Une découverte étonnante a été faite par des archéologues sur la côte aride du sud du Pérou: deux pommes de terre lyophilisées vieilles d’environ 500 ans.
Ces spécimens, provenant du site inca de Tambo Viejo dans la vallée d’Acarí, ont été retrouvés dans un pot en céramique. Leur présence dans cette région côtière est inattendue, car cette préparation nécessite les nuits glaciales des hautes montagnes andines. Cette trouvaille constitue une preuve tangible de l’ampleur des réseaux d’approvisionnement de l’empire inca.

Crédit: LM Valdez dans Valdez et Bettcher 2026
Ces tubercules déshydratés, appelés chuño, étaient un aliment de base dans l’empire inca. Le procédé de fabrication est ingénieux: on expose les pommes de terre aux gelées nocturnes des hauts plateaux, puis on les laisse dégeler au soleil, en répétant ce cycle plusieurs fois. Ensuite, on les foule aux pieds pour extraire l’humidité. Le résultat est un produit léger, qui peut se conserver des années sans réfrigération. Il existe deux variétés: le chuño noir, fait à partir de pommes de terre ordinaires, et le chuño blanc, issu de variétés amères qui nécessitent un trempage prolongé après congélation.
Les deux chuños découverts sont de couleur blanc-brun et conservent encore des fragments de leur peau. Ces échantillons ont été mis au jour en 2024 lors de fouilles menées par le Dr Lidio Valdez, de l’Université de Calgary. Ils étaient placés dans un pot en céramique enterré dans le sol, utilisé comme réserve. À côté se trouvaient un morceau de poterie inca et un fuseau endommagé. Ces objets du quotidien ont permis de dater l’ensemble de l’époque inca, soit entre le 15e et le 16e siècle.
À l’époque inca, le chuño était un aliment essentiel, comparable au pain pour les populations. Les chroniqueurs espagnols rapportaient que des caravanes de lamas transportaient ces provisions vers des entrepôts disséminés sur le territoire. Ils servaient à nourrir les travailleurs de l’empire, y compris ceux de Tambo Viejo. Léger, durable et produit en grande quantité, le chuño était l’un des aliments les plus importants pour soutenir l’administration et les armées incas.
Malgré son abondance passée, le chuño est rarement conservé dans les sites archéologiques. La seule autre découverte comparable remonte à plus d’un siècle, à Pachacamac, également au Pérou. Les conditions arides de la côte et le stockage dans une jarre ont probablement permis la survie de ces spécimens jusqu’à nos jours. Cette rareté a conduit à une sous-estimation de l’importance du chuño par rapport à d’autres aliments comme la viande séchée.
Les chercheurs aimeraient connaître l’origine exacte de ces pommes de terre. Des analyses chimiques pourraient identifier la région montagneuse où elles ont été cultivées. Le Dr Valdez espère poursuivre ces recherches, car chaque campagne de fouilles à Tambo Viejo apporte des résultats surprenants. Il considère ce site comme unique en son genre pour la compréhension de l’économie inca.
Cette découverte met en évidence l’ingéniosité des anciens Andins et leur capacité à transformer des produits périssables en aliments durables. Le chuño, bien que modeste, révèle l’étendue des réseaux d’échange et de stockage de l’empire inca.
L’organisation logistique de l’empire inca
L’empire inca s’étendait sur plus de 4000 kilomètres le long de la cordillère des Andes. Pour gérer un territoire aussi vaste, les Incas ont mis en place un système de routes et de dépôts de stockage appelés qollqas. Ces entrepôts étaient disséminés le long des chemins impériaux et permettaient d’approvisionner les troupes, les fonctionnaires et les travailleurs.
Les denrées alimentaires, comme le chuño, le maïs ou la viande séchée, étaient transportées par des caravanes de lamas. Chaque lama pouvait porter environ 30 kg de marchandises. Les produits étaient redistribués selon les besoins, assurant une certaine autosuffisance régionale.
La découverte de chuño sur la côte prouve que ces réseaux fonctionnaient efficacement. Les aliments montagnards parvenaient jusqu’aux zones côtières, où ils étaient utilisés pour nourrir les populations locales ou les travailleurs affectés à des projets d’État. Cette organisation efficace a contribué à la puissance et à la durabilité de l’empire inca.
