Nous passons l’essentiel de notre temps à l’intérieur : dans notre logement, au travail, à l’école ou dans les transports. Pourtant, l’air que nous y respirons n’est pas nécessairement sain. Il reçoit des polluants provenant des meubles, des matériaux, de la cuisson, du chauffage et des activités quotidiennes, auxquels s’ajoutent ceux qui pénètrent depuis l’extérieur. Certains sont invisibles et inodores ; d’autres se signalent par une odeur, sans que celle-ci permette de mesurer le danger.
Il serait trompeur d’affirmer que l’air intérieur est toujours plus pollué que l’air extérieur : tout dépend des substances, des sources et du renouvellement de l’air. Mais la durée de l’exposition fait du logement un enjeu sanitaire majeur. Bonne nouvelle : la deuxième Campagne nationale Logements (CNL2), menée en France hexagonale entre 2020 et 2023, montre une baisse sensible de plusieurs polluants depuis les années 2000. Mauvaise nouvelle : les particules fines, les moisissures ou le tabagisme passif continuent de peser lourdement sur la santé.
Publiée en septembre 2026, une nouvelle évaluation de l’Observatoire de la qualité des environnements intérieurs (OQEI), mise en œuvre par l’Anses avec la contribution scientifique de Santé publique France, permet de mieux comprendre les maladies liées à ces expositions et les bénéfices qu’apporterait une réduction de la pollution.
Le coût sanitaire et économique de la pollution de l’air intérieur
Que coûte réellement la pollution de l’air de nos logements ? La réponse ne se limite ni aux hospitalisations ni aux arrêts de travail. Un enfant dont l’asthme perturbe le sommeil et les activités, ou un adulte atteint d’une maladie respiratoire chronique, subit aussi une perte de qualité de vie difficile à traduire en euros.
La nouvelle étude de l’OQEI (2026) s’intéresse à dix polluants ou sources de pollution : benzène, dioxyde d’azote, formaldéhyde, particules fines PM2,5, monoxyde de carbone, radon, toluène, tabagisme passif, humidité ou moisissures, et utilisation du gaz pour la cuisson. Elle évalue les maladies respiratoires, cardiovasculaires et métaboliques ainsi que certains cancers, dans la population de France continentale exposée à domicile entre 2020 et 2023.
Les chercheurs ont étudié deux questions complémentaires : quels problèmes de santé ont été évités grâce à l’amélioration de l’air intérieur depuis une vingtaine d’années ? Et quels problèmes pourraient encore être évités en respectant des valeurs sanitaires de référence ou en supprimant certaines sources de pollution ? Il s’agit de scénarios épidémiologiques, et non d’un comptage de personnes individuellement diagnostiquées.
Le constat est encourageant : les concentrations de toluène, de formaldéhyde, de benzène et de PM2,5 ont baissé de 40 à 80 % depuis le début des années 2000. Selon les modèles utilisés, cette évolution a permis d’éviter ou de réduire de très nombreux cas de maladies, notamment d’asthme. La poursuite des progrès offrirait encore des bénéfices considérables.
Pour donner un ordre de grandeur, si les concentrations de PM2,5 respectaient la valeur guide retenue dans le scénario prospectif, l’étude estime que pourraient être évités environ 47 900 nouveaux cas d’hypertension chez l’adulte, 24 150 nouveaux cas d’asthme chez l’enfant et 14 400 nouveaux cas de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) chez l’adulte. Pour l’asthme de l’enfant, la suppression de l’humidité ou des moisissures visibles permettrait d’éviter environ 28 400 nouveaux cas, et celle de l’exposition au tabagisme passif environ 9 600. Ces estimations correspondent à des scénarios distincts : elles ne doivent pas être additionnées, car les expositions et les effets sanitaires peuvent se recouper.
Les économistes distinguent les coûts médicaux directs (consultations, soins, traitements), les coûts indirects (pertes de production) et les coûts dits « intangibles », qui traduisent la douleur, la gêne et la perte d’autonomie ou de bien-être. Ces derniers constituent la part dominante des impacts économiques évalués. Pour les seules PM2,5, les coûts intangibles évitables associés à l’asthme de l’enfant sont estimés entre 0,9 et 2,9 milliards d’euros ; ceux associés à la BPCO de l’adulte, entre 1 et 5 milliards d’euros.
Attention à l’interprétation des chiffres. Contrairement à une étude exploratoire publiée en 2014, cette évaluation de 2026 ne chiffre pas la mortalité attribuable à la pollution intérieure. Les deux travaux utilisent des expositions et des méthodes différentes : on ne peut donc ni actualiser directement l’ancien nombre de décès, ni comparer leurs estimations monétaires. De plus, les coûts sont évalués séparément par polluant et par effet sanitaire : il n’existe pas, dans cette étude, de « facture totale » obtenue en les additionnant.
Les différents polluants de l’air intérieur
La pollution intérieure est un mélange complexe. Un même logement peut contenir des polluants chimiques, des particules et des agents biologiques. Leur présence ne signifie pas automatiquement qu’une maladie va apparaître : le risque dépend de leur concentration, de la durée d’exposition et de la vulnérabilité des personnes.
Les polluants biologiques
Les moisissures, les acariens, les allergènes d’animaux et certains micro-organismes peuvent provoquer ou aggraver des symptômes respiratoires, en particulier chez les personnes allergiques ou asthmatiques. Les moisissures se développent lorsque les matériaux restent humides, après une infiltration, une condensation répétée ou un dégât des eaux. Les infections fongiques graves sont surtout une préoccupation pour les personnes fortement immunodéprimées ; dans les logements, le problème le plus courant est l’irritation ou l’aggravation de troubles respiratoires.
La contamination biologique ne se résume donc pas à un mur noirci : spores et fragments de moisissures peuvent être présents même lorsque le foyer d’humidité est discret. Traiter uniquement la surface sans supprimer la cause de l’humidité expose à une récidive.
Les polluants chimiques
Ils peuvent être émis par la combustion, les matériaux, les produits d’entretien ou les objets du quotidien. Parmi les plus étudiés :
- Le monoxyde de carbone (CO), gaz toxique incolore et inodore, résulte d’une combustion incomplète (chauffage, chauffe-eau, brasero, groupe électrogène…). Une intoxication peut entraîner maux de tête, nausées, vertiges, puis perte de connaissance et décès. C’est un danger aigu qui nécessite une réaction immédiate.
- Les composés organiques volatils (COV), notamment le formaldéhyde, le benzène et le toluène, proviennent de certaines peintures, colles, revêtements, meubles, solvants et produits parfumés. Leurs effets sont très différents selon les substances : irritations pour certaines, atteintes neurologiques ou risques cancérogènes avérés pour d’autres. Tous les COV ne sont pas cancérogènes.
- Le dioxyde d’azote (NO2), produit par des combustions, notamment la cuisson au gaz, irrite les voies respiratoires et peut aggraver l’asthme. Il pénètre également dans le bâtiment depuis l’air extérieur.
- Les composés organiques semi-volatils, dont certains phtalates, retardateurs de flamme ou pesticides, peuvent se retrouver dans les poussières domestiques. Leur danger dépend de la molécule et du niveau d’exposition ; leur simple détection ne suffit pas à conclure à un risque sanitaire précis.
- Le plomb des anciennes peintures, surtout lorsqu’elles se dégradent et produisent des poussières, peut affecter gravement le développement neurologique des jeunes enfants. L’ingestion de poussières et d’écailles constitue une voie d’exposition majeure, en plus de la question de l’air respiré.
L’étude PestiLoge, associée à la CNL2, a confirmé la présence de nombreux pesticides dans l’air et les poussières des logements. Certains produits interdits depuis longtemps y persistent : un rappel de l’importance des usages passés et des contaminations qui s’accumulent dans les matériaux.
Les particules et les fibres
Les particules fines PM2,5 ont un diamètre inférieur ou égal à 2,5 micromètres, soit environ trente fois moins que celui d’un cheveu. Elles peuvent atteindre les régions profondes des poumons. On les retrouve dans la fumée de tabac, les émissions de chauffage et de cuisson, les bougies ou les poussières remises en suspension ; une part provient aussi de l’extérieur.
Une analyse de la CNL2 publiée en 2026 relève une concentration médiane de PM2,5 de 13,2 µg/m³ dans les logements. Selon les mesures de la semaine d’enquête, 70 % des logements ont dépassé au moins une fois la valeur repère de 10 µg/m³ retenue par le Haut Conseil de la santé publique. Le tabagisme dans le logement, la pollution extérieure et certaines pratiques de nettoyage figurent parmi les facteurs associés à des niveaux plus élevés. Voir l’analyse de l’OQEI sur les PM2,5.
Les fibres minérales ou végétales constituent une autre famille de particules. L’amiante, aujourd’hui interdit dans les nouveaux matériaux en France, reste présent dans certains bâtiments anciens. Il est cancérogène lorsqu’on inhale ses fibres, notamment lors de travaux qui dégradent des matériaux amiantés : il ne faut jamais les percer ou les retirer sans précautions adaptées.
Les gaz radioactifs
Le radon est un gaz radioactif naturel issu des sols et des roches. Invisible et inodore, il peut s’infiltrer dans les bâtiments par les fissures, les passages de canalisations ou les sous-sols et s’accumuler lorsque l’air se renouvelle insuffisamment. Une exposition prolongée augmente le risque de cancer du poumon, particulièrement chez les fumeurs.
La géologie influence ce risque, notamment dans certaines zones granitiques ou volcaniques, mais une carte ne permet pas de prédire la concentration dans chaque maison. La CNL2 indique que 8 % des logements mesurés dépassent le niveau de référence de 300 becquerels par mètre cube (Bq/m³). Pour connaître sa propre exposition, il faut effectuer une mesure avec un dosimètre, de préférence pendant au moins deux mois en période de chauffe dans les pièces de vie proches du sol.
Vous pouvez vérifier si votre commune est exposée au risque radon.
Le tabac
La fumée de tabac est une source majeure de particules et de nombreuses substances toxiques, dont plusieurs cancérogènes. Le tabagisme passif contribue aux maladies cardiovasculaires et respiratoires ainsi qu’au cancer du poumon ; chez l’enfant, il favorise notamment l’asthme et les infections respiratoires. Ouvrir une fenêtre ne suffit pas à protéger les personnes présentes. La protection efficace consiste à ne pas fumer à l’intérieur du logement, y compris près d’une fenêtre ou d’une porte ouverte. Le vapotage n’est pas non plus une méthode d’assainissement de l’air.
L’humidité, source indirecte de pollution
© notre-planete.info / C. MagdelaineDouches, cuisine, linge qui sèche, respiration des occupants, infiltrations : l’eau est omniprésente dans l’habitat. La vapeur d’eau n’est pas un polluant au même titre que le benzène, mais un excès durable d’humidité favorise les moisissures et les acariens, abîme les matériaux et peut accroître certaines émissions chimiques.
Dans la nouvelle évaluation de l’OQEI, l’élimination de l’humidité et des moisissures visibles figure parmi les mesures présentant les plus grands bénéfices sanitaires potentiels, particulièrement pour l’asthme de l’enfant. Il faut rechercher la cause : fuite, pont thermique, condensation ou ventilation insuffisante. Les sprays parfumés, les huiles essentielles et les traitements superficiels ne résolvent pas un problème d’humidité structurelle.
Un moindre renouvellement de l’air intérieur
Bien isoler un logement réduit les pertes d’énergie, mais isolation thermique et ventilation sont deux fonctions différentes. Dans une habitation devenue plus étanche, le renouvellement de l’air doit être correctement assuré. Les données de la CNL2 indiquent que près d’un logement sur deux est équipé d’une VMC ; pourtant, parmi ceux qui en disposent, moins de quatre sur dix présentent un débit total d’air extrait conforme à la valeur retenue dans l’étude. Le renouvellement global de l’air n’a pas significativement progressé depuis la première campagne nationale.
Ces résultats rappellent qu’installer une ventilation ne suffit pas : il faut aussi vérifier ses débits, son entretien et l’absence d’obstruction des entrées et sorties d’air. Résultats détaillés sur la ventilation des logements (OQEI, 2026).
L’air extérieur : un autre type de pollution
Les polluants circulent dans les deux sens. Les PM2,5 et le NO2 extérieurs peuvent entrer dans les logements, tandis que les émissions domestiques s’accumulent si l’air ne se renouvelle pas. Dans les zones où l’air extérieur est très pollué, on peut adapter les horaires d’ouverture des fenêtres pour éviter les épisodes les plus intenses et privilégier les moments où l’air est le moins dégradé. Mais il faut maintenir un renouvellement d’air suffisant pour évacuer l’humidité et les émissions intérieures.
Une ventilation double flux dotée de filtres adaptés et entretenus peut limiter l’entrée d’une partie des particules extérieures ; elle ne dispense ni de traiter les sources intérieures ni de vérifier le fonctionnement de l’installation.
Quelles sont les sources de pollution de l’air intérieur ?
Le logement

© Médecins allergologues de l’ARCAA.
Un logement émet des polluants au fil de sa vie : colles et peintures après des travaux, meubles et panneaux de bois, revêtements de sol, produits de bricolage, traitements contre les insectes, appareils de chauffage. La nature des émissions évolue avec le temps, la température et l’humidité. Certaines substances sont libérées sous forme de gaz ; d’autres se déposent dans les poussières, qui peuvent ensuite être inhalées ou ingérées.
Les appareils de combustion occupent une place particulière. Une gazinière peut produire du NO2 ; une cuisson à forte température génère des particules, même sur une plaque électrique. Utiliser une hotte évacuant l’air vers l’extérieur, lorsqu’elle existe, contribue à limiter ces émissions. Les chauffe-eau et chaudières doivent être entretenus : le monoxyde de carbone est un risque d’intoxication, pas seulement un problème de confort.
Les travaux de rénovation méritent une vigilance particulière. Choisir des matériaux peu émissifs et ventiler pendant et après les travaux réduit l’exposition. Dans un bâtiment ancien, les interventions sur les peintures au plomb ou les matériaux susceptibles de contenir de l’amiante peuvent nécessiter des repérages et l’intervention de professionnels qualifiés.
Les produits d’entretien
Désinfecter, parfumer ou nettoyer peut paradoxalement dégrader l’air. Certains produits ménagers émettent des COV ou des aérosols ; les produits parfumés et les réactions chimiques entre substances peuvent aussi créer des polluants secondaires. L’usage répété de produits de nettoyage irritants est notamment associé à des symptômes respiratoires et à l’asthme professionnel.
Le bon réflexe consiste à choisir un produit adapté au besoin, respecter sa dose, éviter les pulvérisations inutiles et aérer pendant les activités émettrices. Ne mélangez jamais l’eau de Javel avec un détartrant acide ou de l’ammoniaque : des gaz toxiques peuvent se dégager.
Les conséquences d’une mauvaise qualité de l’air sur notre santé
Les effets dépendent des polluants, des doses reçues et du temps d’exposition. Ils peuvent apparaître rapidement — irritation des yeux, du nez ou de la gorge, toux, maux de tête, difficultés respiratoires — ou après des années. À long terme, les expositions à certains polluants sont associées à l’asthme, à la BPCO, à des maladies cardiovasculaires et à certains cancers.
La recherche raisonne souvent en risque attribuable : une exposition augmente la probabilité de développer une maladie, sans en être forcément la seule cause. C’est pourquoi les estimations de la CNL2 décrivent des maladies évitées ou évitables à l’échelle d’une population, et ne permettent pas de déterminer avec certitude l’origine de la maladie d’une personne donnée.
Le travail de modélisation publié en 2026 examine aussi des maladies métaboliques, comme le diabète, et cardiovasculaires, comme l’hypertension. Les particules fines constituent, parmi les expositions étudiées, le premier levier de prévention sanitaire encore mobilisable. Les moisissures et le tabagisme passif restent également des priorités, notamment pour les enfants.
Urgence : intoxication au monoxyde de carbone. Si plusieurs occupants ressentent soudainement maux de tête, nausées ou vertiges près d’un appareil à combustion, ouvrez les fenêtres si vous pouvez le faire sans danger, arrêtez l’appareil si possible, sortez immédiatement et appelez le 15, le 18 ou le 112. Ne réintégrez pas les lieux avant l’avis des secours.
Le syndrome des bâtiments malsains
Dans certains bâtiments, des occupants rapportent des maux de tête, irritations, gênes respiratoires ou difficultés de concentration qui semblent s’atténuer lorsqu’ils quittent les locaux. On parle parfois de syndrome du bâtiment malsain. Ce terme décrit un ensemble de symptômes, mais ne désigne pas une maladie due à un polluant unique : ventilation, température, humidité, éclairage, nuisances et facteurs psychosociaux peuvent intervenir. Une enquête sur les conditions du bâtiment est préférable à la recherche d’une « molécule coupable » supposée.
Une exposition inégale
Les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et celles qui souffrent d’asthme ou de maladies cardiorespiratoires sont particulièrement vulnérables. Les habitants de logements humides, mal ventilés ou proches d’axes routiers peuvent également être plus exposés. La précarité énergétique peut aggraver les problèmes : lorsque le chauffage est insuffisant et les murs froids, la condensation favorise les moisissures.
La prévention repose donc autant sur les gestes quotidiens que sur la qualité du bâti et les politiques de logement et de réduction de la pollution extérieure. Tous les ménages n’ont pas la même possibilité de réaliser des travaux ou de changer d’équipement.
La qualité de l’air intérieur de plus en plus surveillée
Créé en 2001 sous le nom d’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI), devenu Observatoire de la qualité des environnements intérieurs (OQEI) en 2024, l’organisme fournit des données scientifiques pour guider la prévention et les décisions publiques.
La CNL2 a étudié 571 logements répartis dans 321 communes et 84 départements de France hexagonale. Des mesures ont été réalisées pendant une semaine, accompagnées de questionnaires sur les équipements et habitudes des occupants. Plus de 170 polluants et paramètres ont été examinés ; des méthodes statistiques ont ensuite permis de produire des estimations à l’échelle du parc de logements.
La comparaison avec la première campagne nationale (2003-2005) confirme la baisse des concentrations de nombreux polluants, mais aussi la persistance de dépassements de valeurs sanitaires. Quelques résultats illustrent cette situation :
- 70 % des logements ont dépassé au moins une fois sur la semaine la valeur repère de 10 µg/m³ de PM2,5 retenue dans l’analyse de l’OQEI ;
- 8 % dépassent le niveau de référence de 300 Bq/m³ pour le radon ;
- 6 % dépassent la valeur de gestion provisoire de 30 µg/m³ pour le formaldéhyde ;
- 3 % présentent un dépassement de la valeur guide journalière de 25 µg/m³ de NO2 recommandée par l’OMS ;
- environ 1,4 % dépassent la valeur repère de gestion de 6 µg/m³ de benzène.
Ces seuils ne sont pas tous de même nature (objectifs de gestion, niveaux de référence ou recommandations sanitaires), et leurs durées de mesure peuvent différer. Ils ne constituent pas une frontière absolue entre un air « sans risque » et un air « dangereux » : pour certains polluants, le risque augmente progressivement avec l’exposition.
Le dioxyde de carbone (CO2) fait aussi l’objet de mesures. Aux niveaux habituellement observés dans les salles occupées, il sert surtout d’indicateur de confinement et de renouvellement de l’air ; il ne permet pas, à lui seul, de savoir si les COV, les particules ou le radon sont présents.
Des réglementations qui évoluent
L’étiquetage « Émissions dans l’air intérieur » des produits de construction et de décoration est obligatoire en France depuis 2013 pour les produits concernés. Il classe leurs émissions de certains polluants volatils de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions). Une classe A+ ne signifie cependant pas qu’un produit ne contient aucune substance dangereuse ou qu’il n’émet rien lors de son application.
La surveillance réglementaire de la qualité de l’air concerne notamment les crèches, écoles et établissements d’enseignement. Le dispositif renforcé entré en vigueur en 2023 prévoit une évaluation annuelle des moyens d’aération avec mesure du CO2, un autodiagnostic au moins tous les quatre ans, des mesures de polluants à certaines étapes clés de la vie du bâtiment et un plan d’actions. Ce dispositif ne doit pas être confondu avec une mesure permanente de tous les polluants dans chaque établissement.
En cas de symptômes persistants qui semblent liés au domicile, le médecin peut, selon le contexte et les dispositifs disponibles localement, orienter vers un conseiller médical en environnement intérieur (CMEI). Son enquête aide à identifier des sources possibles de pollution et à proposer des mesures de réduction de l’exposition ; elle ne remplace pas un diagnostic médical.
Comment réduire la pollution de l’air chez soi ?
Il n’existe pas de solution miracle, mais une stratégie simple : réduire les émissions à la source, renouveler correctement l’air et supprimer les problèmes d’humidité. L’OQEI rappelle que ces gestes individuels complètent — sans les remplacer — les actions sur les bâtiments et la pollution extérieure.
- Aérez quotidiennement pendant 10 à 15 minutes, même en hiver, et davantage lors de la cuisson, du ménage, du bricolage ou après des travaux. En cas de forte pollution extérieure, adaptez si possible le moment d’aération sans supprimer le renouvellement d’air indispensable.
- Ne coupez pas la ventilation. Ne bouchez ni les entrées d’air ni les bouches d’extraction. Nettoyez les bouches accessibles et faites vérifier une VMC bruyante, encrassée ou inefficace par un professionnel.
- Évitez toute fumée à l’intérieur. Ne fumez pas et ne vapotez pas dans le logement. Limitez l’encens, les bougies parfumées et les sprays d’ambiance : leur odeur agréable ne signifie pas qu’ils assainissent l’air.
- Maîtrisez les émissions de cuisson. Utilisez la hotte lorsqu’elle évacue l’air dehors, couvrez les casseroles lorsque c’est approprié, évitez de brûler les aliments et aérez après la cuisson, notamment avec une cuisinière au gaz.
- Choisissez des produits moins émissifs. Pour les matériaux de construction et de décoration concernés, privilégiez l’étiquette A+ ; consultez aussi les écolabels et les pictogrammes de danger. Aérez largement pendant et après les travaux.
- Simplifiez le ménage. Préférez, lorsque cela suffit, un chiffon humide, un aspirateur bien filtré et des produits non parfumés. Respectez les notices et les doses ; ne mélangez jamais les produits chimiques.
- Traitez l’humidité à sa source. Réparez les fuites et infiltrations, évacuez la vapeur après la douche et la cuisson, limitez le séchage du linge dans les pièces mal ventilées et faites évaluer les moisissures étendues ou récurrentes.
- Sécurisez les appareils à combustion. Faites entretenir chauffage et chauffe-eau ; n’utilisez jamais de brasero, barbecue ou groupe électrogène à l’intérieur. N’employez pas un appareil de cuisson pour chauffer une pièce.
- Mesurez le radon si votre logement est concerné. Consultez le potentiel radon de votre commune et utilisez un dosimètre lorsque la situation le justifie. Au-dessus de 300 Bq/m³, des actions sur l’étanchéité et la ventilation peuvent être nécessaires.
- Ne comptez pas sur les plantes « dépolluantes ». Leur efficacité n’est pas démontrée dans les conditions réelles d’un logement. Les purificateurs d’air peuvent, selon leur technologie et leur entretien, réduire certains polluants, mais ne remplacent ni la ventilation ni la suppression des sources.
Au final, les campagnes nationales montrent une amélioration réelle de l’air des logements français. Pourtant, les particules fines, l’humidité, les moisissures et la fumée de tabac représentent encore des risques évitables importants. Le bénéfice sanitaire le plus durable viendra d’une combinaison entre logements correctement ventilés, produits moins émissifs et réduction de la pollution intérieure et extérieure.
