Il y a environ cinq millions d’années, dans les eaux de la mer du Nord, des dents de requin se sont littéralement plantées dans les os de crânes de baleines. Cette découverte singulière livre aujourd’hui un aperçu direct et inédit des pratiques alimentaires préhistoriques.
Ces crânes fossilisés proviennent de Belgique, l’un appartenant à une petite baleine franche éteinte et l’autre à un parent des bélugas actuels. Leur mise au jour, réalisée par des amateurs et des scientifiques il y a plusieurs décennies, n’a livré toute sa signification qu’avec les avancées technologiques récentes.
L’étude des fossiles a été menée à l’aide de scanners tomographiques, une technologie non invasive qui permet de visualiser l’intérieur des os sans les altérer. Ces images ont dévoilé des fragments de dents de requin enfoncés en profondeur, indiquant que les morsures sont survenues après la mort des baleines, probablement lors d’épisodes de charognage. Cette méthode a permis de déterminer avec exactitude les prédateurs impliqués.
Les dents identifiées appartenaient à des espèces telles que le requin griset et un ancêtre proche du grand requin blanc, des animaux qui ne fréquentent plus la mer du Nord méridionale de nos jours. Leurs attaques sont concentrées sur des zones riches en graisse comme le melon des baleines.
Au Pliocène, la mer du Nord accueillait des espèces comme de grands requins et des baleines, formant un assemblage alimentaire structuré. Les fossiles, avec leurs marques de morsures, enregistrent ces relations, démontrant par exemple comment les prédateurs s’attaquaient à des zones précises des carcasses.

Crédit: Photos et illustrations par Olivier Lambert (RBINS)
Ces trouvailles alimentent nos connaissances sur les communautés marines du Pliocène, une époque où de grands prédateurs et des baleines partageaient la région. Les scientifiques notent également que les changements climatiques en cours pourraient influencer la répartition future des espèces marines, avec un éventuel retour de prédateurs comme les grands requins blancs dans ces eaux.
Avec le réchauffement climatique actuel, la répartition des espèces marines évolue, ce qui pourrait modifier les liens prédateurs-proies. Ainsi, si les populations de phoques venaient à augmenter en mer du Nord, cela pourrait attirer de grands prédateurs comme les requins blancs, bouleversant les équilibres actuels. Les enseignements tirés du passé fournissent alors un cadre pour envisager ces changements futurs.

