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Vous vous réveillez un matin et votre bras vous gratte… Vous y découvrez un petit bouton. Pourtant, c’est l’hiver, ce n’est plus la saison des moustiques. Vous êtes alors persuadé de vous être fait mordre ou « piquer » par une araignée. Si vous vous réveillez avec un bouton qui gratte, une rougeur avec des petites piqûres, le responsable a très peu de risques d’être une araignée. Explications.
Si les araignées peuvent potentiellement piquer ou mordre des humains, ce n’est que dans rares cas et par pur réflexe défensif. En effet, nous ne sommes absolument pas des proies pour les araignées.
Existe-t-il des araignées dangereuses en France ?

Auteur : Christophe Magdelaine / www.notre-planete.info – Licence : CC BY-NC-SA 4.0
Il existe plus de 50 000 espèces connues d’araignées dans le monde (World Spider Catalog, 09/2022). Sur les 1 750 recensées en France, seule une dizaine sont capables de nous occasionner des morsures mineures, et uniquement si elles se sentent menacées, par exemple lorsque l’on tente de l’attraper.
« Les réactions de défense d’une araignée face à un potentiel danger peuvent prendre plusieurs formes : en général, c’est la fuite ou encore la thanatose, c’est à dire un simulacre de mort », mais elle peut aussi se mettre en position d’intimidation, pattes antérieures et pédipalpes levés, chélicères parfois ouvertes, ce qui peut être interprété comme une marque d’agressivité, mais il n’en est rien » précise Christine Rollard, chercheuse aranéologue et maître de conférences au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris dans son ouvrage « 50 idées fausses sur les araignées« .
En France métropolitaine, les araignées capables de mordre sont :
- Segestria florentina ;
- Hogna radiata, dite fausse tarentule ;
- Steatoda nobilis, dite « fausse veuve noire » ;
- la lycose de Narbonne ;
- loxosceles rufescens dite « araignée violon » ;
- et enfin la plus redoutée : la veuve noire de Corse ou malmignatte (Latrodectus tredecimguttatus).
Cette dernière est une petite araignée noire avec des taches abdominales rouges. Paradoxalement, sa morsure est indolore mais peut être dangereuse, voire mortelle chez certaines personnes allergiques.
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Toutefois, gardons-nous d’être alarmistes : chaque année, dans le monde, moins de 5 personnes succombent à une morsure d’araignée, aucune en Europe, et en France, aucun cas n’a été signalé depuis des siècles… Affirme Christine Rollard, qui ajoute : « Attention à ne pas confondre venimeux et dangereux. Les araignées, par exemple, ont du venin, mais ce n’est pas pour cela qu’elles sont dangereuses pour l’Homme. Ce venin réclame de l’énergie pour sa fabrication, elles ne vont pas le gâcher en nous attaquant : elles en ont trop besoin pour tuer leurs proies ! Quand bien même elle aurait été surprise par l’Homme et le mordrait, il y a une chance sur deux que ce soit une ‘morsure blanche’ : sans venin.«
Chaque année environ 100 000 personnes meurent d’une morsure de serpent, moins de 10 d’attaques de requins.
Frédéric Maillot de l’insectarium de la citadelle de Besançon nous explique pourquoi il ne faut pas craindre les araignées en France.
Dans la plupart des cas, les rares morsures d’araignées provoquent une légère réaction comme une petite boursouflure, un gonflement de la taille d’une tête d’épingle, ou une démangeaison, rarement plus… En outre, les araignées ne mordent en général qu’une seule fois et ne s’acharnent pas.
Pour mieux connaître les araignées et diminuer notre phobie, nous vous invitons à écouter cette émission de France Culture avec une interview très intéressante de Christine Rollard.
La morsure nécrosante de la recluse ou araignée violon
Loxosceles reclusa, dite recluse brune est une petite araignée (1,5 centimètre tout au plus) originaire d’Amérique du Nord qui serait arrivée en France dans les années 2000.
« Dans l’état actuel de nos connaissances, la recluse n’a jamais été identifiée par des scientifiques sur le territoire français » nuance Christine Rollard dans son livre.
Cependant, il existe bien une autre loxosceles, l’araignée violon loxosceles rufescens, présente dans le pourtour méditerranéen et en France.
Assez discrète, elle tisse sa toile dans des endroits abrités type grenier, garage, placard… Elle est présente dans le sud-est de la France, en particulier dans les régions de Montpellier et de Nîmes.
Bien que peu impressionnante, sa morsure peu douloureuse peut être potentiellement nécrosante voire mortelle. La sévérité dépend de la quantité de venin injectée et de la sensibilité de l’individu mordu. La plupart des personnes mordues (bien involontairement) ne développent qu’une simple réaction inflammatoire oubliée en 2 ou 3 jours. Mais parfois, le venin provoque la nécrose des tissus touchés, sous la forme de grosses infections suivies de longues périodes de cicatrisation.

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Les conséquences peuvent être plus sérieuses :
- en juillet 2015, deux jeunes femmes, une Héraultaise et une Gardoise ont été mordues à la cuisse alors que l’araignée s’est retrouvée prise au piège dans leur pantalon qu’elles venaient d’enfiler. Dans les deux cas, elles ont ressenties de grosses démangeaisons suivies d’une nécrose de plusieurs centimètres des tissus. Résultat : « Nous l’avons opérée pour retirer les chairs qui avaient nécrosé en surface et jusqu’au muscle. Elle se retrouve à présent avec une cicatrice de 10 centimètres de long. » explique le Dr Christian Herlin, chirurgien esthétique et plastique qui a opéré les deux femmes.
- en juillet 2017 : 4 patients ont été hospitalisés à la clinique Saint-Pierre de Perpignan (Pyrénées-Orientales) pour une morsure douloureuse et infectée qui présente une zone nécrosée noire au centre de la plaie. Cependant, il n’y a aucune certitude sur la coupable qui n’a pas été retrouvée.
- En Italie, en août 2024, plus d’un mois après avoir été mordu par une araignée violon en jardinant, un homme de 23 ans a finalement succombé à l’hôpital de Bari d’un choc septique et d’une défaillance générale de ses organes vitaux. Sa mort fait suite à celle d’un carabinier sicilien de 52 ans en juillet de le même année, suite à une morsure d’une araignée violon.
Heureusement, la quasi totalité des morsures ne finissent pas aussi tragiquement : « J’ai déjà vu plusieurs cas de morsures qui entraînent une lésion grosse comme un furoncle« , rapporte le praticien. Dans tous les cas, « quand on a été mordu, si la rougeur est anormalement étendue, il faut aller consulter« , recommande le spécialiste.
L’araignée violon – qui doit son nom à une tache en forme de violon sur son corps – ne doit pas être confondue avec l’araignée-loup d’Argelas (Olios argelasius) qui se trouve également dans le bassin méditerranéen, jusqu’en Charente-Maritime. Celle-ci est inoffensive bien que de bonne taille (corps de 12 mm de long ci-dessous).

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Une vingtaine d’araignées dans nos maisons

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« Dans nos maisons, déjà, il y en a une vingtaine à longueur d’année. Souvent on ne les voit pas, elles ne mesurent pas plus de 5 millimètres, sont cachées dans des endroits sombres (radiateurs, rideaux…). Elles n’hibernent pas, mais se déplacent peu, attendant que leurs futures proies échouent sur leur toile, ou alors la nuit. Il arrive aux mâles, plus coureurs comme il se doit, de traverser une pièce pour se dégoter une femelle. » indique Christine Rollard.
La tégénaire géante

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L’araignée la plus impressionnante est sans conteste la tégénaire géante (Tegenaria duellica) : un corps brun / noir qui peut faire 2,5 cm et de longues pattes légèrement velues pour une longueur totale pouvant atteindre 10 cm ! Elle fabrique une toile en nappe pourvue d’un entonnoir, notamment dans les caves, les sous-sols, dans les tas de bois, sous les rebords de fenêtres…
Vous l’avez sans doute croisée : elle s’aventure parfois à l’intérieur des logements pour s’accoupler ou se réfugier lorsque le froid s’installe. Rassurez-vous, elle ne présente aucun danger et doit être ménagée car elle est un auxiliaire utile pour nettoyer le logement : acariens, blattes, moustiques et même d’autres araignées plus dangereuses comme la tégénaire des champs (Tegenaria agrestis).
La tégénaire des maisons

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La tégénaire que l’on croise le plus souvent dans nos maisons, c’est la tégénaire noire (Eratigena atrica), assez grande (corps jusqu’à 1,5 cm) et qui peut surprendre lorsque le mâle se promène sur nos murs à la recherche d’une partenaire pour s’accoupler.
Le pholque

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Autre araignée fréquente sous nos toits, le pholque, qui fait moins peur parce que plus gracile et fragile avec ses grandes pattes fines et son corps insignifiant. « Il n’a pas les crochets assez grands pour s’attaquer à notre peau. Comme, d’ailleurs, 70 % des araignées de cette planète : trop petites, elles ne peuvent mécaniquement nous mordre. » précise Christine Rollard.
Elles tissent de petites toiles dans les coins des pièces, dans et sous les meubles. Le pholque se nourrit principalement d’autres araignées (y compris des tégénaires), d’insectes volants et même de guêpes !
La zorope à pattes épineuses

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Depuis la fin des années 1990, la zorope à pattes épineuses (zoropsis spinimana) est remontée d’Afrique du Nord et du sud de l’Europe jusque dans les grandes villes européennes comme Paris.
Elle aussi appelée araignée nosferatu à cause de son motif, qui rappelle vaguement un vampire, sur son céphalothorax.
« La femelle (…) a une taille un peu plus grande que celle de la tégénaire, jusqu’à 1,8 cm. Les zoropes ne construisent pas de toile et chassent la nuit en errant au sol, sur les murs ou tout autre support, capturant beaucoup d’autres araignées« , explique Christine Rollard dans son ouvrage « 50 idées fausses sur les araignées ».
Comme la plupart des araignées, elle n’est pas agressive envers les humains, mais peut mordre si elle se sent en danger. Sa morsure reste bénigne, sans danger.
Contrairement à une idée reçue, le bois de châtaignier ne fait pas fuir les araignées, mais comme il s’agit d’un bois plus résistant aux insectes à bois, les araignées y trouvent peu de proies et sont donc peu présentes.
Alors qui peut bien nous piquer la nuit ?
Les piqûres matinales sont davantage le fait d’acariens ou de punaises de lits qui ont tendance à infester de plus en plus de chambres à coucher.
Les punaises de lits
Selon le Ministère de la Santé, la punaise de lits (Cimex lectularius) figure parmi les plus anciens parasites de l’Homme. C’est un petit insecte de la taille d’un pépin de pomme, qui a un corps de forme ovale. Brun et sans aile, un adulte à jeun mesure environ 5 à 7 mm de long. Après s’être nourri, il grossit légèrement et prend une teinte rouge sang foncé.
La punaise de lits se nourrit la nuit, principalement de sang humain. Elle ne peut pas grimper facilement sur le métal ou les surfaces polies, encore moins voler ou sauter. Pendant le premier mois de la contamination d’une habitation, les nuisances sont peu ou pas perçues par les habitants. Lorsque le lien est fait entre les piqûres durant le sommeil et la présence des insectes, l’infestation peut-être déjà assez importante.

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La piqûre de punaise de lits est souvent indolore, mais 1 à 2 heures plus tard apparaissent des démangeaisons et des traces rouges sur la peau comme une piqûre de moustique. On trouve généralement de trois à quatre piqûres souvent en rang d’oignon ou groupées au même endroit sur la peau. Les piqûres se localisent généralement sur les parties non couvertes des bras, des jambes et du dos.
Pour en savoir plus sur les punaises de lits, nous vous conseillons la lecture de ce document : les punaises de lits. Biologie, lutte et santé publique.
En conclusion, les araignées n’ont absolument aucun intérêt à venir nous mordre la nuit, sauf si vous vous endormez sur l’une d’elle !
Et rappelons-nous que dans la plupart des cas, elles feront tout pour fuir et qu’en dernier recours, leurs crochets sont rarement assez puissants pour pénétrer notre épiderme. Enfin, elles sont des précieuses alliées, elles aussi affectées par les activités humaines !


