Les basaltes lunaires rapportĂ©s par la mission chinoise Chang’e-6 portent une signature chimique inattendue. Leurs isotopes du potassium sont notablement plus lourds que ceux des Ă©chantillons des missions Apollo ou des mĂ©tĂ©orites lunaires.
Cette anomalie signale les conditions extrĂȘmes de l’impact qui a formĂ© le bassin PĂŽle Sud-Aitken, la plus vaste structure d’impact de la Lune. Les scientifiques estiment que cette collision a vaporisĂ© d’Ă©normes quantitĂ©s de roche, laissant une empreinte isotopique distinctive. L’Ă©tude a Ă©tĂ© publiĂ©e dans le Proceedings of the National Academy of Sciences.

Crédit: Agence Spatiale Nationale Chinoise et Académie des Sciences Chinoises
Le bassin PĂŽle Sud-Aitken s’Ă©tend sur environ 2 500 kilomĂštres sur la face cachĂ©e de la Lune. Il a Ă©tĂ© créé par un impact d’astĂ©roĂŻde massif il y a plusieurs milliards d’annĂ©es. Cet Ă©vĂ©nement n’a pas seulement creusĂ© une immense dĂ©pression, il a aussi gĂ©nĂ©rĂ© une chaleur et une pression colossales.
Le potassium est un Ă©lĂ©ment modĂ©rĂ©ment volatil, ce qui signifie qu’il peut se transformer en gaz Ă haute tempĂ©rature. Lors d’un impact gĂ©ant, la chaleur peut faire Ă©vaporer le potassium. Les isotopes lĂ©gers s’Ă©vaporent plus facilement, laissant derriĂšre eux une proportion plus Ă©levĂ©e d’isotopes lourds. Ce fractionnement isotopique agit comme un thermomĂštre et un manomĂštre pour les collisions. Les scientifiques peuvent reconstituer la tempĂ©rature et l’Ă©chelle de l’impact.
Les Ă©chantillons de Chang’e-6 montrent exactement ce schĂ©ma, confirmant que la formation du bassin SPA a Ă©tĂ© exceptionnellement Ă©nergĂ©tique. Les rĂ©sultats ont montrĂ© une augmentation moyenne du potassium lourd d’environ 0,16 partie pour mille par rapport aux basaltes d’Apollo. Cette diffĂ©rence peut sembler infime, mais elle est trĂšs significative en gĂ©ochimie isotopique.

Crédit: Image par le Prof. Hengci Tian
Pour s’assurer que l’anomalie isotopique provenait de l’impact, l’Ă©quipe a testĂ© trois explications alternatives. L’exposition aux rayons cosmiques peut altĂ©rer les isotopes, mais l’effet Ă©tait trop faible. Les processus magmatiques internes Ă la Lune n’ont pas non plus pu produire un signal aussi fort. La contamination mĂ©tĂ©oritique par l’impacteur lui-mĂȘme a Ă©tĂ© envisagĂ©e, mais le schĂ©ma isotopique ne correspondait pas. Ne laissant que l’impact comme cause la plus vraisemblable.
Les chercheurs ont conclu que seule la chaleur extrĂȘme de l’impact gĂ©ant pouvait expliquer l’enrichissement isotopique observĂ©.
