaux douces, les estuaires fluviaux et les océans, et comparables à ceux observés dans les mangroves. Ces comparaisons doivent toutefois être interprétées avec prudence : les méthodes d’échantillonnage, les tailles de particules prises en compte et les techniques d’identification diffèrent fortement d’une étude à l’autre, ce qui reste aujourd’hui l’un des principaux obstacles à une comparaison mondiale robuste.

    Selon les conditions météorologiques saisonnières, l’hydrodynamique, les pressions liées aux activités humaines et les caractéristiques des microplastiques, ceux-ci peuvent s’accumuler dans les lagons ou être transportés vers les océans. Une étude mondiale publiée en 2023, fondée sur près de 12 000 stations d’échantillonnage et des données allant jusqu’en 2019, a estimé qu’entre 82 000 et 358 000 milliards de particules de plastique flottaient alors à la surface des océans, pour une estimation moyenne d’environ 171 000 milliards de particules, principalement des microplastiques. Leur masse totale était estimée entre 1,1 et 4,9 millions de tonnes, avec une moyenne d’environ 2,3 millions de tonnes.

     » La meilleure façon d’aborder et de minimiser le problème de la pollution aux microplastiques en général, et dans les lagons côtiers en particulier, est de l’empêcher de pénétrer dans les systèmes naturels par les racines. Il est nécessaire d’agir sur les sources et les causes qui favorisent leur arrivée dans les lagons côtiers et le reste des écosystèmes « , assure Miquel Canals.

    Réduire les impacts liés à la pollution aux microplastiques passe donc avant tout par des actions de prévention à différentes échelles : mondiale, régionale, nationale et locale. Les chercheurs insistent notamment sur la réduction des déchets plastiques à la source, l’amélioration de leur collecte et de leur traitement, la surveillance des milieux côtiers ainsi que l’harmonisation des méthodes scientifiques utilisées pour mesurer les microplastiques.

     » Il est évident que ces exemples ne sont que quelques-unes des options existantes, qui devraient également être accompagnées de programmes d’éducation et de surveillance environnementale afin de pouvoir évaluer objectivement leur efficacité. D’autres options, comme la récupération des microplastiques du milieu naturel, ne sont pas, pour le moment, viables « , conclut Miquel Canals.

     » Dans de nombreuses régions du monde, la recherche est limitée par la disponibilité limitée des ressources financières, humaines et infrastructurelles « , confirme le chercheur Ostin Garcés-Ordóñez.  » L’application intensive de méthodologies simples et plus avancées répondra à de nombreuses questions ouvertes sur la dynamique des microplastiques dans ces environnements ou sur le rôle des lagunes en tant que puits de microplastiques temporaires ou permanents. »

    Les recherches futures devront notamment mieux documenter les sources et les flux de microplastiques, leur devenir dans l’eau et les sédiments, leurs effets à long terme sur les organismes et les chaînes alimentaires, ainsi que l’efficacité des mesures de prévention. Les publications récentes continuent également d’insister sur la nécessité de méthodes d’échantillonnage et d’analyse harmonisées afin de pouvoir comparer plus précisément les niveaux de contamination entre les différents lagons du monde.

    Les recherches futures devront notamment mieux documenter les sources et les flux de microplastiques, leur devenir dans l’eau et les sédiments, leurs effets à long terme sur les organismes et les chaînes alimentaires, ainsi que l’efficacité des mesures de prévention. Les publications récentes continuent également d’insister sur la nécessité de méthodes d’échantillonnage et d’analyse harmonisées afin de pouvoir comparer plus précisément les niveaux de contamination entre les différents lagons du monde.



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