More
    AccueilStrategyVedette🌍 Emissions mondiales de CH4 dans l'atmosphère : statistiques

    🌍 Emissions mondiales de CH4 dans l’atmosphère : statistiques


    Le méthane (CH4) est le deuxième gaz à effet de serre d’origine anthropique contribuant au réchauffement climatique, après le dioxyde de carbone (CO2). Depuis l’ère préindustrielle, l’augmentation du méthane atmosphérique a contribué à environ 0,5 °C de réchauffement mondial.
    Le CH4 est un puissant gaz à effet de serre. Sa durée de vie atmosphérique est d’environ 9 ans, beaucoup plus courte que celle du CO2, mais son pouvoir de réchauffement global sur 100 ans est environ 27 à 30 fois supérieur selon l’origine du méthane et la méthode de calcul retenue[2].

    ▲ Emissions anthropiques[1] de CH4 en 2020 : près de 400 millions de tonnes (Mt)

    Selon le Global Methane Budget 2000-2020 (publié en 2025), les activités humaines sont à l’origine d’environ 65 % des émissions mondiales de méthane. Sur la période 2010-2019, les émissions anthropiques directes sont estimées à environ 369 Mt CH4/an par les inversions atmosphériques et 358 Mt CH4/an par les inventaires et modèles ascendants.

    Une étude fondée sur les observations satellitaires et publiée fin 2025 estime que les émissions anthropiques mondiales de 2023 sont supérieures d’environ 15 % aux inventaires nationaux communiqués à l’ONU.

    Les différentes sources d’émission de méthane

    Les émissions mondiales de méthane proviennent à la fois de sources naturelles, en particulier les zones humides et les eaux continentales, et des activités humaines. Le Global Methane Budget estime que les sources anthropiques directes représentent environ deux tiers du total mondial.

    Pour la période 2010-2019, les estimations « bottom-up » du Global Methane Budget répartissent les émissions anthropiques directes de la façon suivante :

    Répartition moyenne des émissions anthropiques directes de CH4 sur 2010-2019. Les pourcentages sont arrondis et peuvent ne pas totaliser exactement 100 %.
    Source : Saunois et al. (2025), Global Methane Budget 2000-2020.
    Source Part des émissions anthropiques
    Agriculture (élevage, déjections animales, riziculture) environ 40 %
    Déchets (décharges et eaux usées) environ 19 %
    Combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) environ 34 %
    Combustion de biomasse environ 5 %
    Combustion de bioénergies / biomasse utilisée comme combustible environ 3 %

    L’agriculture et les déchets constituent donc ensemble la principale source anthropique de méthane, avec des émissions environ deux fois supérieures à celles associées aux combustibles fossiles. Pour ces derniers, les principales sources sont l’extraction et l’utilisation du charbon, du pétrole et du gaz naturel, ainsi que les fuites sur les infrastructures.

    Bilan des sources et puits de méthane

    bilan-emissions-puits-methane
    Bilan des émissions et puits de méthane entre 2010 et 2019 d’après les données satellitaires, exprimées en Tg CH4 an⁻¹
    Crédit : Global Carbon Project, Global Methane Budget 2024 —
    CC BY 4.0. – Licence : CC BY 4.0

    Sur la période 2010-2019, les inversions atmosphériques estiment les émissions mondiales totales de méthane à environ 575 Mt CH4 par an. Environ 65 % sont attribuées directement aux activités humaines et 35 % aux sources naturelles. Les estimations dites « bottom-up » donnent un total plus élevé, principalement en raison des fortes incertitudes sur certaines sources naturelles comme les zones humides et les eaux continentales.

    Le bilan du méthane est plus complexe que celui du CO2 : de nombreuses sources naturelles et anthropiques se superposent géographiquement et les incertitudes restent importantes, notamment pour les zones humides, les lacs, les rivières et certaines sources géologiques.

    Emissions anthropiques de CH4 : historique, évolution et projections

    Emissions anthropiques mondiales de CH4 et projection SSP3-7.0 jusqu’en 2100. Les points 2005 et 2015 représentent respectivement les moyennes des décennies 2000-2009 et 2010-2019 d’après les estimations ascendantes (« bottom-up ») ; le point 2020 correspond à une estimation annuelle par inversion atmosphérique (« top-down »), de 392 Mt. Le changement de méthode empêche d’interpréter ces trois valeurs comme une série annuelle parfaitement homogène.
    Données historiques : Global Methane Budget 2024 (CC BY 4.0) et Saunois et al. (2025). Projection : scénario SSP3-7.0, ScenarioMIP / CMIP6 (CC BY-SA 4.0). Graphique adapté par notre–planete.info.


    Les satellites révèlent un méthane sous-estimé dans les inventaires nationaux

    Une étude de James D. East, Daniel J. Jacob et leurs collègues, publiée en décembre 2025 dans Nature Communications, a utilisé l’outil ouvert Integrated Methane Inversion (IMI 2.0) pour analyser les émissions de méthane de 161 pays en 2023. Les chercheurs ont confronté les inventaires transmis à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) aux concentrations observées par les satellites, à l’aide de modèles de transport atmosphérique. Cette approche permet de réévaluer les émissions avec une résolution pouvant atteindre 25 km.

    Emissions de méthane anthropique mondial en 2023 : 375 Mt CH4/an.

    Estimations par IMI, contre 326 Mt dans les inventaires nationaux, soit +15 % (49 Mt supplémentaires comptabilisées)

    Le calcul compare deux estimations portant sur la même année, 2023 : (375 − 326) / 326 × 100 ≈ 15 %. La fourchette d’estimation des émissions anthropiques IMI est de 299 à 392 Mt CH4/an, selon les variantes du modèle étudiées par les auteurs.

    Comparaison des émissions anthropiques mondiales de CH4 en 2023 (Mt CH4/an). La barre d’incertitude (299 à 392 Mt) représente la plage de l’ensemble d’inversions publiée pour IMI ; ce n’est pas un intervalle de confiance statistique de 95 %. Source : East et al. (2025), Nature Communications. Graphique adapté par notre–planete.info.

    L’écart avec les inventaires nationaux varie beaucoup selon le secteur. L’étude relève notamment les différences suivantes pour 2023 :

    Ecart relatif entre les estimations IMI et les inventaires nationaux, par secteur, en 2023. Il ne s’agit pas de parts dans le total des émissions. Source : East et al. (2025).
    Secteur Estimation IMI par rapport aux inventaires
    Pétrole et gaz naturel +32 %
    Riziculture +26 %
    Elevage +17 %
    Déchets +16 %
    Charbon −24 %

    Les écarts ne sont pas uniformes d’un pays à l’autre : dans 44 pays, l’estimation par inversion dépasse les chiffres déclarés de plus de 50 %. Les chercheurs soulignent que des sources comme les réservoirs hydroélectriques sont souvent absentes des déclarations nationales. Les résultats de l’IMI montrent pourquoi les émissions réelles dépendent aussi des pratiques d’exploitation, par exemple des fuites sur les installations pétrolières et gazières.

    L’analyse IMI de 2023 et le Global Methane Budget, présenté plus haut, reposent sur des ensembles de données et des méthodes distincts. Les satellites ne suffisent pas, à eux seuls, à attribuer toutes les émissions : la couverture nuageuse, les zones humides, les transports atmosphériques et la qualité des inventaires introduisent des incertitudes. Une amélioration du comptage peut faire augmenter une estimation sans que les émissions physiques aient augmenté.

    Pour examiner les estimations selon les pays et les secteurs : visualisation interactive de l’Integrated Methane Inversion. En complément : analyse de l’université Harvard (2 novembre 2026). L’outil est notamment utilisé pour améliorer le suivi des engagements climatiques et la préparation des inventaires nationaux.

    Des émissions de méthane inégalement réparties dans le monde

    Entre 2000 et 2020, l’augmentation mondiale des émissions anthropiques de méthane provient en grande partie de la Chine, de l’Asie du Sud, de l’Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient. Les causes diffèrent selon les régions : exploitation du charbon en Chine, agriculture et déchets en Asie du Sud, ou encore pétrole, gaz et déchets au Moyen-Orient.

    En 2022, les cinq principaux émetteurs anthropiques en volume étaient la Chine (environ 16 % du total mondial), l’Inde (9 %), les États-Unis (7 %), le Brésil (6 %) et la Russie (5 %). L’Union européenne représentait environ 4 %.

    Les observations satellitaires permettent de mieux détecter les fuites et « super-émetteurs » de méthane, notamment dans les secteurs pétrolier, gazier, charbonnier et dans certaines installations de traitement des déchets.

    L’Europe et l’Australie/Nouvelle-Zélande sont les deux grandes régions qui ont réduit leurs émissions anthropiques de méthane au cours des deux dernières décennies. En Europe, la baisse provient surtout des déchets, puis des combustibles fossiles et de l’agriculture.

    Notes

    1. Les émissions anthropiques sont celles directement liées aux activités humaines : agriculture, déchets, exploitation et utilisation des combustibles fossiles, combustion de biomasse et de bioénergies.
    2. Le pouvoir de réchauffement global (PRG) compare l’effet climatique cumulé d’un gaz à celui du CO2 sur une période donnée. Dans le 6e rapport du GIEC, le PRG à 100 ans du CH4 est estimé à environ 27 pour le méthane d’origine microbienne et 29,8 pour le méthane d’origine fossile.
    3. Le SSP3-7.0 est un scénario de fortes émissions associé à un monde marqué par des rivalités régionales. Ce n’est pas une prévision mais un scénario possible utilisée pour étudier les conséquences d’émissions durablement élevées : le réchauffement mondial médian y atteint environ 3,6 °C en 2081-2100 par rapport à 1850-1900.



    Source link

    Must Read

    spot_img