Voici un exemple qui soulève bien des inquiétudes : une étude sur une décharge du New Jersey a mesuré des rejets de méthane en 2023 cinq fois supérieurs à la quantité officiellement estimée. Cette différence ne vient pas d’un unique panache exceptionnel mais de biais dans la méthodologie actuelle.
Le méthane retient beaucoup plus efficacement la chaleur que le dioxyde de carbone sur les premières décennies suivant son émission. Dans une décharge, il est produit lorsque les déchets organiques se décomposent sans oxygène. Une partie peut être captée et brûlée, mais le reste s’échappe par la couverture, les conduites ou des zones moins étanches.
Or ces fuites ne restent pas constantes.

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L’équipe a installé une méthode fondée sur une seule tour de mesure située près du site. Celle-ci enregistrait la concentration de méthane dans l’air toutes les 30 secondes. Les chercheurs ont ensuite combiné ces données avec la direction du vent et les conditions atmosphériques afin d’estimer les rejets mensuels de la décharge.
Cette surveillance prolongée a révélé un cycle saisonnier marqué. Les émissions atteignaient leur maximum en hiver et leur minimum en été. Elles augmentaient notamment lorsque la température approchait de 0 °C et lorsque la pression atmosphérique diminuait, des conditions que les campagnes ponctuelles de mesure peuvent facilement manquer.
Pour comprendre ce résultat, il faut voir la décharge comme un volume rempli de gaz. Une baisse de pression extérieure facilite sa sortie. La température agit aussi sur les matériaux de couverture, les réactions biologiques et les mouvements du gaz dans les déchets.
Les estimations obtenues avec la tour ont été comparées à des mesures réalisées depuis des avions pendant l’été et à des relevés mobiles effectués au sol durant l’année. Les valeurs observées au même moment concordaient globalement. Cette comparaison renforce la méthode, sans prouver qu’elle fonctionnerait de façon identique sur tous les sites.
Le chiffre cinq fois supérieur concerne donc une seule décharge et une seule année. Il ne permet pas de multiplier automatiquement les émissions déclarées de toutes les installations. En revanche, il montre qu’une mesure réalisée seulement quelques jours, surtout par beau temps, peut donner une image trop basse des rejets annuels.
Cette question compte pour les inventaires climatiques. Selon l’Agence américaine de protection de l’environnement, les décharges représentent 17 % des émissions nationales estimées de méthane d’origine humaine. Une multiplication par un facteur cinq représenterait, on le voit, un changement majeur sur les émissions estimées du pays en entier. Et par conséquent sur sa contribution à l’effet de serre mondial.
La prochaine étape consistera à appliquer cette surveillance continue à d’autres décharges présentant une configuration adaptée. Les chercheurs veulent notamment déterminer si le pic hivernal observé au New Jersey se retrouve ailleurs, et dans quelle mesure les variations de pression peuvent aider à programmer les contrôles lorsque les fuites sont les plus fortes.
