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Avec la dématérialisation de nombreux services et la multiplication de nouveaux usages, Internet voit sa consommation énergétique croître de manière exponentielle. Mails, web, messageries, cryptomonnaies, IA, streaming… Quelles sont leurs consommations d’énergie et leurs émissions de carbone ?
Surfer sur le web, lire et envoyer ses mails, faire une requête sur un moteur de recherche ou interroger une IA générative, jouer en ligne contribuent également à l’émission de gaz à effet de serre, pas seulement à cause du stockage et des calculs effectués dans les centres de données mais aussi à cause de la conception des sites web, des habitudes des internautes, de la publicité…
Le secteur du numérique est à l’origine d’environ 4,5 % des émissions totales de gaz à effet de serre (GES) dans le monde en 2023 – davantage que le trafic aérien – et de 5,3 % de la consommation mondiale d’énergie primaire. 44 % de cette empreinte serait due à la fabrication des terminaux, des centres informatiques et des réseaux et 56 % à leur utilisation.
En France, la croissance des émissions de GES du numérique en France est plus rapide que la moyenne mondiale avec environ 20 MtCO2eq d’émissions en 2023, soit 4,55 % du total des émissions. Si aucune mesure n’est prise, le numérique pourrait représenter jusqu’à 34 MtCO2eq d’ici 2040, soit 9 % des émissions totales de GES en France.
Les data center consomment environ 2 % de l’électricité dans le monde. Cela représente environ 1 000 TWh d’électricité, soit l’équivalent de la consommation électrique annuelle de la France et de l’Allemagne réunies. Et ils émettent plus de CO2 que le trafic aérien (environ 3 % des émissions de gaz à effet de serre). Bien sûr, les grandes entreprises qui possèdent des data center (Equinix, Digital Realty, NTT Global Data Centers, CyrusOne, GDS Holdings…) font des efforts pour compenser leurs émissions ou exploiter des sources d’énergies renouvelables comme Google qui a annoncé dès 2017 que 100 % de son électricité provenait d’énergies renouvelables tout en présentant un bilan carbone neutre. Citons également Amazon qui a lancé 39 nouveaux projets d’énergie renouvelable en Europe en 2023 et rendu possibles plus de 160 projets éoliens et solaires dans 13 pays d’Europe. Au total, ces projets devraient fournir 5,8 GW d’énergie, soit l’équivalent de la consommation d’électricité de plus de 3,2 millions de foyers européens sur un an.
En 2023, le secteur informatique représentait environ 10 % de la consommation mondiale d’électricité contre 7 % en 2016 (ADEME). Elle devrait passer à 20 % en 2030 selon une étude publiée dans Challenges en 2015.
L’impact environnemental d’une recherche sur le web
Google reconnaît qu’une simple requête sur son moteur de recherche nécessite autant d’énergie qu’une lampe de 60 watts allumée pendant 17 secondes (soit 0,283 Wh) et émet environ 0,1 gramme de CO2. Cela semble peu mais Google traite environ 8,6 milliards de requêtes par jour, selon les estimations de 2024. Ce qui représente l’émission de 850 tonnes de CO2 par jour, soit l’équivalent d’un aller-retour Paris-New-York en avion toutes les deux minutes.
L’impact environnemental d’un envoi de mail
Envoyer un simple mail entraîne l’émission de 4g de CO2, et de 20 à 50g avec une pièce jointe. Or, près de 350 milliards de mails sont envoyés chaque jour…
On considère que 25 % à 30 % des mails contiennent une pièce jointe, cela correspond à une moyenne d’environ 35 g de CO2 par e-mail avec pièce jointe selon l’ADEME. Donc environ 105 milliards de mails émettent 35 g de CO2 et le reste (245 milliards) 4g, ce qui représente environ 4,65 millions de tonnes de CO2 par jour. A comparer aux 2,5 millions de tonnes de CO2 émises chaque jour par le secteur de l’aviation civile selon les chiffres de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en 2023.
L’impact environnemental du streaming
En 2023, le streaming vidéo captait environ 80 % du trafic web mondial : un poids lourd de la dépense énergétique et des émissions carbone que nous étudions plus en détail dans notre article dédié.
L’impact environnemental des cryptomonnaies
Selon une étude dirigée par les Nations Unies, le minage de Bitcoin a des impacts « très préoccupants » sur les terres, l’eau, en plus du carbone. Nous détaillons ces conséquences dans un article dédié.
L’impact environnemental de l’Intelligence Artificielle (IA)
L’émergence de ChatGPT fin 2022 avec l’arrivée de l’intelligence artificielle générative a entamé une véritable révolution sur le web mais aussi dans tous les outils numériques d’aide à la décision et à la création. Les répercussions à venir seront colossales et nous touchent déjà directement dans notre quotidien, la recherche scientifique, économique devrait s’accélérer significativement tout en entraînant une très importante destruction d’emplois, notamment dans les secteurs de l’informatique (création digitale, administratif…).
L’intelligence artificielle générative est destinée, comme son nom l’indique, à générer (créer) du contenu. Cela comprend les chatbots devenus si populaires, tels que le célèbre ChatGPT d’OpenAI, Google Gemini ou Microsoft Copilot. Et c’est aussi des générateurs d’images populaires, tels que Midjourney, Stable Diffusion ou Shedevrum de Yandex. Leur objectif est de simplifier le travail et la créativité des gens en réduisant les processus routiniers.
Les besoins en énergie de l’IA ne cessent de croître, mettant sous pression les réseaux électriques, augmentant les émissions de carbone et aggravant les problèmes environnementaux.
Ainsi, une seule requête sur ChatGPT consommerait environ 2,9 Wh et émettrait 1,38 g de carbone, soit environ dix fois plus qu’une recherche typique sur Google (0,3 Wh) et sept fois plus en termes d’émissions de carbone (vu l’efficacité énergétique de Google).
Avec 100 millions d’utilisateurs actifs par semaine posant en moyenne 15 questions chaque semaine, cela conduit à une consommation d’environ 226,82 millions de kWh par an. En effet, fin 2025, ChatGPT s’était déjà imposé comme le deuxième plus grand « moteur de recherche » au monde derrière Google avec 9 % de part de marché ().
Cela dit, il serait réducteur de s’en tenir à cette simple comparaison entre une requête sur un moteur de recherche et une requête sur un outil linguistique comme ChatGPT. En effet, une recherche sur Google n’est que début d’une exploration laborieuse alors que bien souvent, une question sur ChatGPT permet d’obtenir une réponse très satisfaisante du premier coup !
Pour une requête sur Google, combien de sites doivent-ils être visités, combien de pages doivent être vues, bourrées de scripts, de pub et d’images lourdes pour obtenir enfin une réponse plus ou moins pertinente ?
Avec la baisse généralisée de la qualité des sites web et de la pertinence des résultats de Google, un outil linguistique permet de gagner beaucoup de temps et éviter bien des chargements de sites web sans intérêt.
Selon une >analyse de Sistrix de janvier 2026, seulement 22 % des prompts sur ChatGPT déclenchent réellement une recherche Web pour approfondir des sources et des informations de fond. Les 78 % restants des réponses sont générées par le modèle à partir de ses connaissances statiques et entraînées.
Plutôt que de se focaliser uniquement sur la consommation brute de l’IA, il faut prendre en compte l’ensemble du processus : si une seule requête ChatGPT remplace plusieurs recherches Google et évite des chargements inutiles, alors son impact énergétique pourrait être bien plus faible qu’il n’y paraît. En outre, les nouvelles générations de modèles d’IA sont conçues pour être plus efficaces énergétiquement. Des techniques comme la quantification, le fine-tuning ciblé et l’utilisation de modèles plus petits et spécialisés réduisent leur empreinte énergétique.
La responsabilité de l’internaute
Le projet Web Energy Archive avait montré en 2015 que le type de client, les logiciels que nous utilisons et les sites que nous visitons sont déterminants dans la consommation d’énergie.
- l’appareil (ou client) utilisé : l’ordinateur consomme davantage (environ 50 Wh pour 1 000 pages visités) que les tablettes et les smartphones (environ 9 Wh pour 1000 pages visitées) ;
- le navigateur employé : Chrome, le plus énergivore (en terme de CPU et RAM) est aussi le plus utilisé (58 % des internautes français), tandis que Firefox et Edge moins gourmands, sont les moins utilisés (5 % de part de marché chacun environ) selon les données de SimilarWeb ;
- les types de sites visités : plus ou moins d’images, de vidéos, d’affichages publicitaires, scripts, présence d’un système de cache des données…
L’étude s’est basée sur des centaines de sites français pour déterminer quels étaient les sites web qui consommaient le plus d’énergie. Web Energy Archive a observé que la consommation en énergie des sites web pouvait varier entre 10 et 250 mWh. Web Energy Archive a ainsi pu faire un classement des sites web français selon leur consommation d’énergie :
- Les sites web à éviter : les journaux people telle que Femme Actuelle, Closer, mais aussi des médias comme l’Equipe, France Info, le Parisien, La Chaîne Météo, qui font partie des 10 sites français les plus énergivores ;
- Les sites web « verts » : Légifrance, Le bon coin, Logifrance, les pages jaunes, Service-public, Voilà, la Caisse d’Epargne appartiennent aux sites français les moins énergivores.
Ainsi, créer des sites « écologiques » pourraient permettre d’économiser 20 à 25 % d’énergie, notamment au niveau de la batterie des appareils qui les lisent. En effet, avec ce type de site, une heure de consultation de pages web, permettrait une économie de plus de 10 % sur l’autonomie de la batterie et, au bout de 10 jours, un cycle de recharge en moins.
Selon le Website Carbon Calculator, notre-planete.info est 84 % plus « propre » que le reste du web : seulement 0,16 g de CO2 est émis chaque fois qu’une personne visite une page du site (c’est 2x moins que le site web du journal Le Monde et 7x moins que le site web du journal Liberation qui a une note catastrophique). Et ce n’est pas un hasard, nous avons minutieusement codé notre-planete.info pour qu’il soit léger, rapide et efficace, donc sans utilisation de CMS.
Si pour les utilisateurs, il n’est pas toujours évident de réduire leur consommation, c’est surtout aux webmasters de faire en sorte que leur site devienne moins consommateur d’énergie. Comment ? En réduisant / optimisant les images, en évitant les CMS, les animations et scripts inutiles, en limitant les affichages publicitaires… Des recommandations malheureusement en totale contradiction avec les usages actuels et à venir du web et qui suscitent quasiment aucun intérêt comme en témoigne le peu de mobilisation sur le forum de discussions du W3C dédié à cette problématique.
La consommation d’énergie liée au web : à nuancer ?
Pour Frédéric Bordage, co-fondateur de l’Alliance Green IT (AGIT), l’enjeu est ailleurs puisque la consommation d’énergie liée au surf reste marginale face à celle nécessaire pour le fonctionnement des équipements (clients) utilisés pour aller sur Internet. En effet, lorsque l’on visite un site web, 80 % de l’énergie dépensée provient de l’ordinateur (ou tablette, smartphone…), 20 % du navigateur web.
De surcroît, c’est l’énergie grise, l’eau virtuelle et les matériaux nécessaires (extraction et transformation) à leur fabrication qui sont très coûteux en ressources et très polluants.
Selon Frédéric Bordage, la fabrication des équipements représente déjà près d’un tiers de la consommation d’énergie.
Le véritable levier est donc d’augmenter au maximum la durée de vie de nos équipements électroniques pour surfer. Il faut donc limiter l’obsolescence des produits et appareils en les utilisant jusqu’au bout de leurs capacités. La responsabilité incombe donc plutôt aux fabricants de matériels électroniques et aux webmasters qui doivent concevoir des sites web épurés et éco-conçus de manière à ce qu’ils soient lisibles sur des équipements plus anciens, nous explique Frédéric Bordage.
La responsabilité de l’hébergeur
En outre, ce projet ne prend pas en compte l’efficacité énergétique du data center où se trouve le serveur qui héberge le site web. Il faudrait donc prendre en compte d’autres éléments, comme par exemple :
- la qualité des composants électroniques du serveur et leur consommation ;
- le système de refroidissement utilisé dans les centres de données (consommation en eau, en électricité…) ;
- la provenance de l’énergie consommée dans les centres de données[2] utilisés.
Dans ce dernier cas, l’utilisation d’énergies renouvelables, que ce soit pour les utilisateurs, au niveau du réseau mais aussi des centres de données, reste la solution la plus écologique.
Enfin, ce tableau succinct devrait être complété par une analyse de l’impact énergétique et environnemental des réseaux sociaux, des sites web (souvent surchargés de scripts, d’images lourdes et de pub), des plate-forme vidéo et des messageries (WhatsApp…) alors que l’on force de plus en plus à abandonner les SMS pour des RCS bien plus énergivores…
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