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© Jean-Pierre Bazard / Wikimedia – Licence : CC BY-SA
Chaque année, pour le nouvel an, une vente aux enchères unique se tient sur le plus important marché aux poissons du monde à Tokyo (Japon). Cet évènement, devenu touristique, voit la vente de thons rouges du Pacifique, des poissons de plusieurs centaines de kilos dont les prix atteignent plusieurs millions d’euro !
Si le marché typique de Tsukiji (Tokyo) a fermé ses portes en 2018, la traditionnelle vente aux enchères du Nouvel An se poursuit dorènavant dans le nouveau et gigantesque marché de Toyosu situé à proximité. Avec une superficie de plus de 40 hectares (près de 60 terrains de football), il s’agit tout simplement du plus gros marché de poissons et de fruits de mer du monde et les prix qui y sont négociés influencent les plus grandes criées du monde.
La vente aux enchères de thon rouge du Pacifique – un mastodonte des mers pouvant peser jusqu’à 550 kg – est prisée des propriétaires de chaînes de restaurants qui déboursent des sommes considérables pour en cuisiner des sushis.
En 2013, Kiyomura KK, une chaîne de sushi, basée à Tokyo, a acheté aux enchères un thon de 222 kg à un prix record de 155,4 millions de yens (1,31 millions d’euros), une somme astronomique qui montre à quel point le thon, surpêché est devenu extrêmement rare.
L’acheteur, le président Kiyoshi Kimura, a déclaré dans une interview qu’il permettrait de cuisiner 10 000 pièces de sushi pour ses restaurants Sushi Zanmai. Toutefois, le montant astronomique de cette transaction ne permettra pas à cette chaîne de restauration de rentrer dans ses frais, car au–delà du simple prix du sushi qui devrait être en théorie de 131 euros, il faut y ajouter les charges, les salaires… En fait, les sushis seront proposés à des prix classiques. « Il y a des difficultés politiques, mais les clients japonais et chinois viennent dans nos restaurants et ce que nous souhaitons c’est que tout le monde puisse profiter de nos sushis. » a ajouté Kiyoshi Kimura.
Si la consommation de poissons au Japon a nettement diminué (plus de 70 kg/an dans les années 1980–1990), les Japonais restent les plus gros mangeurs de poissons au monde avec une consommation moyenne d’environ 45 kg par habitant et par an, soit plus de 120 g de poisson par jour. La consommation moyenne mondiale est de 56 g par jour selon la FAO (Faostat/Helgi Library)
Et chaque année, le prix du thon ne faiblit pas comme en témoigne le record battu début lors de l’enchère du Nouvel An 2026 : 2,8 millions d’euros pour un thon rouge de 243 kilos ! Un record historique sur le marché de Tokyo pour les enchères.
Quelques prix de vente du thon rouge du Pacifique
| Année | Poids du thon | Prix total du thon | Prix au kilo | Acheteur |
|---|---|---|---|---|
| 2013 | 222 kg | 1,31 million d’euro | 6 000 euro / kg | Kiyoshi Kimura |
| 2014 | 230 kg | 51 000 euro | 222 euro / kg | Kiyoshi Kimura |
| 2017 | 405 kg | 240 000 euro | 592 euro / kg | Hiroshi Onodera, propriétaire de la chaîne de restaurants « Ginza Onodera » |
| 2019 | 278 kg | 2,7 million d’euro | 9 712 euro / kg | Kiyoshi Kimura |
| 2020 | 276 kg | 1,59 million d’euro | 5 760 euro / kg | Kiyoshi Kimura |
| 2026 | 243 kg | 2,8 million d’euro | 11 522 euro / kg | Kiyoshi Kimura propriétaire de la chaîne de restaurants Sushi Zanmai |
Des prix vertigineux qui trahissent un effondrement des populations de thons
Ces ventes exceptionnelles ne peuvent s’effectuer qu’aux enchères, tellement la demande est forte. Les prix astronomiques qui sont négociés sont la traduction directe d’une raréfaction dramatique des thons.
Les évaluations montrent que la population de thon rouge du Pacifique s’est effondré entre les années 1990 et 2010, atteignant un minimum historique autour de 2010 après des décennies de pêche intense et non durable.
En effet, selon les évaluations des stocks pour le thon rouge du Pacifique, les « stocks » se sont effondrés (- 72 % ) en seulement 50 ans avec un niveau historiquement bas en 2010, depuis les populations semblent légèrement se reconstituer.
Depuis 2011, avec des mesures de gestion plus strictes, la biomasse reproductrice a augmenté et a dépassé le deuxième objectif de reconstitution (20 % du niveau sans pêche) en 2021–2022. La dernière évaluation de 2024 montre que le stock n’est plus considéré comme surexploité ni soumis à une surpêche, selon les références scientifiques usuelles.
Cela signifie que la population repart lentement à la hausse, mais reste encore loin de niveaux historiquement sains et sous une pression de pêche encore significative.
Les scientifiques estiment qu’il n’y a qu’un seul stock de thon rouge du Pacifique qui fraie dans les eaux entre les Philippines et le Japon avant de migrer sur une distance de plus de 11 100 kilomètres vers le Pacifique Est pour retourner ensuite dans ses eaux de naissance afin de frayer de nouveau.
Le Japon est le premier pêcheur mondial de thons, suivi par le Mexique, les USA, la Corée et la Chine.
La plupart des espèces à longue vie ayant une valeur économique sont considérées comme menacées. Elles atteignent la maturité plus tard que les espèces à vie courte et leur cycle de reproduction est plus long ; en conséquence, le rétablissement de la population après une période de déclin prend plus du temps. Comme les thons sont au sommet de la chaîne alimentaire pélagique, la réduction des populations de ces prédateurs peut porter atteinte à d’autres espèces essentielles à l’équilibre de l’écosystème marin et économiquement importantes comme sources de nourriture.
« Malgré ces découvertes, certains pays pêchent encore le thon rouge du Pacifique dans les zones de frai et d’alevinage connues du Pacifique Ouest. Les mesures de gestion actuelles dans le Pacifique Ouest ne limitent pas l’ensemble des prises et ne constituent pas une garantie de durabilité à long terme de cette pêche. » précise le PEW Environnement Group
Malheureusement, comme tout ce qui est rare et demandé est cher, ces ventes records attisent encore un peu plus la « soif du thon » avec à la clé, l’espoir de gagner des centaines de millions de Yen.
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