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© Christophe Magdelaine / www.notre-planete.info – Licence : Tous droits réservés
Le début du printemps est aussi celle des pollinisateurs et de leurs prédateurs dont les impressionnants et redoutés frelons. Sous prétexte de lutter contre le frelon asiatique qui a envahit la France métropolitaine, de nombreux jardiniers fabriquent des pièges qui sont malheureusement non sélectifs et détruisent de nombreux pollinisateurs utiles…
Alors que les appels à piéger les frelons asiatiques se multiplient (y compris en provenance des municipalités), le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) reste très clair sur le piégeage du frelon asiatique : « ce piégeage est déconseillé en dehors d’un cadre scientifique ». Une recommandation reprise par l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie) et France Nature Environnement (FNE) qui dénoncent des pratiques de piégeage « précoces » du frelon asiatique, sans réelle efficacité et surtout néfastes pour d’autres insectes, dont de nombreux pollinisateurs.
Le frelon asiatique : identification et origine
Le Frelon à pattes jaunes d’origine asiatique (Vespa velutina) est une espèce exotique envahissante découverte en France (Lot-et-Garonne) en 2004, à la suite de son importation involontaire d’Asie via un conteneur de poteries. En seulement quelques années, il s’est implanté sur la quasi-totalité du territoire métropolitain, au point que son éradication est désormais impossible. Sa progression menace également les populations de frelons européens.
Or, peu de personnes sont capables de faire la différence entre le frelon européen et le frelon asiatique. Pour vous aider à les distinguer :
- Frelon asiatique (Vespa velutina) : corps majoritairement brun-noir, bandes abdominales jaunes fines, pattes jaunes à l’extrémité, taille de 2 à 3 cm.
- Frelon européen (Vespa crabro) : corps brun-roux et jaune, plus coloré, tête rousse, taille de 2,5 à 3,5 cm.

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Dans le doute, il est donc plus prudent de s’abstenir de s’attaquer aux frelons, d’autant que ni le frelon asiatique ni le frelon européen ne sont agressifs en dehors de la défense de leur nid.
Le frelon : un redoutable prédateur
Le frelon est un redoutable prédateur, principalement de mouches (il en consomme de 60 à 80 par jour) mais aussi de guêpes, syrphes, abeilles, chenilles, sauterelles… Il joue donc un rôle écologique majeur en régulant les populations d’insectes et ne doit pas être éliminé sans raison valable, surtout s’il s’agit d’un frelon européen.
Le frelon ne pique que si lui ou son nid sont menacés. Soyez prudents et ne les agressez pas !
En moyenne, une dizaine de personnes meurent chaque année en France des suites de piqûres de frelons asiatiques, généralement par réaction allergique sévère (choc anaphylactique). En cas de piqûre multiple ou de réaction inhabituelle, consultez immédiatement un médecin ou appelez le 15.
Frelon asiatique : conséquences pour l’apiculture
Une colonie de frelons asiatiques peut causer des dégâts importants sur certains ruchers en tuant les abeilles domestiques afin de nourrir ses larves. Le préjudice peut alors être considérable pour les apiculteurs des zones concernées.
« Si l’on observe un à deux frelons en vol statique devant une ruche, cela est problématique, mais cela ne devrait pas porter préjudice de manière irréversible à la colonie. En revanche, si le nombre de frelons est de l’ordre de 10 à 15 devant une ruche, celle-ci sera condamnée à brève échéance. » (UNAF)
Entre 2006 et 2015, les tentatives de contrôle du frelon asiatique par destruction des nids avaient un coût total estimé à 23 millions d’euros, en augmentation régulière. D’ici à 2032, le frelon asiatique aura envahi totalement la France et le coût de lutte devrait alors atteindre 11,9 millions d’euros par an (Barbet-Massin M, et al. 2020).
Pourquoi le piégeage amateur des frelons est néfaste ?
Il a été prouvé dès 2009 par des entomologistes de la Linnéenne de Bordeaux que ces pièges ne sont pas sélectifs, y compris les versions améliorées proposées à la fabrication : ils capturent et tuent de très nombreux insectes non ciblés.
« Même si des efforts sont faits pour améliorer la sélectivité des pièges, ils fonctionnent aujourd’hui tous sur le même principe : un appât attirant de nombreuses espèces d’insectes combiné à un système les filtrant par leur taille (les gros n’entrent pas, les petits peuvent ressortir). Toutes les études scientifiques concernant le piégeage de printemps contre Vespa velutina ont montré que plus de 99 % des insectes capturés concernaient d’autres espèces », souligne le MNHN, qui ajoute : « l’impact négatif de campagnes massives de piégeage sur les insectes et le bon fonctionnement des écosystèmes est probablement loin d’être négligeable. »
Pire, d’après une équipe de l’INRA de Bordeaux (2012) et du Muséum national d’Histoire naturelle (2013), ces pièges n’auraient aucun impact réel sur les populations de frelon asiatique, qui restent équivalentes dans les zones piégées par rapport à des zones sans pièges.
En outre, des particuliers confectionnent dans leur jardin des pièges à base de bouteilles appâtées de mélanges sucrés et alcoolisés. Ces dispositifs artisanaux sont particulièrement dangereux pour les pollinisateurs : abeilles sauvages, bourdons, papillons et autres auxiliaires des jardins y trouvent la mort en grand nombre, sans que la population de frelons asiatiques ne soit aucunement réduite.
L’Opie et FNE appellent donc à un arrêt de ces pratiques de piégeage, inefficaces et très impactantes pour les autres insectes et le fonctionnement des écosystèmes.

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Des poules pour chasser le frelon asiatique ?
Une vidéo montrant des poules friandes de frelons asiatiques qui tournent autour de ruches est devenue virale, au point qu’on a pu croire à une solution miracle. Dans les faits, l’expérience n’est pas du tout concluante. Le relais nature de la Moulinette à La Rochelle (Charente-Maritime) a testé sans succès l’introduction de poules et même de faisans dans le rucher : ils n’ont manifesté qu’indifférence, tandis que les frelons asiatiques poursuivaient leur festin.
Résultat : quand il y en a trop, c’est au filet à papillons que les frelons sont chassés. Cela nécessite de la patience, de l’habileté mais aussi de la prudence, car les abeilles n’apprécient guère que l’on gesticule à côté de leurs ruches. Cela dit, c’est efficace.

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L’efficacité du piégeage précoce est encore en phase de test
Une étude, limitée à 3 départements, est en cours avec des contributeurs bénévoles encadrés par le MNHN et l’ITSAP – Institut de l’abeille, afin d’évaluer l’efficacité réelle du piégeage de printemps contre Vespa velutina. Il ne s’agit en aucun cas d’un appel à un piégeage généralisé.
Que faire face au frelon asiatique ? Les recommandations officielles
Dans l’attente de nouvelles découvertes et de méthodes de lutte spécifiques, les principales recommandations du Muséum national d’Histoire naturelle sont les suivantes :
- S’abstenir de tout piégeage non encadré, qui massacre un grand nombre d’insectes non ciblés sans affecter les populations de frelon asiatique.
- Éviter le piégeage des femelles fondatrices de frelon asiatique en dehors d’un cadre expérimental.
- En cas d’attaque de frelon asiatique sur un rucher, et uniquement dans ce cas, poser des pièges à sélection physique (pour diminuer l’impact sur les autres espèces).
- La destruction des colonies reste la méthode la plus efficace pour réduire les populations de frelon asiatique. Si vous trouvez un nid, contactez votre mairie, qui vous orientera vers l’organisme local de lutte.
Pour en savoir plus sur les techniques de lutte contre le frelon à pattes jaunes, le Muséum national d’Histoire naturelle maintient une page web dédiée.

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