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Auteur : NOAA/NWS Climate Prediction Center – Licence : DR
Le Pacifique tropical se réchauffe à une vitesse spectaculaire. Les prévisions convergent désormais vers un El Niño exceptionnellement puissant à la fin de 2026, avec une possibilité réelle de battre les records modernes. À des milliers de kilomètres du phénomène, l’Europe pourrait elle aussi en ressentir les effets. Mais contrairement à d’autres régions du monde, son hiver ne peut pas être déduit simplement de la température du Pacifique.
Un El Niño qui pourrait entrer dans l’histoire
Le signal est suffisamment inhabituel pour que les climatologues emploient désormais des termes rarement utilisés. Selon la NOAA américaine, El Niño est déjà installé et continue de se renforcer. L’agence estime à plus de 90 % la probabilité qu’il atteigne la catégorie « très forte » durant l’automne et l’hiver 2026-2027.
Plus frappant encore : pour la période d’octobre à décembre, la NOAA évalue à 69 % la probabilité que son intensité dépasse celle de tous les El Niño de sa série de référence remontant à 1950. Son indice RONI pourrait alors atteindre ou dépasser +2,5 °C.
Le RONI (Relative Oceanic Niño Index) est l’indice utilisé depuis 2026 par la NOAA pour suivre officiellement El Niño et La Niña. Il mesure, sur une moyenne de trois mois, à quel point la région Niño 3.4 du Pacifique équatorial est plus chaude ou plus froide que l’ensemble des tropiques. Plus la valeur s’éloigne de zéro, plus l’épisode est intense.
Le Met Office britannique obtient des projections encore plus extrêmes avec son système de prévision à longue échéance : certains scénarios font dépasser 3 °C d’anomalie de température dans la région Niño 3.4 du Pacifique équatorial. Un El Niño de +2 °C est déjà considéré comme exceptionnel.
El Niño 2026, vraiment « le pire depuis 155 ans » ?
Cette formule, largement reprise sur les réseaux sociaux et certains sites d’information, demande une sérieuse nuance. Les différentes bases climatiques ne remontent pas toutes aussi loin et les mesures océaniques du XIXe siècle sont beaucoup plus incertaines que celles réalisées aujourd’hui par satellites, bouées et navires.
La NOAA se contente donc d’affirmer qu’un record depuis 1950 est possible. Le Met Office va plus loin : il estime que 2026 pourrait produire le plus grand El Niño « de mémoire d’homme » et probablement le plus important depuis le XIXe siècle.
Autrement dit, parler dès maintenant du « plus puissant El Niño depuis 155 ans » reste excessivement affirmatif. Il s’agit encore d’une prévision : le phénomène devrait atteindre son maximum entre la fin de 2026 et le début de 2027.
Mais qu’est-ce qu’El Niño exactement ?
El Niño est la phase chaude d’un gigantesque balancier naturel du système océan-atmosphère du Pacifique appelé ENSO. Lorsque les alizés faiblissent, les eaux chaudes habituellement accumulées vers l’ouest du Pacifique se déplacent vers le centre et l’est. La température de surface augmente alors sur des millions de kilomètres carrés.
Le phénomène ne se contente pas de réchauffer l’océan. Cette immense masse d’eau chaude modifie les zones de convection tropicale, les précipitations et, de proche en proche, la circulation de l’atmosphère à l’échelle planétaire. C’est ce que les climatologues appellent des « téléconnexions » : une anomalie dans le Pacifique peut finir par modifier les probabilités de sécheresse, de pluie ou de tempêtes à des milliers de kilomètres.
Automne 2026 : davantage de pluie et de perturbations en Europe ?
L’Europe est justement l’une des régions où ces téléconnexions sont les plus complexes. Pour les prochains mois, un premier signal commence néanmoins à apparaître.
Les prévisions saisonnières de Copernicus indiquent actuellement une probabilité accrue d’un automne plus humide que la normale dans l’ouest et le sud de l’Europe. Le Met Office estime de son côté qu’El Niño devrait augmenter le risque de conditions plus humides et plus perturbées dans le nord-ouest de l’Europe, Royaume-Uni compris, pendant l’automne et le début de l’hiver.
La France, la Belgique et leurs voisins pourraient donc connaître davantage de passages perturbés atlantiques si cette configuration se confirme. Les prévisions saisonnières privilégient également des températures supérieures aux normales sur une grande partie du continent.
Mais il s’agit de probabilités, pas d’une prévision météo permettant d’annoncer dès aujourd’hui un automne pluvieux à Paris ou des tempêtes à Bruxelles.
Et pour l’hiver en Europe : douceur, tempêtes… ou froid ?
C’est ici que l’histoire se complique. Contrairement à l’Amérique du Nord ou à certaines régions tropicales, l’Europe ne possède pas une réponse simple et constante à El Niño.
Les données historiques montrent que l’influence peut même évoluer au cours d’un même hiver. En novembre et décembre, El Niño peut favoriser certaines configurations de circulation atmosphérique sur l’Atlantique Nord. En janvier et février, cette téléconnexion change et peut produire un signal différent.
Le courant-jet atlantique, l’état de l’océan Atlantique, l’oscillation nord-atlantique, la banquise arctique ou encore les vents de la stratosphère peuvent prendre le dessus. Deux El Niño de force comparable peuvent donc être accompagnés de deux hivers européens radicalement différents.
Un « super El Niño » ne permet donc absolument pas d’annoncer dès maintenant un « hiver du siècle » en France ou en Belgique.
Des sécheresses aux pluies diluviennes : un impact mondial très contrasté
Hors d’Europe, les conséquences d’un El Niño aussi puissant pourraient être beaucoup plus nettes. Les modèles et les épisodes passés indiquent un risque accru de sécheresse et de chaleur en Australie, en Indonésie, dans une partie de l’Asie du Sud-Est, en Inde, en Amérique centrale et dans certaines régions tropicales d’Amérique du Sud. Cela peut fragiliser les récoltes, réduire les ressources en eau et favoriser les incendies de végétation. À l’inverse, d’autres régions, notamment certaines parties de la côte pacifique de l’Amérique du Sud et du sud des États-Unis, peuvent connaître davantage de pluies intenses et d’inondations. L’Organisation météorologique mondiale souligne toutefois qu’aucun El Niño ne reproduit exactement le précédent : il modifie avant tout les probabilités d’événements extrêmes.
Son influence pourrait aussi se faire sentir sur les cyclones tropicaux et la température mondiale. El Niño tend notamment à renforcer le cisaillement des vents au-dessus de l’Atlantique tropical, ce qui peut freiner la formation des ouragans dans ce bassin, tandis que l’activité cyclonique peut augmenter ailleurs dans le Pacifique. Surtout, un épisode très intense libère davantage de chaleur de l’océan vers l’atmosphère. Le Met Office estime ainsi que son pic hivernal pourrait contribuer, avec le réchauffement climatique de fond, à faire de 2027 une nouvelle année record de chaleur mondiale.
El Niño : un phénomène naturel sur une planète beaucoup plus chaude
Une autre question inquiète les climatologues : ce très puissant El Niño se développe alors que la planète est déjà exceptionnellement chaude sous l’effet de l’accumulation des gaz à effet de serre.
El Niño ne provoque pas le réchauffement climatique. C’est une oscillation naturelle. Mais lors des épisodes intenses, l’océan Pacifique restitue davantage de chaleur à l’atmosphère et peut temporairement faire monter la température moyenne mondiale.
Le phénomène agit donc aujourd’hui sur un climat dont le niveau de départ est beaucoup plus élevé qu’au XXe siècle. Le Met Office estime ainsi que 2027 pourrait dépasser 2024 et devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée, notamment parce que les effets d’un puissant El Niño sur la température mondiale se manifestent souvent avec quelques mois de décalage.
Un géant climatique encore sous surveillance
À la fin août 2026, une chose est donc acquise : El Niño se renforce rapidement et les grands centres de prévision convergent vers un épisode exceptionnel. Ce qui reste inconnu, c’est jusqu’où il ira.
S’il atteint les valeurs actuellement envisagées par certains modèles, El Niño 2026-2027 pourrait devenir une référence climatique pour les décennies à venir. Pour l’Europe, son empreinte sera probablement plus subtile qu’ailleurs : davantage de chances de certaines configurations météorologiques, mais aucune garantie de pluie, de douceur, de froid ou de tempêtes.
C’est précisément ce qui rend la situation scientifiquement fascinante : l’un des phénomènes climatiques les plus puissants de la planète est en train de se développer sous nos yeux, sur une Terre plus chaude que lors de tous les grands El Niño du siècle dernier. Et son histoire n’est pas encore écrite…
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