More
    AccueilStrategyVedette🌴 Les baobabs millénaires d'Afrique meurent les uns après les autres

    🌴 Les baobabs millénaires d’Afrique meurent les uns après les autres


    46 K lectures / 11 réactions Mis à jour le

    baobab-tornade-desert
    © Dorothe – Licence : Pixabay

    L’Afrique abrite l’un des plus vieux et le plus imposant des arbres au monde : le baobab. Alors qu’il peut vivre plusieurs milliers d’années, le réchauffement climatique et l’extension urbaine ne lui laissent aucune aucune chance : près d’une dizaine des plus anciens baobabs de notre planète sont morts en seulement quelques années.

    Le baobab d’Afrique (Adansonia digitata) est l’un des arbres les plus massifs et les plus longévifs de la planète. Il compte notamment parmi les angiospermes, ou plantes à fleurs, les plus imposantes connues et certains individus peuvent dépasser 2 000 ans. On le trouve naturellement dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, mais il a également été introduit dans d’autres régions tropicales.

    Parmi les organismes arborés les plus anciens connus figure Old Tjikko, un épicéa de Suède dont le système racinaire est âgé d’environ 9 550 ans. Le tronc visible aujourd’hui est cependant beaucoup plus jeune : l’organisme s’est renouvelé par reproduction végétative au cours des millénaires.

    Entre 2005 et 2017, une équipe internationale de chercheurs provenant notamment de Roumanie, des Etats-Unis et d’Afrique du Sud a sondé et daté pratiquement tous les très gros baobabs africains connus et potentiellement très âgés, soit plus de 60 individus au total. Objectif : mieux comprendre leur architecture exceptionnelle et la manière dont les baobabs deviennent aussi massifs. Les chercheurs ont ainsi collecté des données sur leur circonférence, leur taille, leur volume et leur âge.

    Mais, durant leurs 12 années de recherches, ils se sont aperçus de manière « inattendue et intrigante » que plusieurs des plus vieux et des plus gros baobabs étudiés étaient morts ou avaient subi l’effondrement de leurs parties les plus anciennes. Les cas les plus spectaculaires ont été observés en Afrique australe, notamment en Afrique du Sud, au Botswana, en Zambie, en Namibie et au Zimbabwe.

    Ainsi, parmi les 13 baobabs les plus vieux étudiés, 4 étaient entièrement morts et 5 autres avaient perdu leurs tiges ou leurs parties les plus anciennes au cours de la période d’étude. Certains de ces arbres avaient entre 1 100 et près de 2 500 ans. « Nous avons constaté que 9 des 13 arbres les plus âgés sont morts ou que leurs parties les plus anciennes se sont effondrées et sont mortes au cours des 12 dernières années », écrivaient les chercheurs dans la revue scientifique Nature Plants.

    Des baobabs célèbres sont déjà morts

    Le plus vieux d’entre eux, situé au Zimbabwe, était baptisé « Panke ». Les chercheurs ont estimé l’âge de ses parties les plus anciennes à environ 2 450 ans, la datation précise des baobabs étant particulièrement complexe. Ses principales tiges se sont effondrées et sont mortes entre 2010 et 2011.

    L’un des plus imposants, surnommé Holboom, se trouvait en Namibie. Il atteignait 30,2 mètres de hauteur et présentait une circonférence de 35,1 mètres.

    L’un des plus célèbres, le baobab de Chapman, se trouvait au Botswana. Nommé d’après le chasseur et explorateur sud-africain James Chapman, qui le visita en 1852, il est également associé aux voyages de l’explorateur David Livingstone dans la région. Ses six principales tiges se sont effondrées simultanément le 7 janvier 2016. Ses parties les plus anciennes avaient environ 1 400 ans.

    Ce qui est particulièrement remarquable est la rapidité avec laquelle ces colosses ancestraux ont décliné. Les chercheurs parlent d’un « événement d’une intensité sans précédent » et qualifient ces disparitions de particulièrement « choquantes » et « dramatiques » : des arbres ayant traversé plus d’un millénaire peuvent perdre leurs principales structures en seulement quelques années.

    Parmi les arbres concernés, 5 faisaient également partie des 6 plus gros baobabs africains étudiés. D’autres baobabs moins vieux et moins imposants ont eux aussi subi des effondrements ou sont morts durant les 12 années d’enquête.

    baobab-Tanzanie
    Baobab en Tanzanie
    © Jensfriislund / Pixabay – Licence : Pixabay

    Tsitakakantsa, un baobab géant de Madagascar en plein déclin

    Un autre géant est aujourd’hui gravement menacé à Madagascar. Tsitakakantsa est un baobab de Grandidier (Adansonia grandidieri) situé dans la forêt d’Andombiry, près de Morombe, dans le sud-ouest de l’île. Avec un tronc atteignant environ 29 mètres de circonférence, il est considéré comme le baobab ayant la plus grande circonférence connue à Madagascar. Son âge est estimé à environ 800 à 900 ans selon les évaluations scientifiques disponibles.

    Depuis 2025, son état s’est fortement dégradé. Des signes de pourriture et de décomposition ont été observés dans certaines parties de l’arbre, accompagnés de fissures et de l’effondrement d’une partie importante de sa structure. Selon Cyrille Cornu, spécialiste français des baobabs qui suit ces arbres depuis de nombreuses années, le processus de dégradation de Tsitakakantsa serait désormais irréversible, même si la capacité exceptionnelle de certains baobabs à survivre après de lourds dommages invite à conserver une certaine prudence.

    La tempête tropicale Jude, qui a touché Madagascar en mars 2025, pourrait avoir contribué à accélérer ce déclin. Les fortes pluies auraient notamment favorisé l’accumulation d’eau dans des cavités ouvertes de l’arbre, créant des conditions favorables au développement de champignons et de bactéries et à la décomposition du bois. Ce mécanisme reste toutefois une hypothèse : il n’est pas possible d’attribuer avec certitude le dépérissement du baobab à la seule tempête.

    La disparition de Tsitakakantsa constituerait également une importante perte culturelle. L’arbre est considéré comme sacré par les populations locales et occupe depuis des générations une place particulière dans les traditions de la région. Son déclin montre que même des baobabs séculaires et exceptionnellement massifs peuvent devenir vulnérables lorsque leur environnement se modifie rapidement.

    Pourquoi les baobabs meurent-ils si rapidement ?

    Le changement climatique

    Les causes précises de cette mortalité exceptionnelle ne sont pas clairement élucidées. Les chercheurs ont toutefois avancé l’hypothèse que les changements climatiques affectant l’Afrique australe pourraient jouer un rôle. Ils soulignent cependant qu’aucun lien de causalité direct n’a encore été établi et que des recherches complémentaires sont nécessaires.

    Cette hypothèse est notamment envisagée dans un contexte de changement climatique planétaire. Les températures moyennes augmentent, des records de chaleur sont régulièrement battus dans le monde et les régimes de précipitations évoluent dans de nombreuses régions. Pour des arbres adaptés à des conditions climatiques particulières et soumis périodiquement à de longues sécheresses, des modifications rapides de la température et de la disponibilité en eau peuvent constituer un facteur de stress important.

    La vulnérabilité des baobabs au changement climatique a également été étudiée à Madagascar. L’île abrite six espèces endémiques de baobabs. Une étude publiée dans Biological Conservation s’est intéressée à trois d’entre elles : Adansonia grandidieri, Adansonia perrieri et Adansonia suarezensis. Les projections climatiques indiquaient notamment une forte réduction potentielle des habitats favorables à A. perrieri et A. suarezensis, tandis que A. grandidieri apparaissait moins vulnérable dans les scénarios étudiés.

    Concernant les grands baobabs africains étudiés entre 2005 et 2017, les chercheurs indiquaient que leur mortalité massive ne semblait pas correspondre à une épidémie. Les causes exactes de leur déclin restaient néanmoins à déterminer.

    L’extension urbaine

    extension-urbaine-sanctuaire-baobabs-Angola
    Constructions anarchiques dans le sanctuaire des baobabs en Angola
    Licence : DR

    En Angola, le « Sanctuaire des baobabs », situé près de la capitale Luanda, dans la commune de Cacuaco, couvre plus de 23 500 hectares et a été créé pour préserver ces arbres emblématiques. Mais cette zone naturelle est aujourd’hui rattrapée par une urbanisation rapide et souvent désordonnée. Le Jornal de Angola, principal quotidien du pays, titrait ainsi le 27 septembre 2020 : « Adieu, les baobabs ».

    En cause : l’installation progressive d’habitations et de constructions dans des secteurs jusque-là occupés par les baobabs. Le quotidien expliquait que les occupations informelles, initialement constituées de cabanes et de huttes, avaient progressivement laissé place à des constructions en ciment.
    En mars 2019, lors des célébrations de la Journée mondiale des forêts et des arbres, un responsable national chargé de la biodiversité reconnaissait déjà que la croissance urbaine et la déforestation des zones boisées représentaient une menace importante pour les baobabs du pays.

    Malgré les mises en garde des autorités et des défenseurs de l’environnement, les constructions ont continué à progresser dans certains secteurs du sanctuaire, comme le rapportait le Jornal de Angola.

    Et pourtant, le baobab est un arbre particulièrement robuste. Au fil de l’histoire, certains spécimens ont même été aménagés pour servir de commerce, de prison, d’habitation, d’abri ou de grange, comme le rappelle le site du célèbre parc national Kruger en Afrique du Sud. Les baobabs sont également capables de survivre à d’importantes blessures de leur écorce et de produire de nouveaux tissus cicatriciels.

    Outre sa morphologie symbolique et sa taille impressionnante, le baobab est un véritable « arbre de vie » pour la faune et les communautés humaines grâce à ses feuilles, ses fruits, ses graines, son écorce et les nombreux abris qu’il offre aux animaux.

    Lorsque le baobab meurt, ses tissus peuvent progressivement se décomposer de l’intérieur avant que ses énormes tiges ne s’effondrent, parfois brutalement, probablement à l’image du chemin pris par notre civilisation. Dans tous les cas, la disparition de certains des individus les plus anciens et les plus monumentaux constitue une perte importante pour les paysages, la biodiversité et le patrimoine culturel des régions où ces arbres vivent.


    Tous droits réservés



    Source link

    Must Read

    spot_img